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ILTVSW guest star (VF) : Danny Strong co-créateur d’Empire

29 Nov

Danny Strong, le co-créateur d’Empire, était l’invité du Festival TV de Monte-Carlo au mois de juin dernier.

ILTVSW a eu la chance de le rencontrer et de discuter soap & politique.

 

© Fox

 

ILTVSW. Il me semble qu’Empire est le premier soap politique de l’histoire des séries. Avez-vous souhaité évoquer l’Amérique contemporaine dès le début du projet ?
Danny Strong. Je pense que cette dimension a été présente dès le départ pour Lee Daniels comme pour moi. Et je trouve que cette combinaison entre le soap, le drama et les questions sociales fonctionne très bien. Tous ces éléments s’équilibrent parfaitement.

ILTVSW. Pensez-vous que l’approche légère de la série lui donne plus d’impact sur les enjeux sérieux qu’elle aborde ?
Danny Strong. … Et les enjeux donnent plus de force dramatique à sa dimension soap. Oui. Ils s’équilibrent. Ils se nourrissent. Je trouve que les éléments de comédie sont très utiles au drama car ils soulignent cet aspect. Et il est plus facile de faire rire, aussi. Il n’est pas nécessaire d’être très drôle pour être drôle dans un drama. Traiter des questions de justice sociale dans une série à paillettes donne à ces questions plus de résonance. Et les paillettes de la série sont encore plus brillantes grâce à l’autre dimension de la série.

La manière dont nous regardons les séries aujourd’hui est très différente de l’époque de The Wire

ILTVSW. Malgré ces éléments sérieux la saison 1 d’Empire a été un énorme succès. The Wire, qui traitait profondément de justice sociale, de racisme, de traffic de drogue est devenue culte mais n’est jamais parvenue à toucher le grand public. Comment Empire est-elle parvenue à réunir ces deux éléments ?
Danny Strong. The Wire est l’une des séries les plus géniales de ces vingt dernières années. Je pense qu’elle rencontrerait beaucoup plus de succès si elle était lancée aujourd’hui. Notamment grâce au steaming et à la possibilité de regarder toute une saison ou une série d’un seul coup après la diffusion. Le bouche-à-oreille sur The Wire qui s’est produit autour de la saison 3 débuterait beaucoup plus rapidement. Je parie même que la série aurait explosé grâce à cela comme Mad Men ou Breaking Bad. La manière dont nous regardons la télévision aujourd’hui a beaucoup changé. En plus il était difficile de prendre une saison de The Wire en cours en raison de la narration adoptée par les auteurs. Mais regarder cette série était extrêmement gratifiant.

ILTVSW. Le public semble indifférent au fait qu’Empire ait un casting presque entièrement constitué d’acteurs noirs. Pourtant il y a eu un article dans Deadline Hollywood qui affirmait qu’il était devenu difficile pour les acteurs blancs de trouver du travail à la télé. Comment expliquez-vous cette réaction ? 
Danny Strong. Je ne pense pas que cet article soit représentatif de la position de l’industrie. Les gens qui produisent du contenu essayent juste d’obtenir du succès. Avec ScandalHow to get away with murder et Empire, il est devenu évident pour tout le monde qu’il y avait une énorme audience noire sous-représentée à la télévision qui regarde les séries dans lesquelles les personnages principaux sont noirs. Mais un public blanc, aussi. En fait, vous pouvez réunir tout le monde. C’est au-delà de la race. Mon intuition me dit que cela va se banaliser car la seule chose qui intéresse l’industrie, c’est le succès. La multiplication des opportunités pour les acteurs noirs est juste une conséquence de cela. Cet article est simplement ridicule car il y a un nombre incalculable de rôles pour les acteurs blancs. C’est tout.

ILTVSW. Quelles sont les questions sociétales que vous souhaitez aborder en saison 2 ?
Danny Strong. Lhomophobie et la sexualité, certainement. Nous aborderons aussi l’incarcération. Et nous explorerons aussi le harcèlement policier dont font l’objet les Noirs aux Etats-Unis.

Ma philosophie consiste à dire la vérité

ILTVSW. Quand vous abordez ce type de sujets vous posez-vous la question de votre responsabilité d’auteur ?
Danny Strong. Ma philosophie consiste à dire la vérité. Tant que l’on dit la vérité peu importe les conséquences. Cela dit, bien sûr que l’on veut écrire de manière responsable cependant il ne faut pas être donneur de leçon et veiller à être authentique dans l’exploration de ce type de sujets. Cela dit, rien ne me rend inconfortable. Je peux traiter de tous les sujets.

ILTVSW. Le succès d’Empire nous apprend-il quelque chose de l’existence ou non de l’Amérique post raciale ?
Danny Strong. L’Amérique post raciale n’existe pas. Les émeutes et les événements qui les ont provoquées nous montrent qu’il y a encore énormément de racisme aux Etats-Unis. Ce qui est positif, c’est que nous continuons à progresser et l’élection de Barack Obama reflète le chemin que nous avons parcouru.

 

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Danny Strong

 

ILTVSW. Et le divertissement a le pouvoir d’améliorer la situation ?
Danny Strong. Absolument. Le divertissement peut améliorer les choses et mettre la culture en avant. Moi, j’écris pour mettre la culture en avant d’une manière que j’estime positive. Il y a des gens qui pensent que ce que j’écris est horrible pour le pays. Vous savez, l’acceptation de l’homosexualité, la question de l’acception de l’autre versus le racisme… Je vois ces gens comme des ennemis de ce que j’estime être bon et vrai. Et je continuerai de pousser ce que je crois être positif, plein d’espoir, qui relève d’une théorie un peu utopique d’acceptation de l’autre, d’amour et de communion. Ce que Martin Luther King appelait The beloved community.

ILTVSW. Certains ne reconnaissent pas la force de cette écriture soap…
Danny Strong. Cela ne m’inquiète pas du tout. J’écris et je me dis que peut-être les gens regarderont. Dans le cas d’Empire, ils sont extrêmement nombreux à aimer. Certains l’interprètent mal et d’autres, par principe, n’apprécient pas les choses qui ont du succès. Cela ne peut pas entrer en ligne de compte pour moi car, au bout du compte, chacun se fait sa propre opinion. J’écris donc ce que j’ai à dire, j’écris sur ce que j’aime, ce que je pense être une bonne histoire. Ma principale récompense, c’est que j’aime écrire et c’est pour cette raison que je le fais. Quand j’ai le sentiment que j’ai atteint mon maximum, l’accueil de la série est ce qu’il est…

ILTVSW. Que pensez-vous de ceux qui affirment que la comédie n’est pas le bon genre pour traiter de sujets fondamentaux ?
Danny Strong. Ceux qui pensent cela ne connaissent rien au sujet. C’est simple. Il y a tellement de comédies qui traitent de sujets importants comme la politique, l’amour, la race… tout. La comédie est en fait la meilleure manière de les aborder car vous faites rire les gens. Ils digèrent donc mieux les thèmes et les idées que les histoires contiennent.

Titre : Empire (2015 –    )
Créateurs : Lee Daniels, Danny Strong
Cast : Taraji P. Henson, Terrence Howard
Chaînes : Fox, W9 (France)

© 2015 ILTVSW – ne pas reproduire sans autorisation préalable d’ILTVSW

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star (VO) : Danny Strong co-creator of Empire

22 Nov

Danny Strong, the co-creator of Empire, was last June at the Monte-Carlo TV Festival.

ILTVSW was lucky enough to seat with him and talk about soap & politics.

 

© Fox

 

ILTVSW. I think of Empire as the first political soap ever, am I totally wrong or did you actually want to talk about modern America in the show from the very beginning of the project ?
Danny Strong. That was always inherent in Lee Daniels and I doing the show together. And I think the combination of doing a soap that is grounded in a drama that tackles social issues seems to work really well. They balance each other out very nicely.

ILTVSW. Does that approach of dealing with important issues through a joyful show is more efficient in terms of its impact ?
Danny Strong. … And the issues make the soap elements more dramatic. They balance each other out. One feeds the other. I find that comedy is so helpful in drama because it makes the drama more dramatic and it also makes it easier to get a laugh. Because you don’t have to be so funny for something to be really funny when it is in a drama. And I think having issues about social justice in a show that has a sparkle to it makes the social justice issues feel more resonant and powerful and makes the sparkle of the show sparkle even more because it is contradicting the other part of the show.

The nature of how we watch stories now is very different than when The Wire was airing

ILTVSW. Despite these serious elements Empire is a huge success. The Wire,  which was deeply addressing social justice, racism, drug dealing became cult but never was able to score big ratings. How do you explain Empire is saying so many things about the American society and still manage to be a hit show ?
Danny Strong. Well, The Wire is one of the most genius show of the last twenty years. I think it would be so much more successful today than when it started airing. Because of  streaming and because you can just go and watch all the shows at once after they have aired. The word of mouth on The Wire which really seems to happen around season 3 would have happened much faster and I bet you by season 3 The Wire, if it had aired now, would have done what say Mad Men or Breaking Bad did in their season 3 when they really blew up. The nature of how we watch stories now is very different than when The Wire was airing. It was also hard to just jump into in the middle of the season, you really had to start from the beginning because of the way the writers told the story. But if you did it was so rewarding.

ILTVSW. The audience seems not to care about the fact that Empire is an almost totally black cast show and still there was an article on Deadline Hollywood about how difficult it was now for white actors to find jobs on TV. How do you explain that reaction ? 
Danny Strong. I don’t think that that article was representative of the industry at all. I think people that make content are just trying to chase success. They just want products to be successful. With the success of Scandal and How to get away with murder and Empire, it has made crystal clear to everyone that there is a huge black audience that is under-represented in television that wants to watch shows with black leads. And simultaneously you can get a white audience too. You can get any audience. It is beyond race. My gut is you will be seing more of it because the industry is just trying to succeed.  When they started casting, they were looking for more black actors on TV shows it was merely a by-product of that. That article saying it was getting tougher out there for white actors was ridiculous because there is still an endless number of white roles. That’s all.

ILTVSW. What are the social issues you want to deal with in season 2 ?
Danny Strong. Definitely issues of homophobia and sexuality. We will be dealing with incarceration. We will also be exploring police harassment of people of color in America.

My philosophy is just tell the truth

ILTVSW. When you do that kind of writing do think in terms of your responsibility as a writer ?
Danny Strong. I have a philosophy which is : just tell the truth. As long as I tell the truth any blow back I get, I don’t care. As far as the responsibility goes when you are tackling  social issues, yeah you want to do it in a way that is responsible and truthful but also doesn’t feel preachy or spoon fed but like a genuine exploration of these issues. But I am not uncomfortable about anything. I’d talk about anything.

ILTVSW. Does the success of Empire teach us anything about the existence or the non existence of a post racial America ?
Danny Strong. There is no post racial America. These riots and everything we are having show that there is still a tremendous amount of racism in America. But was is positive is that it is moving forward, it is still progressing in such a positive way and the election of Barack Obama was such a reflexion of how far America has come.

 

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Danny Strong

 

ILTVSW. And entertainment has the power to help things get better ?
Danny Strong. I think it absolutely can make things better and can push the culture forward. Why I write is to push the culture forward in a way that I think is positive. There are people out there that would think that what I write about is horrible for the country. You know, acceptance of homosexuality, talking about race issues in a positive way as far as making people more accepting… I view those people as sort of enemies of what I believe to be good and true. And I will keep pushing what I believe to be positive, hopeful, more of an utopian type theory of acceptance, love, people coming together. What Martin Luther King called the beloved community.

ILTVSW. Still some people will not acknowledge the strength of this soap opera form of writing…
Danny Strong. I am not worried about it at all. I just put it out there and hopefully people dig it. It seems to me that an overwhelming number of people seems to really love the show because the show has been embraced in a very massive way. Some people are going to misinterpret it and sometimes people are just contrarian to things that are successful and have to dislike it. I can’t worry about the audience and individuals. Because everyone has a different opinion at the end of the day. I just write what I want to say, what I like, what I think is good story and put it out there. For me the rewarding quality why I do what I do is because I enjoy actually doing it. So once something feels good, like I got into a place where it is just the best I can do to be honest with you then the response is the response.

ILTVSW. What do you think of people who say that comedy isn’t the right form to deal with fundamental subjects ?
Danny Strong. Anyone who thinks it is a sin for comedy to address fundamental issues doesn’t really know what they are talking about. That’s it. There are so many comedies out there that are some of the most insightful satirical important issues addressing politics, love, race… everything. And comedy is actually the best way because you do it in a way where you get people laughing. So the themes and the ideas behind it are more easily digested for them.

Title : Empire (2015 –    )
Creators : Lee Daniels, Danny Strong
Cast : Taraji P. Henson, Terrence Howard
Networks : Fox, W9 (France)

© 2015 ILTVSW – not to be reproduced without a prior authorization from ILTVSW

Next week in ILTVSW, the French version.

ILTVSW guest star (VF) : Hagai Levi co-créateur de The Affair

11 Oct

Hagai Levi, le co-créateur de The Affair, a donné une master class en avril dernier à Paris au Festival Séries Mania.

Fin mai, au début du tournage de la saison 2, ILTVSW a eu la chance de pouvoir réaliser une interview Skype avec lui. Et de parler universalité, savoir-faire et littérature de Tel Aviv à Paris.

Dominic West (Noah) Ruth Wilson (Alison) dans The Affair © Showtime

ILTVSW. Dans votre écriture, vous explorez toujours des enjeux universels à travers le prisme de l’intimité, pourquoi ce choix ?
Hagai Levi. Je suis effectivement toujours intéressé par des thèmes très universels mais, à l’instant où je les aborde, ils ont toujours une résonance très personnelle pour moi. Il ne s’agit pas de donner un point de vue de principe philosophique ou d’une autre nature sur ces enjeux. Chaque fois qu’on choisit d’aborder un thème très universel, il faut être extrêmement spécifique et, d’une certaine manière original, dans la manière dont on le traite. Car ce thème a déjà été traité de nombreuses fois dans chaque autre série, roman ou film… Je mets souvent très longtemps à trouver la bonne manière de le faire. Le plus souvent, la solution n’est pas l’histoire en elle-même mais le concept. Je me demande : « Comment vais-je faire ça ? » « Quelle forme convient le mieux à cet enjeu ? ».

ILTVSW. Pour votre dernière série The Affair, la forme était donc plus importante au début de votre travail que le sujet en lui-même ?
Hagai Levi. L’idée que l’histoire allait examiner toute cette affaire à rebours était effectivement présente dès le début car je voulais dire quelque chose au sujet d’une liaison ou du mariage. Quelque chose qui était assez ironique : on peut fuir son mariage mais pas se fuir soi-même. On peut se remarier avec quelqu’un d’autre et se retrouver exactement dans la même situation. C’était là dès le début comme l’idée des perspectives différentes. C’était l’ADN de ce travail.

Je ne me prends pas au sérieux mais je prends la vie sérieusement 

ILTVSW. Vous dites que vous écrivez des dramas parce que vous prenez la vie sérieusement. Diriez-vous que c’est la définition de drama ? Quel sens lui donnez-vous ? Mad Men s’achève cette semaine et Matthew Weiner prend aussi tout cela très sérieusement…
Hagai Levi. … Même si la fin de la série, en elle-même, est assez cynique, ne trouvez-vous pas ? La publicité et la méditation, hein ? Je suis quelqu’un d’optimiste mais cette conclusion m’a rendu très triste. Je considère que le monde de la publicité est très cynique et corrompu, donc l’idée qu’après un tel parcours c’est la seule chose que puisse faire Don Draper est très dévastatrice. Bien sûr, on peut l’interpréter de différentes façons mais il a un sourire très particulier, ne trouvez-vous pas ? Quoi qu’il en soit, je trouve que c’est une bonne définition. Je vais devoir y penser un peu plus pour pouvoir affirmer que c’est LA définition de drama. Je suis quelqu’un d’extrêmement non cynique vous savez. Je déteste le cynisme. Je pense que c’est horrible. Je pense aussi que certains des auteurs qui font de la comédie sont très cyniques. Il leur arrive de créer des séries formidables mais ils paient un prix. Un peu comme s’ils vivaient à côté de la vie en ne prenant rien au sérieux. D’un autre côté, les auteurs de drama peuvent avoir l’air ridicules tellement ils prennent leur vie au sérieux. Mais à choisir… Je ne me prends pas au sérieux mais oui, je prends la vie sérieusement. C’est différent.

ILTVSW. Comment définiriez-vous le cynisme 
Hagai Levi. Pour moi, le cynisme consiste à nier le bon et l’âme dans la vie d’un individu. Le nier et en rire. Autrement dit, considérer qu’il n’existe rien de plus important que l’intérêt. House of cards est pour moi la série la plus cynique que je n’ai jamais vue et c’est pour cette raison que j’ai arrêté de la regarder après deux épisodes. D’ailleurs, ce genre de séries passe à côté de quelque chose car il leur manque le conflit très basique entre le bien et le mal. C’est simpliste, superficiel et pas très intéressant car en l’absence de ce combat intérieur, on ne peut pas s’identifier. C’est cela le cynisme pour moi. Nier l’existence de cette part presque divine chez tout être humain. Je ne veux pas donner l’impression d’être new age, religieux ou autre mais pour moi, en tant que personne, essayer quelque chose qui est plus grand et meilleur que moi, c’est l’essence de la vie. Se moquer de cela, c’est être cynique. Il arrive que l’on ait besoin de ça de temps en temps dans la vie. J’ai adoré Seinfeld qui a probablement été la série la plus cynique jamais écrite. Louis CK n’est pas cynique. Son écriture est très honnête et sincère contrairement à celle de Seinfeld. Il est donc possible d’être très drôle mais avec beaucoup de coeur. On ne devrait rire que de soi-même ou de très puissantes institutions. Mais si l’on se moque de la vie normale alors l’on rate quelque chose dans sa vie.

Hagai Levi

ILTVSW. Les formations d’écriture apprennent que le conflit oppose l’obstacle et la volonté. Dans votre travail le conflit semble avoir lieu entre le désir et la morale. Une forme plus spirituelle de conflit, moins mécanique…
Hagai Levi. Je n’y avais jamais pensé sous cet angle mais je pense que vous avez raison. C’est l’enjeu de la vie pour moi. C’est toute ma vie. C’est ce à quoi je me confronte et que j’essaye de comprendre. C’est très naturel. Il y a une autre définition qui est souvent utilisée et qui consiste à rechercher le conflit intérieur et inhérent à un personnage. Par exemple, un mafieux victime de crise de panique peut être l’objet d’une série entière alors que ce conflit n’a rien de technique. Si vous voulez nourrir cinq saisons, vous avez besoin de quelque chose de bien plus profond qu’un simple obstacle. Quelque chose de profondément inhérent au personnage afin que ce conflit puisse durer pendant de très nombreux épisodes. Quand vous avez un détective qui est tellement sensible qu’il ne peut pas supporter la mort, vous savez que vous tenez quelque chose. Comme dans True Detective. Comme dans Homicide dans laquelle les détectives s’effondrent encore et encore car ils ne peuvent plus affronter ces tragédies. Encore une fois, c’est ce que je recherche. Il s’agit toujours de la bataille morale. C’est tellement plus intéressant que quelqu’un qui veut quelque chose mais ne peut l’obtenir, n’est-ce pas ? Et quoi, ensuite ? On pourrait dire de The Affair que c’est un gars qui veut cette fille et qu’il y a un obstacle car il est marié et qu’elle est mariée. Mais pour moi, le point le plus intéressant est quand il arrive à l’avoir. Là, ça devient intéressant (rires).

Quand on utilise des archétypes cela nécessite énormément de travail de les casser

ILTVSW. Vous utilisez des archétypes mais vous vous débrouillez pour ne jamais en faire des stéréotypes…
Hagai Levi. Je travaille le plus souvent sur des thèmes très universels et il est arrivé que, oui, au début les personnages soient des archétypes ou stéréotypes dans In Treatment ou The Affair. A partir de ce moment-là, il y a un long chemin à faire pour atteindre mon but principal qui est d’éviter les stéréotypes. C’est vraiment une question de boulot, vous savez. Souvent on attend d’un personnage qu’il fasse ci ou ça et vous vous décidez qu’il fasse le contraire. Quand on utilise des archétypes cela demande beaucoup de travail de les casser. J’en ai totalement conscience et ce n’est qu’une question de travail.

ILTVSW. Cette conscience que vous avez, est-elle due au fait que vous avez étudié la psychologie ? 
Hagai Levi. Cela aide, c’est sûr. Vous avez plus d’outils à votre disposition. Mais même sans cela, cela devrait être important. La plupart du temps, les stéréotypes sont OK dans l’industrie de la télévision américaine. On en voit tellement mais comme c’est une industrie, les gens qui décident trouvent que cela n’a pas d’importance. C’est une bonne chose si cela a du succès. 99 % des séries sur les Networks sont basées sur des stéréotypes. Pour pouvoir les casser, il faut d’abord le vouloir, en fait. Il m’arrive de penser que c’est chez moi une question d’ego. Je déteste faire quelque chose qui a déjà été fait (rires) qu’il s’agisse d’un personnage, d’une forme ou d’un thème.

© HBO

ILTVSW. Pensez-vous qu’au bout du compte, l’écriture n’est que l’auteur lui-même et devrait l’être. Que c’est la seule manière d’atteindre une vérité et une authenticité. Ou, au contraire, le savoir-faire peut-il suffire ?
Hagai Levi. Je pense que l’on surestime le savoir-faire. Il y a tellement de séries que les gens qualifient de formidables alors que tout ce qu’on peut voir c’est qu’elles sont simplement très bien faites. Il n’y a aucun point de vue personnel, ni prises de position personnelles dedans. Donc, pour moi, le savoir-faire n’est pas très important. Vous pouvez faire des choses étonnantes avec, c’est vrai. Mais pourquoi perdrais-je mon temps à regarder quelque chose qui est juste très bien réalisé ? J’ai beaucoup mieux à faire. True Detective (saison 1) est un bon exemple. La série est très bien faite. Mais y-a-t-il quelque chose de nouveau dans son thème ? Je ne le crois pas.

ILTVSW. Pourtant, Nic Pizzolatto met beaucoup de lui-même dans son écriture…
Hagai Levi. C’est intéressant. Je l’ignorais. Ecoutez, j’aime vraiment True Detective donc je ne veux pas dire du mal de la série. Mais lorsque l’on arrive aux derniers épisodes, à la solution, encore une fois, il s’est agit d’un serial killer. Il y a eu de nombreux moments de vérité dans la série mais la conclusion a été un peu décevante. Je pensais que j’allais apprendre quelque chose de nouveau sur le bien et le mal, la nature religieuse du Sud qui a un impact évident sur le paysage politique actuel ou l’âme américaine.

ILTVSW. Quelles séries font plus que cela selon vous ?
Hagai Levi. La barre est toujours The Wire. Avec The Wire, qui n’était pas si bien réalisée que cela quand vous la regardez aujourd’hui  – ce que j’ai fait, je ne l’ai regardée qu’il y a deux ans, elle n’est pas aussi étonnamment faite que d’autres séries – vous voyez le monde différemment après. Et je ne crois pas qu’il y ait assez de cela à la télévision. Mad Men était comme ça. Rectify l’est aussi. La première étape pour réussir est de ne pas utiliser le genre. Il faut écrire autre chose. On dit que c’est l’âge d’or de la télévision. Je pense que c’est l’âge d’or du savoir-faire à la télévision, c’est sûr. Mais pas suffisamment dans son essence. La télé n’a pas rejoint la littérature où il y a tellement de variété. OK, il y a plein de romans policiers mais ils ne constituent qu’une petite part de la littérature. Il y a tellement de livres sur toutes sortes de sujets. Vous pouvez lire un livre et, waouh, vous vous sentez élevé et inspiré. Vous ne trouvez pas assez cela à la télévision.

ILTVSW. Vous travaillez sur un film consacré à Etty Hillesum, pourtant le mal n’est pas un sujet intéressant pour vous. Cette femme a eu un parcours incroyable mais elle est morte assassinée dans un des endroits les plus diaboliques dans l’histoire de l’humanité, comment allez-vous aborder ce sujet ?
Hagai Levi. Tout d’abord, ce n’est pas que je ne suis pas intéressé par le mal. Simplement la fascination pour le mal de certaines séries américaines est très perturbante. Ils n’essayent pas d’explorer le mal, ils s’en amusent. C’est extrêmement regrettable selon moi. Cette femme a eu une manière très spécifique de gérer le mal. Ce film ne sera pas du tout sur l’Holocauste mais sur d’autres choses. C’est un film qui pose la question de comment rester un être humain dans chaque circonstance même les plus horribles. D’une certaine manière, c’est un film sur le renoncement. Elle aurait pu se rebeller mais a choisi un autre chemin. Un chemin qui peut se résumer ainsi : je peux être tellement autonome et autosuffisante que je me fiche des circonstances. Oui, le mal existe mais je ne gaspille pas mon énergie ou mon temps à la haine ou la revanche ou à penser à la revanche. J’essaye de construire quelque chose en moi qui est si fort que je peux tout surmonter. C’est comme cela qu’elle a supporté le mal. Elle a dit et répété : le mal est en nous pas à l’extérieur de nous, donc nous devons d’abord nous occuper de nous-mêmes pour l’effacer et, ensuite, le monde sera meilleur. Ce qui se passe à l’extérieur n’a aucune importance, c’est l’enjeu de ce travail. Et comme vous pouvez le comprendre, il est très difficile d’en faire un film. Donc, je me bats.

Titre : The Affair (2014 –    )
Créateurs : Hagai Levi, Sarah Treem
Cast : Dominic West, Ruth Wilson, Maura Tierney, Joshua Jackson
Chaînes : Showtime, Canal Plus séries (France)

© 2015 ILTVSW – ne pas reproduire sans autorisation préalable d’ILTVSW

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star (VO) : Hagai Levi co-creator of The Affair

4 Oct

Hagai Levi, the co-creator of The Affair, gave a master class last April in Paris at the Festival Séries Mania.

At the end of May, ILTVSW was lucky enough to set a skype meeting with him when the second season started shooting and talk universality, craft and literature from Tel Aviv to Paris.

Dominic West (Noah) Ruth Wilson (Alison) in The Affair © Showtime

ILTVSW. In your writing you always explore universal issues but also always do it through the prism of intimacy, why that ?
Hagai Levi. I am always interested in very universal themes but they are always very personal for me. It’s not like if I decided to address some very important philosophical or whatever issues but things that are very important for me at this moment in my life. Whenever you deal with something that is very universal you have to be very very specific and in a way original in the way you handle it because it has been handled so many times in every other TV show or book or film… Usually it takes me a lot of time to find the right way, the right form to deal with it. Usually it is not about the story but about a concept. How will I do it ? What is the right form for this issue ?

ILTVSW. So for your latest show The Affair, the form of the storytelling was more important at the beginning than the subject ?
Hagai Levi. The idea that the story was going to look at the whole thing backwards was really there at the beginning because I wanted to say something about an affair or about marriage, something which was quite ironic, the fact that you can run away from your marriage but you can’t run away from yourself. You can find yourself living married with a new one and get to the exact same point. That was there from the beginning as was the idea of the perspectives. In the very initial core of the work.

I don’t take myself seriously, I take life seriously

ILTVSW. You say that you write drama because you take life very seriously. Would say it is the definition of drama ? How would you define it ? Mad Men is ending this week and Matthew Weiner is also taking this whole thing very seriously…
Hagai Levi. Although, the ending of the show itself is quite cynical wouldn’t you say? The commercial and the meditating, right ? I am an optimistic person myself but it was a very sad ending for me. I see the world of commercials as a very cynical and corrupted world so for me the idea that after all this journey this is only thing Don Draper can do is very devastating. You can interpret it in many ways but it’s a very specific smile wouldn’t you say ? Anyway. It is a good definition I have to think about it much more to say that this is the definition of drama. I am a very non cynical person, you know. And I hate cynicism. I think it’s awful. And I think sometimes people who make comedies are very cynical as people. Sometimes they can make amazing shows but they pay a price. It is like living beside life in a way. And not taking anything seriously. In drama it can be very ridiculous how people take their life seriously but when I have to choose between two options yes, I don’t take myself seriously, I take life seriously. It’s different.

ILTVSW. How would you define cynicism 
Hagai Levi. Cynicism for me is denying the good, the soul in a person’s life. Denying it and laughing about it. Meaning there is no something which is more than interest. House of cards is I think the most cynical show I have ever seen and that’s why I stopped watching it after two episodes. For me, by the way, these kind of shows are missing something because this very basic conflict between the good and the bad is missing. It’s simplistic and superficial and although it is not very interesting because if you don’t have this battle inside of you then I am not interested and I cannot identify. Anyway. This is cynicism for me. It’s denying this almost divine part in yourself. I wouldn’t want to sound new age or religious or something but for me as a person trying something that is bigger and better than myself is the essence of life. Mocking this is for me being cynical. Sometimes you need cynicism in your life. I loved Seinfeld which is again probably the most cynical show ever. Louis CK is not cynical. His writing is very honest and very sincere as opposed to Seinfeld for instance. So you can be very funny but still with a lot of heart. You should always laugh about either yourself or very powerful institutions but if you mock the normal life then you miss something in your life.

Hagai Levi

ILTVSW. In drama writing schools they teach that conflit is between obstacle and will. But in your writing conflict seems to be between morality and desire. A more spiritual form of conflict as opposed to a mechanical one…
Hagai Levi. I didn’t think about it this way but I think you are right. This is life for me. This is all my life. This is what I am dealing with and trying to understand. It is very natural. There is another definition which is usually used which is I really look for internal and inherent conflict in a character. When you say there is this mobster who has panic attacks, you can put a whole series on this conflict but it is not something technical. If you want to feed five seasons you need something that is much more deep than just an obstacle. Something inside the main character so inherent in him that this conflict can carry so many episodes. When you have a detective who is so sensitive that he cannot tolerate death then you know you have something. Like in True Detective. Like in Homicide in which the detectives collapsed again and again because they couldn’t handle these tragedies. Again this is what I am looking for. For me it is always a moral battle. It is so much more interesting than someone who wants something and can’t get it, right ? And then, what ? You could say about The Affair that it’s a guy who has this will about this woman and that there is this obstacle because he is married and she is married. But for me the most interesting point is when he has her. Now it is becoming interesting (laughs).

When you use archetypes it is really a lot of work to break them

ILTVSW. You use archetypes, yet you manage never making them stereotypes ?
Hagai Levi. I usually go for very universal themes and sometimes, yes, in the beginning you have archetypes or you could say stereotypes characters in In Treatment or in The Affair whatever. From this point there is a very long way to reach my main goal which is to avoid stereotypes. So it is really about work, you know. A lot of time a character would be expected to do this or that and you choose to make him or her go another way. When you use archetypes it is really a lot of work to break them. I am very very aware of the archetypical nature of these characters and from this point it is just work.

ILTVSW. This awareness you have it because you studied psychology ? 
Hagai Levi. Well, it helps. Because then you have more tools to play with. But again it should be important. In a lot of places in the American TV industry stereotypes are OK. There are so many stereotypes out there and since it is an industry, they say whatever. It is good if it works. If you look at 99 % of the shows in the networks they are based on stereotypes. So first you need to want to break them and then you can do it, you know. Sometimes I think it has something to do with my ego. I really hate to do something that has been done (laughs). Either it is a character, a form or a theme.

© HBO

ILTVSW. Do you believe that ultimately writing is about the writer himself and has to be. That it is the only way it can be true and feel authentic. Or craft can do the trick ?
Hagai Levi. I think craft is overrated. There are so many shows on television that people refer to as great shows and all you can see is that they are very well done but I don’t see any personal point of view behind them or personal statement or whatever. So for me, craft is not very important. You can do amazing things with craft but why should I waste my time with something which is only well done. I have much better things to do. True Detective (talking about season 1) is a good example. It is really well done. But is there anything new in its theme ? I don’t think so.

ILTVSW. Yet, Nic Pizzolatto puts a lot of himself in his writing…
Hagai Levi. It’s interesting. I didn’t know that. Listen, I really like True Detective so I don’t want to say bad things about it. When it comes down to the last episodes, to the solution of the whole thing, again it was about another crazy serial killer. You had a lot of moments that were really true in the show but in the end it was a bit disappointing. I thought I was going to learn something new about good and bad, the religious nature of the South which is so relevant to current politics, or the American soul.

ILTVSW. Which shows do much more than just being well crafted ?
Hagai Levi. The bar is always The Wire. With The Wire, which wasn’t so well done by the way when you watch it today which I did, I watched it only two years ago and it is not amazingly done as other shows, you look at the world differently after watching it. And I don’t think there is enough of that in television. Mad Men was one of these shows. Like Rectify. I think the first step to do that is not to do a genre show. It is writing something else. They say it is the golden age of television. I think it is the golden age of television in the craft, for sure. It is not enough a golden age in the essence. TV is not yet in the place where literature is where there is so much variety. OK you have all these detective books but it is a very small part of literature. You have so many books about so many things. You can read a book and wow, you have this elevation, this inspiration. You do not have that enough on television.

ILTVSW. You are working on a movie about Etty Hillesum, yet evil is not an interesting matter to you. This woman had an incredible journey but died in the most devilish place you can think of, so what is going to be your take ?
Hagai Levi. First of all it is not like I am not interested in evil. The fascination for evil of some of the American shows that were interested in evil is very disturbing. It is not « let’s explore evil », it is more like « let’s make fun of it ». And this is very very wrong for me. This woman has a very specific way to deal with evil. This film is not going to be about the holocaust at all but about other things. It is about how you can be a human being in every circumstances, even in the most horrible circumstances. In a way it is about giving up, you could rebel but she has chosen an other way. Which was : I can be so autonomic and self-content in a way so I don’t care what are the circumstances. So yes there is evil but I don’t waste my energy or time on hatred or revenge or thinking of revenge. I try to build something inside me which so strong so I can live or die anything. That’s her way of coping with evil. She said again and again : evil is inside us not outside so first you have to take care of yourself, to erase the evilness inside you and then the world will be better. It doesn’t matter what is happening outside, that is the issue of this. And as you can understand it is very very hard to make a film from this idea so I am struggling.

Title : The Affair (2014 –    )
Creators : Hagai Levi, Sarah Treem
Cast : Dominic West, Ruth Wilson, Maura Tierney, Joshua Jackson
Networks : Showtime, Canal Plus séries (France)

© 2015 ILTVSW – not to be reproduced without a prior authorization from ILTVSW

Next week in ILTVSW, the French version.

ILTVSW summer break 2015 !

26 Juil

FRA/ENGLISH

 

Miami Mood – Ballers © HBO

Chers sériephiles,

C’est la pause d’été pour I love TV so what ? Le blog sera de retour le dimanche 14 septembre avec ses BFFF et des invités… Je suis très curieuse de savoir si, comme moi, vous avez craqué pour The Honorable WomanBallersGrace and Frankie et éclaté de rire devant certaines scènes de Sense8

Ou aimé les mêmes personnages …

Ani … BFFF Weekly 58: Life sucks again but it might end up great
Rodrigo … BFFF Weekly 57: It started like a rebound …

Et, enfin, je ne résiste pas au plaisir de réinviter de grands auteurs Bruno Gaccio, Steve Levitan & Hugo Blick.

Bel été à vous tous !

 

Dear series addicts,

It’s summer blog break for I love TV so what? The blog will be back Sunday September 14th with its BFFF and guests … Meanwhile, I would  be happy to know if you shared my crush for The Honorable Woman, BallersGrace and Frankie and LOLed in front of some scenes from Sense8.

Or loved the same characters …

Ani … BFFF Weekly 58: Life sucks again but it might end up great
Rodrigo … BFFF Weekly 57: It started like a rebound …

Finally, I can’t resist the pleasure to share again my interviews with great creators Bruno Gaccio, Steve Levitan & Hugo Blick.

Have a great summer !

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