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BFFF Weekly 68 : The big guy theory

25 Sep

FRA/ENGLISH

Cher Spencer,

Il arrive qu’une bonne nouvelle devienne une mauvaise nouvelle puis à nouveau une bonne nouvelle. Prenons, par exemple, l’addiction aux reboots des Networks. Yeaaaaaah, MacGyver revient. Le monde sera un endroit plus sûr. Nooooooon, regardez ce qu’ils ont fait de ce gars… Le monde est devenu un endroit moins joli à voir. Mais yeaaaaaah, le Peak TV ressemblera moins à l’enfer. Nous aurons plus de temps pour renifler tranquillou devant This is us, par exemple. Et nous éviterons le pop culture burn out.

Monsieur muscles, vous êtes l’une de ces bonnes nouvelles qui deviennent une mauvaise nouvelle puis à nouveau une bonne nouvelle. Et c’est la raison pour laquelle Spencer, de la série Ballers, vous êtes l’un de mes BFFF (Personnages préférés pour toute la vie).

On vous appelle toujours The Rock alors que vous êtes loin d’être au top (bonne nouvelle). D’une certaine manière, c’est extrêmement réconfortant pour une fille contrainte de se hisser haut sur la pointe des pieds pour atteindre 1, 64 mètres. Je sais, c’est mal de trouver du réconfort dans le malheur des autres. Cependant, vous, vous savez que les vrais fans ne sont pas des gens normaux (mauvaise nouvelle) ce qui explique et excuse beaucoup de choses (bonne nouvelle).

Et puis, quand vous n’êtes pas au top, vous roulez tout de même dans une voiture de luxe sous le soleil de Miami vers une maison qui ressemble à un Club Med tuné Relais & Châteaux et vos tatouages recouvrent encore votre buste bien tendu même si vous avez arrêté le sport. Alors que nous…

OK, Spence ce n’est pas facile tous les jours de pouponner des adulescents surpayés pour courir avec un ballon sur un terrain de football américain. OK, ça doit être usant d’expliquer à un gars qui pèse une demi-tonne qu’il y a plus évident qu’un lama comme animal de compagnie. Je compatis. Pourtant, j’ai une furieuse envie que les choses empirent pour vous. Depuis que j’ai fait votre connaissance, il y a presque deux saisons, j’ai une gigantesque fuite de surmoi (bonne nouvelle pour moi, mauvaise nouvelle pour vous).

Mais ce que j’aime par-dessus tout chez vous Spence, c’est le message fondamental que vous envoyez sur l’existence. Malgré le mal qui vous ronge et que vous tenez secret, malgré les emmerdements qui vous assaillent, vous demeurez, envers et contre tout, un gentleman footballeur.

La prochaine fois sur ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

 

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Dwayne Johnson (Spencer Strasmore) © HBO

 

Titre/Title : Ballers
Créateur/Creator : Steve Levinson
Cast : Dwayne Johnson
Maths : 2 saisons/seasons
Chaîne/Network : HBO/ OCS (France)

Dear Spencer,

Sometimes a good news is a bad news and then a good news again. Let’s take the reboots networks addiction. Yeaaaaah MacGyver is back. Our world is going to be a safer place. Noooooooo look what they did to the guy, seriously the world has become a less beautiful place to look at. But yeaaaah Peak TV will be less of a hell, we will have more time to cry in front of This is Us for example. And we will avoid the pop culture burn out.

Mister big guy you are one of these good news/bad news/good news. And that’s the reason why Spencer from Ballers you are one of my BFFF (Best Fiction Friend Forever). 

They still call you The Rock eventhough your life is in a shitty place (good news). And it is very comforting for a girl who must stand on tiptoes to reach 1, 64 meters. I am very aware that it is wrong to feel better because others feel bad. But you know that true fans are not normal people, right ? (bad news) which explains et excuses a lot (good news).

Not to mention that even when you are not at the top of your game you still drive a fancy car in Miami where you live in a house that looks like a Club Med mansion 100 % furnished by Martha Stewart. Plus you do not play ball anymore but your tattoos still look good on your chest. Regular people would kill to have bad days like yours…

OK, Spence I hear you, it is hard to take good care of teen big boys overpayed to run with a ball on a football field. OK, it must be scary to explain to a defensive tackle that « no, a lama is not exactly what we call a domestic pet ». I sympathize very much with you. But I still want things to get worse. I can’t help it, ever since I met you & your teen team, I have a kind of a gigantic superego leak (good news for me, bad news for you).

Anyway, Spence what I like the most about you is the message you send to the world. Despite the pain you feel and all the shit you have to deal with, you remain against all odds a gentleman player.

Next time on ILTVSW… Oops, not decided yet, sorry.

ILTVSW pilot crush : The Grinder

18 Oct

FRA/ENGLISH

Lorsqu’il gèle dehors et qu’il ne devrait pas puisque Paris, France, a la réputation mondiale d’être une ville au climat tempéré et que Noël est encore loin, on ne peut compter que sur une valeur sûre. On peut prendre un thé. Ou, on peut prendre un thé, de la mythologie et un beau gosse aux yeux bleus. Pour une étrange raison, je recommande la seconde option. L’objet de mon récent pilot crush The Grinder.

Il arrive que les titres fonctionnent comme des promesses. Ce n’est pas le cas de celui-là. Sauf, si on prête l’oreille à sa petite musique : « The Griiiiiiinder ». Elle provoquera forcément un sourire. Et ce sera une bonne chose puisque c’est précisément ce que l’on attend de nous. Je sens que certains d’entre vous s’impatientent déjà. Alors, alors, la mythologie et le beau gosse aux yeux bleus (hein @Astiera01 @Nathalie_Lenoir @Christel_Pavard) ? OK.

Donc The Grinder est une série à propos de deux frères qui s’aiment mais ont emprunté des chemins séparés. Si vous pensez à Abel et Cain, gagné ! Comme il s’agit d’une comédie, les choses vont tourner moche mais pas moche-moche entre beau gosse aux yeux bleus… Rob Lowe et son frangin, Fred Savage. Le premier est une future ex star de la téléréalité qui gagne des procès parce qu’il parle et passe bien à la télé. Le second est un vrai avocat qui gagne des procès même s’il ne parle pas bien mais parce qu’il a étudié à la faculté de droit, ce qui peut aider. Comme la TV est une drogue, the grinder-Rob Lowe est persuadé qu’il peut devenir un grand pro du barreau et décide de squatter la vie de son frère. Ce qui provoque bientôt chez cet heureux père de famille des pulsions de nature meurtrière.

D’accord, la formule n’a rien de nouveau mais la série fonctionne. Sûrement car sur le terrain de l’intime, elle résonne familièrement. Team Abel ou team Cain ? Et, probablement, aussi car The Grinder, nous rappelle que nous sommes tous des victimes potentielles du miroir déformant qu’est la télé.

La semaine prochaine sur ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

 

Rob Lowe & Fred Savage © Fox

 

TItre/Title : The Grinder
Créateurs/Creators : Andrew Mogel, Jarrad Paul
Cast : Rob Lowe, Fred Savage, Mary Elizabeth Ellis, William Devane
Maths : 1 saison/season
Chaîne/Network : Fox

 

When it is freezing outside and it shouldn’t be because Paris, France, is world known as a temperate climate city and that it is not even Christmas, you need to rely on strong values to survive. You can have a tea. Or you can have a tea plus mythology plus a blue-eyed pretty face. And for some strange reason I do recommend the second option. The subject of my latest pilot crush : The Grinder

Sometimes titles work like little promises. But the one does not. Except, if we just consider the music of saying out loud : « The Griiiiiiinder ». And then we smile. Which is a good thing because it is exactly what is expected from us. I can tell that some of you are starting to get impatient (yes you @Astiera01 @Nathalie_Lenoir @Christel_Pavard). What about the mythology and the blue-eyed pretty face ? Okay. 

So The Grinder is a show about two brothers who like each other but went separate ways. If you think of Abel and Cain you are right. But as it is a comedy, yes things are going to turn ugly but not ugly ugly between the blue-eyed pretty face… Rob Lowe and his bro, Fred Savage. The first one is a soon to be forgotten reality TV star who wins trials just because he is good at talking on TV. The second one is an actual lawyer who wins despite he is no good at talking but went to law school, which helps.

Because TV is a drug, the grinder-Rob Lowe is convinced that he can become an amazing professional, decides to stick around and to stay at his brother’s house. An happily married good guy who cannot believe that he suddenly has some kind of Abel and Cain type of pulsions. 

The formula has nothing new though it works well because on an intimate level, well, we all have these pulsions we try so hard to hide. And also because The Grinder reminds us that we are all potential casualties of the fake mirror of TV.

Next week on ILTVSW … Oops, not decided yet, sorry.

BFFF Weekly 57 : It started like a rebound …

7 Juin

FRA/ENGLISH

Maestro

De temps en temps, la vie trouve son sens dans les couchers de soleil, les feux de camp et les marshmallows. Deux de ces trois éléments sont non essentiels, évidemment. Mais, de temps en temps, les choses non essentielles font un bien fou. C’est la raison pour laquelle non essentiel est en fait essentiel. Dans la vraie vie. Mais pas seulement. De temps en temps, la TV devrait se concentrer sur les couchers de soleil, les feux de camp et les marshmallows. Les petites joies et la légèreté. La musique classique. Les gars fous et géniaux comme vous. Rodrigo, de la série Mozart in the jungle, vous êtes officiellement mon 57e BFFF/Personnage préféré pour toute la vie à qui j’écris chaque semaine.

Je suis tellllllllement heureuse de vous avoir rencontré. Vous êtes un feel good personnage. Et après les adieux de Don, je n’ai pas honte de l’admettre, il me fallait un rebound. Dans la vraie vie, nous savons tous qu’il ne faut pas avoir d’attentes trop élevées en la matière. Mais à la TV tout est toujours différent. Il est question ici de semaines d’intimité partagée. Il faut donc s’assurer que le gars en vaut la peine. Laissez-moi vous dire, Rodrigo, après un peu plus de deux mois, non seulement j’ai la conviction d’avoir fait le bon choix mais j’ai adoré toutes les minutes en votre compagnie.

D’abord car cela m’a permis de passer du temps à New York où vous vous êtes installé pour prendre la direction de l’orchestre symphonique de la ville. Ensuite car fréquenter des gars comme Mozart chaque semaine améliore considérablement la qualité d’une vie. Enfin parce que vous êtes en miettes mais toujours 100 % passionné. La preuve vivante que l’obstination, le travail et une drôle de coupe de cheveux peuvent nous permettre de devenir la meilleure version de nous-mêmes. Je ne fais pas ici mention du talent puisqu’il est hors du champ de la volonté humaine. Et qu’il existe beaucoup de trucs que l’on peut tout de même réussir sans, comme admirer un coucher de soleil devant un feu de camp en picorant des marshmallows. Quiconque est déjà parvenu à faire coïncider ces trois éléments sait la valeur du travail, de l’obstination et … du timing.

Pour en revenir au talent, la musique interprétée par votre orchestre a l’incroyable pouvoir de nous rassembler de manière universelle. En nous rappelant, dans les bons moments comme dans les moins bons, que nos émotions sont certainement nos cadeaux les plus précieux. Tellement précieux que nous ne voulons pas les gaspiller en regardant de la TV au rabais. La comédie a besoin de charme. Et votre jungle, Rodrigo, en regorge.

La semaine prochaine sur ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

Gael Garcia Bernal (Rodrigo)

Titre/Title : Mozart in the jungle (2014 –    )
Créateurs/creators : Roman Coppola, Jason Schwartzman, Alex Timbers
Maths : 1 season
Cast : Gael Garcia Bernal (Rodrigo)
Chaîne/Network : Amazon, OCS (France)

Maestro

From time to time, life should be about sunsets, campfires and marshmallows. Two of those three things are totally non-essential. But from time to time non-essential feels good. And this is why non-essential is essential. In real life. But not only. From time to time, TV should be about sunsets, campfires and marshmallows. Joyful moments and lightness. Classical music. And about crazy & brilliant guys like you. This is why Rodrigo from the show Mozart in the Jungle, you are officially becoming today my number 57 BFFF/Best fiction Friend Forever.

I am sooooooo glad I met you. You are the kind of characters that makes us feel OK. And after Don walking away forever, well, I am not ashamed to admit it, I needed a rebound. In real life, we all sadly know that these are times when expectations must be low. But on TV, it’s a all different thing. We are talking here about weeks of intimacy. So you have to make sure the dude worth that amount of your time. Let me tell you, Rodrigo, after a little more than two months, not only have I made the right choice but I have enjoyed every minute of it. 

First because I got the chance to spend time in New York where you just moved to conduct the city Symphonic orchestra. Second because dealing with guys like Mozart on a weekly basis incredibly increases the quality of life. Third because you’re totally fucked up and still 100% passionate. You are the incarnation that persistence, hard work and strange hair cuts can allow individuals to be at their best. I didn’t mention talent because obviously there is nothing we can do about it. And there are a lot of things we can successfully do without it like watching a sunset in front of a campfire with marshmallows. Anyone who has ever managed those three things to work at the same time knows about hard work, persistence and … timing. 

Going back to the talent thing, the music your orchestra is playing has the incredible power to touch us in an universal way. And it remembers us, in good times and bad times, that our emotions are precious gifts. So precious that we do not want to waste them watching poor TV. Comedy needs charm. And your jungle, Rodrigo, is full of it.

Next week on ILTVSW … Oops, not decided yet, sorry.

ILTVSW guest star: Bruno Gaccio

24 Mai

FRA/ENGLISH

Bruno Gaccio, auteur et découvreur de talents à la tête de La Fabrique pour Canal Plus, a accepté l’invitation de ILTVSW à l’occasion du lancement de la saison 3 de Hard. De la naissance des projets, à son rapport avec les scénaristes, en passant par le lien étroit entre la dramaturgie et le golf, jusqu’au miracle que constitue une série réussie, il se livre dans une interview fleuve et gastronomique.

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. Bruno Gaccio, the French writer & producer for Canal Plus, where he helped to reveal new writers, is the guest star of the blog today. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English.

 

 

ILTVSW. Vous avez longtemps été à la tête de La Fabrique de Canal Plus, chargé de découvrir et d’aider de nouveaux talents à éclore. Hard, dont la saison 3 débute dans huit jours, est l’une des séries qui y est née. Existe-t-il un processus de création idéal ?
Bruno Gaccio. Le processus de création idéal n’existe pas. Dans l’industrie de la télévision, la création peut venir de n’importe où. De l’intuition de quelqu’un qui pense qu’un sujet peut intéresser un public, par exemple. Dans le cas de Hard, cela naît d’un échec. Nous avions fait Les interminables avec Gilles Galud (producteur à la tête de La Parisienne d’Images, NDLR). C’était une série avec que des vieux. Des vieux qui étaient condamnés à mort s’ils n’avaient pas de quoi gagner leur vie. Donc, les personnages faisaient à peu près n’importe quoi y compris du cinéma porno. La série traitait de la mort, de la pauvreté, de l’impossibilité de s’en sortir. C’était déprimant donc elle n’a pas fonctionné. Avec Gilles, le lendemain des résultats, on était déprimé, on buvait du café, on fumait des cigarettes dans son bureau et on rigolait en se disant : « Le prochaine fois, on ne met que des nanas de 20 ans à poil. Puisque c’est ce qu’ils veulent, on va leur donner et on fera un succès ». Et puis, en réfléchissant au pourquoi on s’était planté, j’ai dit : « Pourquoi, on ne fait pas une comédie romantique qui se passerait dans l’univers du porno ? ». Voilà comment un producteur et une chaîne peuvent trouver une idée.

 

Un auteur doit tout te donner

 

ILTVSW. Cela n’aurait pu rester qu’un concept, comment êtes-vous parvenus à lui donner l’épaisseur et la fantaisie qui caractérisent, en plus, la série ?
Bruno Gaccio. Nous nous sommes dits qu’un acteur porno n’était pas qu’une machine à baiser, c’était un être humain. Ce type ou cette femme pouvait donc tout à fait être amoureux de quelqu’un, rentrer le soir chez lui épuisé, se poser devant la télé comme on le fait tous quand on est crevé sans réfléchir à rien. La question que nous nous sommes ensuite posée est : comment vit-on cette situation ? On ne peut pas créer pour rien, on crée pour une chaîne. Cette chaîne est la première à avoir diffusé du porno donc elle était tout à fait légitime pour produire une série comme Hard sans que cela soit incongru. Le support était le bon, l’idée n’était pas mauvaise, nous avions une structure pour le faire, qu’est-ce qui nous en empêchait ? Nous avons lancé un appel à projets. Nous en avons reçu 110. Très vite, nous nous sommes dits que nous aimerions retenir celui d’une femme car si nous ne mettions que des mecs autour d’une table, cela serait une catastrophe. Nous en avons retenu deux celui de Cathy Verney et celui d’un autre scénariste. Elle a été la mieux disante notamment parce qu’elle vient d’un milieu bourge et que sa façon de traiter les à-côtés, les verrines, la vallée de Chevreuse … était bien meilleure. Elle ne connaissait rien au porno, c’est nous qui l’avons alimentée.

ILTVSW. La Fabrique a accueilli de nombreux nouveaux auteurs, comment avez-vous travaillé avec eux ?
Bruno Gaccio. Pour moi, il y a des étapes. Les premières semaines, il faut dire aux auteurs : « Fais ce que tu veux. Je veux tout ce qu’il y a dans ta tête donc il y a zéro limite ». Il faut qu’ils osent tout. Il faut qu’ils rendent tout : des scènes, des notes, des dialogues, des personnages … Dans le désordre, ce qui est important, c’est de tout mettre sur la table. Un auteur doit tout te donner. Je sais que je travaille pour la télévision et qu’il devra faire 26, 52 ou 90 minutes. Il ne peut pas me donner un film de deux heures, ni un court métrage. Mais ça, je n’ai pas à lui dire. Une fois que tout sera sur la table, on fera des réunions assez longues pour voir ce qui va dans la direction qu’il a choisie. Sauf qu’il y a un support, la télévision qui a une ligne éditoriale, qui veut certaines choses et pas d’autres. Mon rôle est d’emmener l’auteur dans ce cadre sans qu’il s’en aperçoive et sans le brimer parce que s’il nous livre quelque chose qu’on ne peut pas diffuser, il aura travaillé pour rien et nous on aura perdu de l’argent. Tout le travail, c’est ça.

 

 

 

ILTVSW. Et ce désordre finit un jour par prendre du sens …
Bruno Gaccio. Ce qui nourrit l’histoire fait que le personnage naît. Et, à un moment du processus, une évidence surgit. C’était comme ça que cela devait être. C’est évident. Les auteurs reconnaissent ce moment-là et les producteurs, aussi. Ils disent : « Cette femme est comme ça, elle a tant d’enfants, elle fait ce métier-là ». Pour Hard par exemple, tout ce qu’elle fait, c’est pour nourrir sa famille. La seule chose qui la pousse, c’est d’être autonome.

ILTVSW. Si c’est évident pourquoi y-a-t-il des séries évidemment réussies et d’autres moins réussies ou même ratées ?
Bruno Gaccio. J’explique cela très facilement. C’est un peu comme au golf, si ton club est ouvert d’un degré à droite ou à gauche, à l’arrivée ta balle va être vingt-cinq mètres à droite ou vingt-cinq mètres à gauche. Dans le processus créatif, c’est pareil. Si tu rates un petit peu le début, tu construis sur du bancal et, à la fin, tu es à côté de la plaque. Nous, on a réussi, allez, je vais dire, un projet sur trois. Pour un qui était acceptable, il y en avait un réussi et un raté. Le pire, c’est peut-être l’acceptable. Le raté, c’est pas grave, tu es allé au bout et tu t’es planté. Alors que dans l’acceptable, tu es 10% à côté de tout, donc pas loin. Tu te dis l’idée est bonne mais quand tu vois l’idée, c’est trop tard. Il y a toujours quelqu’un qui voit venir ces 10%. Si ce n’est pas moi, c’est de ma faute car je n’ai pas écouté. Si c’est moi, c’est de ma faute car je n’ai pas réussi à les recadrer. Quand tu crées une série, entre  l’idée et ce qui arrive sur l’écran, il y a un nombre incroyable de filtres. Un auteur qui travaille, des dialoguistes qui vont venir aider, des script doctors qui vont mettre leur nez dedans puis un styliste qui ne voit pas la même chose … Et le producteur qui ne doit pas bouffer sa marge. Ensuite, tu as un réalisateur qui a une vision. Avec Gilles, on avait raccourci le circuit de décision. La chaîne travaillait avec les auteurs. Ce qui ne se passe jamais. Ils voient les showrunners, les producteurs, jamais les auteurs, je pense que c’est une erreur. Il faut être dans la pièce avec les auteurs. A la limite, le chef de projet devrait être le showrunner car c’est le seul moyen d’obtenir une unité.

 

 

ILTVSW. Donc, il faut admettre que le risque est toujours l’une des variables …
Bruno Gaccio. Le processus créatif ne fonctionne pas à chaque fois. Pour que ça marche, il faut un alignement de planètes formidable. Il faut que l’idée soit bonne et que le sujet soit le bon, c’est le plus important, plus que l’écriture. Ensuite, il faut trouver la bonne personne pour qu’elle l’écrive dans l’air du temps pour que les gens puissent l’accepter. Il faut après que le réalisateur comprenne qu’il n’est pas le maître du projet mais le serviteur du projet. S’il commence à vouloir faire de l’art, tu es mort. En France, la législation, lui donne le statut d’auteur et il le croit. Ces cons de techniciens ont cru qu’ils étaient des auteurs. Certains d’entre eux le sont, évidemment. Mais ils sont très rares. Dans les contrats, ils sont engagés comme techniciens mais ils n’acceptent pas de l’être. Alors cela donne des trucs comme dans une scène où un personnage est en colère, un réal qui veut que cela soit joué « tout en douceur ». Quand tu tombes sur un réal comme ça, c’est fini, tu ne peux rien faire parce que c’est son plateau et toi, tu fermes ta gueule. Tu essayes ensuite de rectifier au montage mais tu n’arrives pas à le faire car tu n’as pas les bonnes prises. Donc, tu es 10% à côté partout.

ILTVSW. Comment avez-vous choisi les auteurs qui ont fait partie de La Fabrique ?
Bruno Gaccio. Nous n’avons jamais travaillé sur un projet. Nous avons sélectionné des gens qui avaient quelque chose de particulier. Après on leur a dit : « Ton histoire de scarabée qui tombe amoureux d’une araignée homosexuelle, on n’est pas très convaincu mais si tu remplaces le scarabée par un unijambiste et qu’au lieu d’une araignée homosexuelle, tu mets un héron … » C’est selon ce que l’auteur a dans la tête que tu détermines toi, producteur, que c’est intéressant ou non de payer pour ça. Il y a une part de risques que tu limites à ta vision des choses. Si je crois en quelqu’un, je paye pour voir. Si je perds, c’est pas grave parce que j’y croyais.

 

Je sais que je vais mourir et que Dieu n’existe pas

 

ILTVSW. Vous avez souvent été les chercher sur le terrain de la comédie  …
Bruno Gaccio. Je suis personnellement profondément désespéré. Je sais que je vais mourir et je sais que Dieu n’existe pas. Ça fait deux paramètres un peu lourds. La comédie, c’est un point de vue. Je pourrais traiter les choses de façon dramatique ou intellectuelle mais je préfère les traiter en comédie parce que c’est mon point de vue. Mon travail consiste à apprendre à connaître quelqu’un, ce qu’il a en lui et, surtout, ce qu’il est capable de donner. Tu vas commencer à travailler autour d’un projet, ça dure quelques semaines et puis après, tu bois un verre. Tu demandes : « T’es marié ? Comment ça se passe ? Tu es désespéré ? Optimiste ? Pessimiste ? Qu’est-ce que tu penses de la politique ? Et ses blessures remontent. Ces blessures, elles disent la profondeur de quelqu’un et de ce qu’il est capable de te donner. Plus il va profond, plus il va te donner des choses profondes. Si c’est quelqu’un de totalement superficiel, il va te donner des choses superficielles, probablement des clichés. Il ne s’agit pas d’agiter les bras, ni de faire le malin. Tu as des gens authentiquement drôles et d’autres qui se forcent à l’être. Ça, tu le devines en discutant avec les gens.

ILTVSW. Finalement, il y a peu de séries singulières en France et de nombreux auteurs talentueux. Comment l’expliquez-vous ?
Bruno Gaccio. Il y a beaucoup de talent en France chez les auteurs, il y en a peu chez les producteurs. Je pense que nous ne manquons pas d’auteurs mais de producteurs. De producteurs capables d’être producteurs artistiques c’est-à-dire capables d’aider quelqu’un à accoucher. J’ai rencontré des gens capables de payer un auteur pour qu’il travaille mais qui sont incapables de se mettre à table avec lui. Picoler avec lui, fumer des clopes avec lui et lui dire « tu fais de la merde » et que l’auteur ne lui en veuille pas. Je ne suis pas le producteur sur Hard mais j’ai dit à Camille Pouzol, si tu travailles toute seule dans ton coin et que tu m’envoies des textes, cela ne marchera pas. Je vais mettre huit jours à écrire la note de lecture, tu vas mettre trois jours à pleurer et à réécrire, on va perdre un temps fou. Je lui ai dit : « Dès que tu écris un truc, tu viens au bureau, on travaille. Tu n’arrives pas à faire un truc, tu viens, tu as réussi un truc et tu le trouves bien, tu viens. Tu es tout le temps là ». Nous avons travaillé un an comme ça parce que je suis auteur et que je sais coacher des auteurs. Je sais tirer d’eux ce qu’ils ont de meilleur. Nous manquons de producteurs capables de faire ça.

Titre : Hard
Créatrice : Cathy Verney
Scénariste saison 3 : Camille Pouzol
Cast : Natacha Lindinger, François Vincentelli, Charlie Dupont, Stephan Wojtowicz, Fanny Sydney, Michèle Laroque.
Chaîne : Canal Plus

© 2015 ILTVSW – La reproduction partielle ou entière de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

BFFF Weekly 52: Sorry really is the hardest word

1 Fév

FRA/ENGLISH

Chère Carol,

Je suis sincèrement désolée. Je suis une mauvaise personne. Je ne crois pas en Dieu (à tout hasard, si Vous existez, la phrase précédente n’est pas une affirmation politique mais plutôt un truc métaphysique si l’on admet que l’intuition féminine n’a rien de rationnel et s’accorde sur le fait que c’est un très joli mot). Cela dit, je tente la confession car Carol de la série Episodes, vous êtes l’un de mes BFFF/Personnages préférés pour toute la vie à qui j’écris chaque semaine et je souhaite vraiment que vous me pardonniez.

C’est dangereux les premières impressions. Quand je vous ai rencontré, je me suis dit : donc, on peut vivre le vrai rêve hollywoodien c’est-à-dire prétendre que le yoga est cool mais choisir de faire sa gym en se promenant dans Runyon Canyon, sur les hauteurs de Los Angeles, avec sa BFF en abordant exclusivement des sujets existentiels comme … l’Homme (comprendre ici prosaïquement individu de sexe masculin). Et, comme les cool kids, dédaigner le tapis rouge car c’est dans les writers’ rooms que les choses excitantes se déroulent réellement … Et, pourtant, être au fond du trou. Magistralement. Autrement dit, être une fille qui passe sa vie à dire oui pour conserver son fauteuil de décideuse dans un studio ou en obtenir un plus grand. Même si cela implique d’accepter des trucs à se faire élire miss d’un service de pré gériatrie ou de porter des chaussures à plateforme en dehors de Halloween …

Oui, j’allais être cette fille hautaine, Carol. Et vous tenir un discours moralisant. « Carol, tu dois arrêter. Tu n’es pas simplement une jolie blonde qui fait du 32 (en jeans, pas en escarpins), il faut commencer à utiliser un truc appelé le cerveau ». Et puis, j’ai eu une révélation.

J’ai fait connaissance involontaire avec le bitume. Littéralement. Une énorme chute devant des tonnes de gens forcément morts de rire. Parce que oui, cela aurait pu être eux mais cela a été vous … Et comme dans un bon film de Woody Allen, j’ai atterri dans une autre dimension. J’ai réalisé que j’avais tout faux. Que c’est vous qui devriez être mon mentor, Carol.

En général, c’est vrai, les mentors sont sages et parfaits. C’est n’importe quoi, en fait, non ? Sérieusement qui peut bien croire que même Boudha survivrait dignement à disons une humiliation publique dans un environnement aussi hostile qu’Hollywood. Un monde dans lequel la définition du Zen est qu’un type comme Ari Gold arrive à contenir le mot qui commence par un F au moins pendant le cinq premières minutes de l’office de Chabbat.

Carol, la vérité est que nous avons désespérément besoin de filles comme vous pour nous aider à gérer nos challenges, nos tentatives et nos échecs. Pas seulement car cela fait du bien de nous rappeler qu’il existe gens qui croient sincèrement que tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort. Mais, surtout, car rire est le meilleur moyen de commencer à nous sentir mieux …

La semaine prochaine sur ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

 

Kathleen Rose Perkins (Carol Rance) with Tamsin Greig (Beverly Lincoln)

 

 

Titre/Title : Episodes (2011 – )
Créateurs/creators : David Crane et Jeffrey Klarik
Cast: Kathleen Rose Perkins (Carol Rance)
Maths : 4 saisons/seasons
Chaîne/Network: Showtime, OCS en France

Dear Carol,

I am so sorry. I am such a bad person. I do not believe in God (if You do exist though, the previous sentence was not a political statement but more a metaphysical stuff if we admit that there is nothing to be rationally understood in feminine intuition and also accept the fact that it is such a lovely word). But I am trying the confessing technique because Carol from the show Episodes you are one of my BFFF/Best fiction friends forever and I really would like you to forgive me.

First impressions are dangerous. When I first met you I thought to myself : so you can be living the the true Hollywood dream, meaning pretending yoga is so cool but secretly chose to hike and chat mainly about existancial stuff like … men with your BFF in Runyon Canyon, LA. Or, like the cool kids, don’t give a damn about the Red carpet because, as we all know, the really hot stuff is mainly happening in writers’ rooms. And yet, be a mess. A huge mess. Who basically keeps saying « yes » to preserve her TV exec job while trying to get a bigger one. Even if it implies things that could get her elected Miss of a pre geriatric unit or wearing platform shoes in other circumstances than Halloween …

I was going to be that patronizing person Carol. And give you the talk. « Listen Carol you need to stop. See you are not only a perfect size – 4 lovely blond. You must start using a thing called brain. » And, then I had a revelation. I involuntarily met with a Parisian sidewalk. Literally. The kind of huge fall in front of a ton of people who can help laughing out loud. Because, yes, it could have been them but it’s you … And like in a good Woody Allen movie I traveled in another dimension. And realized I was 100% wrong … You should be the one mentoring me, Carol.

Mentors are usually perfect & wise. Isn’t that bullshit ? Because seriously who’s going to believe that even Buddha ever experienced the pleasure of say a public disgrace in the Hollywood kind of hostile world you live in and managed to keep his dignity. An environment where Zen is say Ari Gold not saying the F word during the first five minutes of the Shabbat service …

So Carol, the truth is that we desperately need girls like you to help us to deal with challenges, attempts and failures. Not only because it feels good to remember that some people actually do believe that what doesn’t kill us makes us stronger. But most of all because laughing is the best way to start feeling better …

Next week in ILTVSW … Oops, not decided yet, sorry.

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