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ILTVSW craque aussi pour/also loves… #LeBureaudeslégendes Saison 2

8 Mai

FRA/ENGLISH

Impossible de se tromper en faisant du classique. Evidemment, ce n’est jamais la folie. Mais c’est une carte sûre. Le Bureau des légendes saison 2 qui débute demain sur Canal Plus donne dans le classique. Et le très français. Pour une série d’espionnage française, c’est une judicieuse idée. La saison 1 était intéressante. À la TV française cela signifie, encore, faire le boulot d’une série TV sans être ridicule ou essayer de singer une série américaine. Intéressante comme le devoir d’un étudiant zélé. Aucun des éléments requis n’y manquaient. Notamment pas la tonne d’infos sur le quotidien au bureau des espions y compris leur version de la Sodexo. Car, son créateur, le réalisateur français Éric Rochant vit un truc fort (obsessionnel) avec le sujet. Du coup, il avait surligné en fluo combien chaque moment de sa série était exact.

Nous étions convaicus qu’il avait mis une incroyable énergie afin de permettre à son Bureau des légendes d’avoir l’air vrai. Mais nous savions aussi que cela n’était pas la raison pour laquelle nous nous étions tellement attachés à Jimmy McNulty, Don Draper ou (sanglots) Alicia Florrick. Nous étions profondément concernés par leur sort car nous étions émus. Et nous étions émus parce que leurs créateurs avaient mis une énergie peu commune à en faire des êtres de chair et de sang.

La saison 2 du Bureau des légendes s’ouvre immédiatement sur une expérience humaine. De manière plus modeste que la saison 1. Le conflit principal est plus directement établi. Et, surtout, plus générateur d’empathie. Classique. Guillaume, le héros, se sent coupable parce que quelque part très loin de Paris la femme qu’il aime est captive à cause de lui. Il décide de trahir son pays dans l’espoir de la soustraire à ses geôliers. Une décision cauchemardesque pour un patriote. Et un très classique dilemme. Mais peu importe. Une sage saison.

Potentiel BFFF (Personnage préféré pour toute la vie) : réel. Regarder : pour trembler, pour réfléchir, pour aimer.

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

 

Mathieu Kassovitz (Guillaume Debailly) © Canal Plus

 

Titre/Title : Le Bureau des légendes (depuis/since 2011)
Créateur/Creator : Éric Rochant
Cast : Mathieu Kassovitz (Guillaume Debailly), Jean-Pierre Daroussin  (Henri Duflot), Léa Drucker (Dr Balmes), Sara Giraudeau (Marina Loiseau)
Maths : 2 saisons/seasons
Chaîne/Network : Canal Plus

Classic is always a good move. You can’t go crazy with classic, that’s right. But you can’t go wrong. Le Bureau des Légendes season 2 starting this Monday on Canal Plus is going classic. And very French. For a French spying TV series that’s a pretty good idea. Season 1 was interesting. On French TV it still means that a TV show does a TV show job without being ridiculous or trying to be an American TV show. Interesting like a good student essay. All the required elements were there. With a lot on French spies’ everyday life during office hours. Because its creator the French filmmaker Éric Rochant has a thing (nearly an obsession) with this topic. He insisted a lot on the fact that every single moment of his show was accurate. 

We totally believed he had put an incredible amount of energy trying to make his Bureau des Légendes look true. But we also new that realism is not the reason why we have cared so much about Jimmy McNulty, Don Draper or (sobbing again) Alicia Florrick. We deeply cared because we were truly moved. And we were truly moved because their writers managed to flesh and blood all of them. 

Season 2 of Le Bureau des légendes immediately opens on human experience. More modestly than season 1. The main conflict is more directly and quickly stated. And more close to us. Classic. Guillaume Debailly the spy hero feels guilty because somewhere far way from Paris the woman he loves is held captive because of him. He makes the decision to betray his country to save her. That’s a nightmarish decision to make for a true patriot. And a very classical dilemma between two wrong decisions. But who cares ? Wise move.

BFFF (Best fiction friend forever) potential: real. Watch to freak out, to think, to love.

Next week in ILTVSW… Oops, not decided yet, sorry.

BFFF Weekly 66 : Gone with the wine

1 Mai

FRA/ENGLISH 

Chère Alicia

Bon, ben, Alicia, je sanglote déjà. Et, si mes prévisions sont correctes, je vais sangloter pour un moment encore. Peut-être même, un an. Tout ça, c’est de votre faute, Alicia de la série The Good Wife. Un BFFF (Personnage préféré pour toute la vie mais vous le savez déjà à cause de ma première lettre) n’est pas supposé provoquer ce genre de réactions. Un BFFF prend bien soin des siens. Un BFFF est toujours prêt à les éclairer sur les choses de la vie. Ça fait un bien fou considérant que, si on prend 2 secondes pour y penser, c’est quand même l’expérience la plus étrange qui nous ait été promise. Nous venons au monde, nous nous démenons pour faire du mieux possible et, boum, on doit dire au revoir. Un au revoir du genre définitif. Et si nous avons beaucoup de chance, nous serons les premiers à dire au revoir. Je sanglote.

Donc, Alicia, le temps des adieux est venu pour nous. Votre série se termine après 156 épisodes (presque) superbes de télévision. De la télévision à personnages. De la télévision qui parle de nous. De la télévision dont les femmes sont le sujet. Oui, j’ai appris un tas de trucs grâce à vous sur la manière de me comporter dans tous les départements de ma vie. J’ai même fait une liste. Je suis ce genre de monstre maniaque. Je sais que vous me comprenez Alicia car vous êtes à fond 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Au boulot

  • une connaissance parfaite de Guerre et Paix (Tolstoï) est indispensable.
  • les gens ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être.
  • les gens peuvent être ce qu’ils semblent être.
  • dans les deux cas, il faut toujours considérer la situation devant un verre de vin rouge pour prendre la bonne décision.
  • la vie semble compliquée ? Faire plein d’heures sups, tout paraîtra plus simple… en dehors du bureau.
  • ne jamais abandonner car plein d’ennuis arrivent. Les ennuis, c’est mieux que le maquillage. Ils font de nous des gens meilleurs.
  • le beau gars que vous trouvez charmant, ne perdez pas un an à tourner autour de lui comme un poisson rouge dans son open space, foncez. Parce que contrairement à la bonne résolution du 1er janvier de faire votre jogging toute les semaines, vous finirez de toute manière par foncer. Avec tout ce que nous savons de la vie, personne ne peut vraiment prédire combien de temps vous en profiterez.
  • confiance. Un truc qui n’existe pas. A moins que vous n’y trouviez un énorme réconfort. Cela ne signifie pas que les gens sont mauvais. Cela signifie qu’ils changent. Un jour, ils pensent bleu. Et, le lendemain, ils ne jurent que par le rouge. Et c’est OK. La confiance ne devrait pas être un problème à condition de prendre un authentique plaisir à s’y abandonner ou à être une disciple de mère Teresa le jour où la personne en qui nous avions confiance prouve qu’elle ne la mérite plus. La vie & ses emmerdes…
  • confiance. Un truc qui existe. Le motto d’une vie heureuse. Un réservoir de plaisir. Un truc à régler entre soi et soi. C’est possible de décider d’être cette personne. D’essayer de se comporter de la meilleure des manières possibles. Bien sûr, c’est risqué aussi. Mais la vie a besoin de risques. Sinon, on loupe tous les meilleurs moments.
  • celui qui n’aime pas le vin rouge a un problème genre gigantesque (notez la manière dont je refuse, lâchement, d’écrire certains mots en français).

Ailleurs

  • drôle de question, je sais… Alicia, je peux vous demander comment vous arrivez à vivre une expérience sexuelle toute habillée de magnitude maximum et à reprendre ensuite le boulot comme d’hab’ sans passer par la case repassage ?
  • ne jamais porter de rouge. La couleur d’Alicia pour toujours. Les hommes (les vrais, aucun noms pour d’évidentes raisons) sont très conscients de cela.
  • si vous n’aimez pas le vin rouge, tentez la tequila.
  • sexe & amour = combo parfait. Cela dit, dans un contexte politique très tendu, peuvent fonctionner séparément #JusteAuCasOù.

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, désolée, pas encore tranché.

 

Titre/Title : The Good Wife (2009-2016 )
Créateurs/creators : Michelle et Robert King
Cast : Julianna Margulies (Alicia Florrick)
Saisons/seasons : 7
Chaîne/Network : CBS

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Josh Charles, Julianna Margulies et Chris Noth © CBS

Dear Alicia

Just so you know Alicia, I am sobbing. And if my predictions are correct I will be sobbing for a while. It might even be for a year. And it is all because of you, Alicia from The Good Wife. A best Fiction Friend Forever (BFFF but you already know that because of my first letter) is not supposed to cause that kind of reaction. A BFFF takes good care of his or her people. A BFFF is always there to explain that thing called life. Which is, if we take 2 secs to considered it, the weirdest experience we were ever promised. We come to life, fight for making the most of it and, boom, have to say good-bye like in *forever good-bye*. And if we are really lucky, we will be the first one to say bye. I am sobbing. 

So Alicia good-bye time has come for us. Your show is ending after 156 episodes of mostly great television. Television about characters. Television about us. Television about, we, women. Yeah, I learned a lot thanks to you about how to be a woman in every departments of my life. I am that kind of freak maniac lists person. I know you get it, Alicia because of all the stuff you are handling 7/7 24/24.  

Work place

  • a perfect knowledge of Tolstoï’s War and Peace is required.
  • sometimes people are not what they seem.
  • sometimes people are what they seem.
  • in both cases you need a lot of red wine thinking to make the right decision.
  • you think life is complicated ? do long offices hours, it will seem simple.
  • never give up because a lot of troubles are coming. Troubles are even better than make-up. They make you a better person. 
  • that pretty face you find pretty, well do not waste a whole year going in circles around him like a goldfish in an open-space, just do it. Because unlike the running commitment you took on the first of january morning, you will end up doing it anyway. And because of what we know about life, who knows how long you will be able to enjoy it.
  • trust. There is no such a thing. Unless you find huge pleasure in it. It doesn’t mean that people are bad or anything. It means that people change. One day they think blue, the day after they go for red. And it is OK. So the trust issue shouldn’t be one as long as we find genuine joy in trusting and genuine joy in being a mother Teresa kind of person when the person we trusted is not to be trusted anymore. Shit happens. 
  • trust. There is such a thing. It can even be a happy life motto. You can find huge pleasure in it. That’s between you and you. You can decide to always be that person. To behave in the best possible way. Of course, it is risky. But at some point life needs to be. Otherwise you will miss all the funny parts.
  • if you do not like red wine, you are screwed my friend.

Romantic place

  • freaking question… Alicia may I ask you how do you manage having a sex experience that has the maximum magnitude staying dressed and then going back to work as usual with no clothes ironing needed ? 
  • never wear red. This forever Alicia’s color. Men (real ones, no names naming for obvious reasons) are very aware of that.
  • if you do not like red wine, try tequila. 
  • sex & love perfectly work together. Though under a lot of political pressure they can also work apart #JustInCase.

Next week in ILTVSW… Oops, not decided yet, sorry.

ILTVSW Pilot crush : #TheFive

24 Avr

FRA/ENGLISH

Bon, j’avoue, ça m’a fait un choc. Les thrillers, les disparitions, leurs torrents de larmes, leurs psychopathes très moches & très méchants et les interminables ralentis sur la souffrance intime, ce n’est pas mon truc. Sans doute parce que si je veux ma dose, il suffit d’ouvrir les pages faits divers d’un journal pour trouver mieux dans ce que l’on fait de pire. C’est donc un peu à reculons que j’ai lancé le premier épisode de The Five. Et surprise, la première création originale du romancier Harlan Coben m’a emportée.

Je ne suis toujours pas adepte des thrillers, des disparitions, des torrents de larmes et des psychopathes très méchants et très moches. Mais j’ai aimé la manière dont le package lacrymal a été utilisé pour poser la question assez fondamentale de l’onde de choc constituée par l’enfance et dont on n’échappe peut-être finalement jamais à l’âge adulte.

Quatre amis, quatre ados et un drame. Comment se construire après cela ? N’est-on défini que par la souffrance, le remord, le regard de l’autre sur notre souffrance, le regard de l’autre sur notre remord ? L’enfance est-elle un lieu unique de connexion ? Combien pèse notre passé sur notre présent ?

Des questions auxquelles The Five se confronte. Sans apporter de réponses définitives. Mais en lançant quelques pistes. J’avoue, ça fait un choc.

La semaine prochaine sur ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

 

Tom Cullen (Mark Wells) © Canal Plus

 

The Five (2016 )
Créateur/Creator : Harlan Coben
Cast : Tom Cullen, Sarah Solemani, O.T. Fagbenle, Lee Ingleby.
Maths : 10 episodes
Chaîne : Sky, Canal Plus séries (France)

 

Guys, this post was never supposed to happen in my TV critic life. Thrillers, vanishings, liters of tears, very mean & bad looking psychopaths and boring slowmo shots of human suffering, not my kind of stuff. Why would it be ? If I feel the urgent need for that, I just have to buy a newspaper and read the appropriate section. Nothing can top that. Sadly. So I would be a liar if I pretended it was party time for me to start The Five. But surprise, surprise, it actually turned out to be a kind of a party.

To be clear, I still do not like thrillers, vanishings, liters of tears and very mean & bad looking psychopaths. Nothing emotional just a huge lack of interest. But in The Five I didn’t just see the classical ready to cry package. What I saw was an exploration of our childhood aftermath. And the no way out of it statement the show is making.

Four friends, four teenagers and a tragedy. How do you self-construct after that ? Is suffering the only thing that defines us ? What is the impact of remorse ? What about what people think of our suffering ? Of our remorse ? Is childhood the only real time of connection ? How does the past weigh on our present ?

These are questions raised by The Five. The shows doesn’t give definitive answers. But little suggestions to think of. This was never supposed to happen in my TV critic life. It is a kind of a shock.

Next week in ILTVSW… Oops, not decided yet, sorry.

ILTVSW guest star (VF) : Paul Abbott créateur de #NoOffence

6 Mar

Paul Abbott, le créateur de Shameless, Hit & Miss et No Offence, était en France en septembre dernier à l’occasion du Festival de la fiction de La Rochelle.

ILTVSW a eu la chance de le rencontrer et d’évoquer l’écriture et la peur avec lui.

© Channel 4

 

ILTVSW. Au sujet de No Offence, vous avez dit que vous vouliez que la série soit drôle mais ne soit pas une comédie. Qu’entendez-vous par là ?
Paul Abbott. Lorsque nous avons créé la série, nous avons écrit de multiples versions. Elles étaient très drôles mais vulgaires. Elles n’existaient que par les gags. La comédie est un acte très conscient de lui-même. Nous avons essayé de gommer cette dimension (rires)… C’est là que réside la différence, selon moi.

ILTVSW. Vous considérez que trop de gags est mauvais pour l’écriture ?
Paul Abbott. Oui, s’ils sont forcés. Et cela arrive. Mais je ne crois pas que les gags rendent une scène drôle alors que les blagues, oui. Tout est dans la clarté de l’attitude. Nous avons coupé des tonnes de gags. Ils faisaient de la série un objet trop comédie. Cela l’empêchait d’être suffisamment réaliste pour être drôle. La vie est bien plus puissante que les gags. Nous avons essayé d’introduire l’humour dans la nature du comportement de nos personnages et pas dans leur vocabulaire.

 

Vous ne pouvez pas apprendre aux gens à entendre les autres.

 

ILTVSW. Donc, vous passez beaucoup de temps à vous promener en observant les autres ?
Paul Abbott. Apparemment car j’ai l’impression d’absorber beaucoup. Il ne s’agit pas de reproduire littéralement des choses vues dans la vraie vie mais d’essayer de définir quelque chose que l’on a aperçu sur le visage de quelqu’un dans le bus, par exemple. Je me dis : « Allez, essaye d’écrire cela. Ecrire quoi ? Il ne s’est rien passé. Mais allez, écris-le. Fais-le sortir de tes doigts comme tu l’as imaginé. » C’est difficile. Mais je m’entraîne tout le temps.

ILTVSW. Vous écrivez depuis trente ans, êtes-vous devenu meilleur ?
Paul Abbott. J’ai peur tout le temps. Vous pouvez toujours vous planter. Et puis sans la peur, vous n’êtes pas suffisamment courageux. Ecrire me terrifie toujours car, en principe, quand je commence un nouveau projet, je l’ai déjà vendu. Pour affronter cette peur, il faut chérir le moment. Et je crois que je sais très bien faire cela aujourd’hui. Il faut constamment se nourrir et ne pas être incorrect avec les gens, avec votre public. Cela nécessite de l’entraînement. Je crois que c’est dans ma nature. Je suis issu d’une famille nombreuse. Je n’étais pas très brillant. Mais j’étais le plus brillant (rires). Cela force à garder les choses pour soi. Et garder les choses pour moi m’a fait exploser. Une fois que j’ai appris à écrire, cela été comme brûler du carburant, c’était génial. Et plus j’étais honnête dans ma démarche, plus j’étais inspiré car cela aide à devenir meilleur auteur. Je ne parle pas ici de l’architecture du storytelling que tout le monde peut apprendre. Mais tout le monde ne peut pas apprendre le dialogue. Vous ne pouvez pas apprendre aux gens à entendre les autres. Et à synthétiser cela pour un autre. Une chose est d’entendre un truc drôle et une autre est d’arriver à l’écrire pour le raconter. C’est ce qu’il y a de plus difficile pour devenir un bon auteur.

ILTVSW. Il y a les bons jours et les mauvais… Comment y faites-vous face ?
Paul Abbott. Il m’arrive de ne pas avoir envie d’écrire. Mais comme j’ai déjà été payé, je dois le faire (rires). Cela dit, je crois que j’ai écrit chaque jour depuis l’âge de quinze ans. D’une manière ou d’une autre. Des histoires, des sketchs ou des trucs pour moi. J’ai eu la chance de vendre beaucoup de projets et de les voir se monter. 80 % de ce qu’écrivent les auteurs ne voit jamais le jour. Je suis extrêmement chanceux.

 

Si vous pouvez couper un tiers, vous pouvez couper un tiers supplémentaire. 

 

ILTVSW. Etes-vous le genre d’auteur qui écrit beaucoup et jette beaucoup ? 
Paul Abbott. Il y a deux jours, j’ai écrit dix pages en une seule journée. Je me suis dit : « Wow, dix pages ! » Mais, seules cinq d’entre elles étaient bonnes au maximum. De nombreux auteurs auraient gardé les dix. Pourtant, il faut couper. Resserrer sa voix. Si vous pouvez couper un tiers, vous pouvez couper un tiers supplémentaire. Il faut tailler. Il y a une mélodie que l’on essaye de communiquer au public. Elle est meilleure guide que les mots. Vous pouvez sentir quand les choses se passent bien. L’autre jour, j’écrivais une scène et j’ai lancé : « Wow, c’est fantastique ! » Je n’aurais pas pu avoir l’air plus vantard. Mais je ne m’adressais à personne. J’étais tout seul. Et je n’arrêtais pas de répéter : « Good boy, good boy ! » Il s’agissait d’une scène ennuyeuse que je devais écrire et c’est devenue l’une de mes scènes préférées. Pour le premier épisode de No Offence, j’ai écrit dix versions. Nous n’arrivions pas à trouver la bonne.

ILTVSW. Comment savez-vous que vous n’avez pas terminé ?
Paul Abbott. Parce que cela ne sent pas bon. Et que vous ne faites pas confiance à votre travail. Donc vous poussez jusqu’à une dixième version. C’est une version de trop et vous faites marche arrière. C’est une excellente discipline. J’écris dix versions de chaque scène. D’une manière ou d’une autre. En ce moment, je modifie tout le début de la deuxième saison. J’ai pris un mauvais départ et je n’arrive pas à trouver de solution car il est profondément brodé dans la série. Je me suis demandé : « Et si je coupais simplement les vingt premières pages pour regarder ce qui se passe ? » Cela m’a libéré. Et permis de voir ce que je pouvais inventer d’autre. Je suis bon à l’invention. Mais je pense que les auteurs qui éditent leur propre travail sont trop peu nombreux. J’ai évidemment besoin d’éditeurs. Je leur confierais mon coeur. Mais il faut toujours éditer soi-même avant de confier son travail. Sinon, techniquement ils deviennent les auteurs. Car ils effectuent le travail prémonitoire de sélection. Il y a beaucoup d’auteurs paresseux qui rendent des scripts de 100 pages et demandent à un autre de trouver des solutions. C’est à eux d’en trouver. Aux Etats-Unis, un truc pareil est inconcevable. L’agent d’un auteur même réputé n’enverra jamais un script de plus de 120 pages. Cela me plaît assez. J’aime le processus d’édition. Et je n’aime pas qu’on me dise quoi faire même quand c’est moi qui le dit. Les gens qui travaillent à mes côtés demandent souvent que l’on m’enlève le clavier. Ils essayent de me rassurer en disant que le boulot est terminé, que je dois rendre le script.

 

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ILTVSW. En vous retournant sur votre carrière, vous pensez que vous auriez pu faire du meilleur boulot ?
Paul Abbott. Ouais. Même si de manière étonnante, une partie importante du travail tient encore debout. Si l’écriture est honnête du point de vue humain, elle résiste au temps. Cela dit, ouais, il y a des tonnes de choses que j’aurais pu écrire différemment. Vous apprenez de vos propres erreurs.

ILTVSW. Qu’est-ce l’honnêteté dans le processus d’écriture ?
Paul Abbott. Donner les meilleures répliques à son ennemi car cela pousse à écrire à sa hauteur et donc à être honnête. Beaucoup d’auteurs raconteront l’histoire d’une femme victime d’un accouchement de son point de vue à elle, par exemple. Pourquoi n’essayent-t-ils pas de le raconter du point de vue de la sage-femme ? Soyez la sage-femme. Donnez-lui le meilleur texte. Ensuite, vous serez obligé d’écrire à sa hauteur. Et vous serez surpris de constater combien vous pouvez être honnête sans même en avoir conscience. Il y a un truc à faire. Ecrivez la pire des choses que l’on peut dire à votre sujet et mettez-là dans la bouche de la personne dont vous aimeriez le moins qu’elle soit au courant de cette information. Vous n’avez bien sûr besoin de montrer cela à personne. Faites-vous peur. Mettez le document de côté pendant un mois. Puis écrivez lui en réponse. Vous apprendrez ainsi à utiliser la peur comme un carburant. Quand vous approchez de cet état, vous tremblez d’excitation. Je teste ce de quoi je suis fait tout le temps. Tout le temps. Je me suis effrayé avec des choses que des gens ont dit à mon sujet. Leur répondre, se hisser à la hauteur, nécessite de se forger des muscles que l’on ne peut pas perdre. Une fois que vous l’avez fait, vous êtes accro et vous recommencez. Trop peu d’auteurs le font.

ILTVSW. Est-ce la raison pour laquelle vous n’êtes pas un auteur de genre ?
Paul Abbott. Ouais. Vous pouvez choisir d’écrire le truc d’après ou c’est lui qui vous choisit. Quand vous travaillez beaucoup, vous n’avez pas à choisir ce que vous allez écrire après. Je ne sais pas à quoi cela ressemblerait de ne pas pas le savoir car j’ai beaucoup trop d’idées. Je pense que l’énergie que vous mettez à être un autre dans un drama fait de vous quelqu’un de meilleur. Si vous faites preuve de clémence pour la personne que vous aimez le moins dans l’histoire, vous devez l’écrire encore mieux. Quand je disais que l’on sait quand les choses vont bien, j’adore quand je m’effraie un peu et que j’écris ensuite avec une absolue endurance.  Peut-être que je détesterais ces pages cinq jours plus tard mais je me suis emparé de mes peurs personnelles pour les utiliser comme des outils pour raconter mon histoire. Sans ces peurs, il n’y a pas de bonne scène. Cela ne signifie pas que je me terrifie tout le temps. Mais il est indispensable d’avoir respectueusement peur de quelque chose. J’ai mis longtemps mais aujourd’hui j’ai respectueusement peur des histoires. Rien n’est donné. Je n’ai pas de hobbies. J’écris tout le temps.

Titre : No Offence (2015 –    )
Créateur : Paul Abbott
Cast : Joanna Scanlan, Elaine Cassidy, Alexandra Roach
Chaînes : Channel 4, France 2 (France)

© 2016 ILTVSW – La reproduction partielle ou entière de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star (VO) : Paul Abbott creator of #NoOffence

28 Fév

Paul Abbott, the creator of Shameless, Hit & Miss and No Offence, was in France last September at the TV Festival of La Rochelle.

ILTVSW was lucky enough to seat with him and talk about writing & fear.

© Channel 4

 

ILTVSW. About No Offence you said you wanted it to be funny but not to be a comedy. What do you mean by that ?
Paul Abbott. We kept making versions of it. They were very funny but it was just rude. Because it was just for the jokes. Comedy is selfconscious and we were trying to « deselfconsciousize » (laughs)…  I think that’s the difference.

ILTVSW. Do you think that too many jokes are bad for the writing ?
Paul Abbott. Yeah, if they are forced. They can be. But, I don’t think the gags make a scene funny, the jokes do. The clarity of the attitude is what makes it funny. We cut loads of gags out. They made it so comedic it stopped being realistic enough to be funny. Life is much stronger than gags. I think we were trying to build the humour into the behavioural side of their nature not in the vocabulary.

 

You can teach people to ear people.

 

ILTVSW. So you spend a lot of time walking around watching people ?
Paul Abbott. Seemingly because I seem to have absorbed quite a lot. But not litteraly picking things from real life but trying to define, for example, just something you see on someone’s face on a bus… Come on write that. Write what ? Nothing happened. But write it, write what you said. Make it come out of your fingers the way you thought it. That’s tough. But you can. And I pratice all the time.

ILTVSW. You have been writing for thirty years did you get better at it ?
Paul Abbott. Scared. Always. You can always blow it. And you can’t be brave if you aren’t scared. It still terrifies me because normally by the time I seat down to write I have sold it. To deal with it I just relish it. I got really good at this. Keep feeding yourself and don’t be rude to people, to your audience. In practicing also. It is in my nature, I am coming from a big family. I wasn’t very bright, I was just the brightest one (laughs). So you learn to keep things to yourself. And keeping things to myself made me explode. Once I learned to write, it was just like burning fuel, fantastic. And the more purely burned honestly, the more fuel, because you just get better at it. At the glue. It is not the architecture of the storytelling, I think anybody can learn storytelling but you can’t teach dialogue. You can’t teach people how to ear people. And to synthesize that for someone else. It is one thing to ear something funny and it is another thing to write it down to tell it to someone else. That is the hardest part of being a good writer.

ILTVSW. There are good days and bad days… How do you deal with that ?
Paul Abbott. Sometimes I just don’t want to do it. But usually you have been paid already so you have to (laughs). I think I have written every single days since I was fifteen. In one way or another. Stories, sketches or things for me. I have had the pleasure of selling a lot of work and see my work coming back. 80 % of what writers write never get seen. I am really fortunate.

 

If you can cut a third you can cut a third again. 

 

ILTVSW. Are you the kind of writer that writes a lot and throw a lot away ? 
Paul Abbott. Two days ago I wrote ten pages in one day. And you go : « Wow, ten pages ! » But it’s worth five at the most. A lot of writers will keep the ten. But I think you have to cut it. Tighten your voice. If you can cut a third you can cut a third again. You just keep triming and tightening your voice. There is a melody that you are trying to communicate to the audience. I think that’s a better guidance than the words. You can smell when it’s going well. I wrote a scene the other day and I said : « Wow, it is fantastic ! » I couldn’t have look vainer. But I wasn’t saying that to anybody else. It was just me. There was nobody. And I kept saying : « Good boy, good boy ! » It was a boring scene that I kind of had to write and it is now one of my favorite scenes. I did ten full drafts of episode one for No Offence. We just didn’t get it right.

ILTVSW. How do know that you are not done ?
Paul Abbott. Because it smells wrong. It just feels wrong and you don’t trust it. So you go to ten. It is one draft too far and then you pull back. I think that is really good discipline. I write about ten versions of each scene. One way or another. I may just be changing the beginning of the entire series two. I have done something wrong and I can’t work it out it is too tighly embroidered. And I go : « What if I just take the first twenty pages off the script and see what happens there ? » It makes me feel liberated. I can see what else I can come up with. I am good at invention but I don’t think enough writers edit their own work. I need editors. I trust them with my heart. But you should edit as well before it gets to them. Otherwise they are technically the writer. If they are the one doing the selective premonition to your work. A lot of lazy writers just give you a hundred pages script and say you work it out. No YOU work it out. In America, you are not allowed to deliver long. Even with a reputation if you deliver a script which is over 120 pages your agent won’t even send it. I quite like that though. I like editing myself. I don’t like to be tolded what to do even by myself. Often my people say : « Take the keyboard of him. It is finished. It’s fine. » At some point the script has to be taken from me.

 

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ILTVSW. When you look back do you have the feeling you could have done better work ?
Paul Abbott. Yeah. But surprisingly a lot of the work still stands up. Because if the writing is humanely honest it is timeless. But yeah, loads of things I could have done differently. You just keep learning by your own mistakes.

ILTVSW. What is honesty in the writing process ?
Paul Abbott. Give your enemy the best lines because then you have to write up to them and I think being honest. A lot of writers will tell a story about a woman who has been a victim of childbirth ta da da… as a victim of a childbirth but why don’t they try writing it as the midwife. Be the midwife. Give her the best lines. You writing your own story have to write up to her high calibre. And you surprise yourself by how true you can be without knowing it. There is a thing you can do. You write the worst thing that can ever be said about you and you put it in the voice of the worst person you would ever want to know that information. You don’t have to show this document to anybody else. Scare yourself. Put it away for a month. And write the answers back and you will learn to use fear like fuel. When you know that you have gotten really close to that it makes you crackle with excitment. You are testing what you are made of all the time. All the time. I have scared myself with some lines that some people have said. Writing up to it is like building muscles that you can’t lose. They can’t evaporate. Once you have done that you have become addicted to trying again. Not enough writers do that.

ILTVSW. Is it the reason why you are not a genre writer ?
Paul Abbott. Yeah. You can choose to write something next or it chooses you. When you do a lot of work you don’t have to decide what you are going to write next. I don’t know what it would feel like not to know what I would be writing next because I get too many ideas. I think the amount of power you put in being another person in a drama just makes you a much more decent human being. If you are showing mercy for the person you least like in a story you have to write it better. When I talked of knowing when things were right, you know, I love it when you have scared yourself a little bit and you have written back with absolute stamina. You might hate those pages in five days time. But you have taken your personal fears to use as tools for storytelling. Without the fear, you don’t get the good scene. I don’t mean I terrify myself all the time. But you have got to be respectfully scared of something. It took me a long time but I have learned to be respectfully scared of stories. Nothing is a given. I haven’t got a hobby. I am always writing.

Title : No Offence (2015 –    )
Creator : Paul Abbott
Cast : Joanna Scanlan, Elaine Cassidy, Alexandra Roach
Networks : Channel 4, France 2 (France)

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Next week in ILTVSW, the French version.

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