ILTVSW guest star (VF) : Hugo Blick créateur de The Honorable Woman

12 Juil

Hugo Blick est le scénariste, réalisateur et producteur de The Honorable Woman diffusée sur Canal Plus en France.

ILTVSW a eu la chance de discuter avec le créateur britannique de son passage de la comédie au thriller, de la défense de l’intégrité de ses histoires et de Le Caravage.

ILTVSW. The Honorable Woman est un thriller. C’est un genre masculin mais vous avez choisi de raconter des héroïnes, cela a-t-il été un challenge difficile à relever ?
Hugo Blick. Traditionnellement, le thriller est un genre dominé par un héros masculin qui, pour atteindre le but que l’auteur lui a donné, doit combattre toutes sortes d’obstacles et triompher à la fin à la manière d’un héros grec. J’ai trouvé qu’il était très intéressant de l’aborder à travers une perspective féminine car la manière dont les personnages féminins abordent les problèmes qu’elles affrontent est très différente. Cela offrait de la nuance à mon histoire et cela m’a donc aidé à la raconter.

ILTVSW. Vous avez créé des personnages féminins incroyablement puissants … Écrire des femmes, c’était nouveau pour vous ? 
Hugo Blick. Non, dans le passé, j’ai écrit des comédies pour les femmes. D’ailleurs, l’une d’entre elle Sensitive Skin fait l’objet d’un remake aux États-Unis à l’initiative de Kim Cattrall. Donc, j’ai déjà écrit pour les voix féminines. Puis j’ai écrit The Shadow Line qui était, au contraire, très noire et dominée par les personnages masculins. Avec The Honorable Woman j’ai eu envie de marier ces expériences. D’écrire un thriller pour des femmes.

Seules comptent l’idée et l’histoire

ILTVSW. La majorité des auteurs stars sont spécialisés dans un genre, comment avez-vous abordé le passage de la comédie au thriller ?
Hugo Blick. C’est, en effet, un parcours assez rare notamment dans mon pays mais c’est réellement ce qui provoque mon intérêt. J’écris, je réalise et je produis. Je consacre près de trois ans à concrétiser un projet de l’ampleur de The Honorable Woman. Les seules choses qui comptent pour moi sont donc l’idée et l’histoire. Et si l’idée est mieux développée sous forme de comédie, je choisirais la comédie car elle sera l’outil le plus utile. Les enjeux soulevés par la Palestine et Israël auraient probablement pu être abordés sous forme de comédie mais pour mon projet, j’avais besoin d’utiliser le drama. Sa structure était plus pertinente car elle offrait une voix plus efficace à mon idée.

ILTVSW. Vous affirmez que l’écriture est la partie la plus difficile de votre travail, pensez-vous que c’est un savoir-faire qui s’apprend ?
Hugo Blick. Quand j’ai débuté, j’avais l’instinct de la comédie et grâce à cela, j’ai eu l’opportunité d’apprendre l’art du cinéma. Cela m’a permis de gagner en confiance et offert la possibilité avec la maturité d’aborder des sujets plus importants comme ceux que The Honorable Woman explore. Donc, oui je pense que l’on peut apprendre et continuer d’apprendre pendant tout notre parcours artistique.

ILTVSW. The Honorable Woman est extrêmement complexe, comment avez-vous réussi à ne pas perdre le cap durant l’écriture ?
Hugo Blick. Je passe environ quatre à cinq mois à penser à mon histoire. Ensuite, j’accroche un grand tableau blanc sur le mur de mon bureau et j’y écris presque comme une formule scientifique le scandale qui a permis à mon histoire d’exister. Souvent les scandales sont très simples lorsqu’ils éclatent. Ce sont les tentatives de dissimulations qui font leur complexité.  Mon histoire débute par la dissimulation et puis mes scripts remontent le fil jusqu’à l’origine du scandale. Ils empruntent le chemin que les personnages ont besoin d’explorer. C’est comme cela que j’arrive à garder mon cap dans mon histoire. C’est un système assez complexe.

The Shadow Line

ILTVSW. L’isolement semble être un élément très important dans votre écriture …
Hugo Blick. C’est exact. L’isolement m’intrigue. Particulièrement dans The Honorable Woman mais c’était déjà le cas dans The Shadow Line. Nessa Stein est vraiment en état de choc dans la première moitié de son histoire et elle est totalement isolée malgré l’opulence du monde dans lequel elle vit. Elle est en état de choc en raison des choses qui lui sont arrivées dans le passé. Nous y revenons au milieu de la série. Nous sommes donc témoins de son isolement psychologique et physique. C’est un facteur très propice à l’exploration des personnages. Et je suis convaincu que ce facteur m’aide aussi à raconter la grande histoire. Les grands enjeux qui entourent les personnages sont exploités à travers eux.

ILTVSW. La série a huit épisodes, pourquoi avoir fait ce choix ? Comment saviez-vous que c’était le bon nombre ?
Hugo Blick. Je ne le savais pas. La BBC a été très généreuse et m’a offert entre six et dix épisodes. Finalement, cela a été huit épisodes. Je crois que la longueur est la bonne. Je pense que c’est d’ailleurs la structure que j’adopterai pour mon travail à venir. True Detective a huit épisodes aussi. Oui, huit, c’est bien.

Sur le plateau, je souffre d’amnésie 

ILTVSW. Pensez-vous à la réalisation lorsque vous êtes en écriture ? 
Hugo Blick. Non. Je me concentre sur l’histoire. Même si je sais qu’au moment où je poserai mon stylo, j’aurais déjà pensé à des scènes mais cela ne sera pas un plan directeur. J’ai tendance à développer uniquement sur ce que j’ai envie de tourner ensuite. Mais l’écriture n’est pas une exploration de la réalisation. J’explore l’idée avant de l’écrire puis l’écriture à proprement parler sera la partie dont le réalisateur va se saisir.

ILTVSW. Vous êtes le scénariste et le réalisateur de tous les épisodes, vous arrive-t-il d’être en conflit avec vous-même?
Hugo Blick. Absolument. Sur le plateau, je souffre d’amnésie. J’ai oublié les détails du script. Mais mon âme connait le courant électrique qui traverse chaque scène. Ce courant qui traverse toute l’histoire. Une scène n’est que le véhicule de cette électricité. D’ailleurs, si elle ne la comporte pas, elle devrait disparaitre de la série. Peu m’importe comment ce courant électrique traverse que cela soit grâce à  la performance, au design ou l’éclairage, il faut qu’il existe. Il m’arrive d’ailleurs de m’enthousiasmer quand deux acteurs interprètent une scène. Je me dis que ce qu’ils m’offrent est formidable et qu’ils l’ont improvisé. En fait, ils ont juste appris un texte qui était écrit mais comme ils sont géniaux, ils donnent l’impression d’y avoir tout juste pensé.

ILTVSW. Quel réalisateur êtes-vous ? Comment travaillez-vous sur le plateau ?
Hugo Blick. Je ne répète pas du tout. Je rencontre donc les acteurs principaux qui espèrent jouer dans la série et je passe du temps avec eux. J’observe leur fonctionnement et je cherche la résonance avec le personnage. Si j’y vois un mariage possible, j’essaye de les laisser tranquille afin de leur permettre de trouver le rythme de leurs personnages. Cela évite qu’ils enfilent leurs personnages. J’ai la conviction que plus les acteurs sont près d’eux-mêmes sur un plateau, plus ils sont translucides et laissent jaillir leurs personnages à travers eux. C’est un processus fascinant à observer. C’est pour cette raison que j’essaye d’établir un climat de confiance absolue et de sécurité. Je pense que cela traverse l’écran.

Maggie Gyllenhaal & Hugo Blick

ILTVSW. Comment parvenez-vous à établir ce climat de confiance ?
Hugo Blick. En laissant les acteurs être eux-mêmes. En n’interrompant pas constamment leurs tentatives d’exploration. Je pense qu’ils doivent faire ce qui exprime le mieux le besoin du personnage dans la scène. Du moment que ce besoin est identique à celui qui a été écrit, ce qui permet au courant électrique de traverser la scène et, donc, de remplir son rôle. Peu importe, comment cela est exprimé. L’acteur a besoin de sentir cette liberté et moi, je suis là pour protéger ce courant électrique et encourager l’acteur à exprimer la vérité.

ILTVSW. La série est magnifiquement réalisée, comment l’avez-vous conçue ?
Hugo Blick. Je ne prépare pas beaucoup. Je ne fais pas de storyboard. Je ne m’intéresse pas beaucoup au mouvement de la caméra. Je pense que les gens dans l’espace et leurs déplacements sont extrêmement intéressants. Ce qui m’intéresse réellement c’est de choisir l’angle qui permettra d’observer ce mouvement. Pourquoi se mettre sur le chemin de la performance si elle est fluide et que l’angle d’observation est très fort ? Je n’aime donc pas intervenir beaucoup. Cela permet une certaine esthétique et une certaine stabilité qui me plaît.

ILTVSW. Pouvez-vous nous parler de votre méthode ?
Hugo Blick. Dans la vie d’un réalisateur, avec la maturité, il arrive un moment à partir duquel vous n’êtes plus influencé consciemment par le travail d’un autre mais uniquement par l’histoire que vous voulez raconter. Je pense avoir atteint ce point avec The Honorable Woman. En ce qui concerne ma méthode de travail, je commence souvent avec le compositeur. Je suis un fervent adepte du « less is much much more ». Quand il y a douze notes, je dis : « Gardons en six ! » Une aria de Bach est, pour moi, le morceau de musique parfait car il évoque tellement en utilisant si peu. Ma ligne directrice est donc de me concentrer sur l’essentiel en évitant l’excès d’informations. J’espère que ce parti pris donne une certaine beauté à mon travail car j’essaye vraiment de me débarrasser de l’inutile.

Je me considère réalisateur comme d’autres se voient peintres

ILTVSW. La photo est très sophistiquée et singulière, comment l’avez-vous mise au point ?
Hugo Blick. Je pense qu’un cadre qui laisse de la place à la noirceur montre aux humains où se focaliser, où penser. Cela permet, aussi, à la scène de dégager de la peur même si rien dans le jeu ou le script ne suggère cela directement. Pour vous donner une influence, je peux citer Le Caravage, par exemple.

ILTVSW. Votre triple casquette, auteur, réalisateur, producteur, est-elle le seul moyen de préserver votre vision d’artiste? 
Hugo Blick. Oui. Je me considère réalisateur comme un autre artiste se considérerait peintre. Je ne produis qu’une toile de temps en temps. J’ai donc une relation très personnelle et profonde avec la réalisation et pas simplement le désir de faire des films. Le désir de raconter une histoire bien particulière me hante pendant tout le processus de construction c’est-à-dire trois ans au moins … Quand j’ai terminé un projet, il me faut trouver une autre histoire et la rendre intimement personnelle.

I

Maggie Gyllenhaal, Hugo Blick, Janet McTeer

ILTVSW. Comment obtenez-vous le feedback si précieux dans le processus créatif ? 
Hugo Blick. D’abord, vous racontez à vos collaborateurs ce qu’est la série et ce qu’elle n’est pas. Ensuite, pendant toute la phase de montage, on reçoit de nombreux avis très utiles d’investisseurs, de producteurs et de producteurs exécutifs et j’aime les écouter. Je les intègre car chacun essaye de créer la même histoire. Les problèmes surviennent lorsque chacun prétend essayer de créer la même histoire mais essaye en fait de raconter quelque chose d’autre. C’est la raison pour laquelle en pré-production nous travaillons beaucoup sur cet aspect. Cela permet de formidables collaborations.

ILTVSW. Trouver une nouvelle histoire au terme d’un chemin si intense et si long doit être compliqué ? 
Hugo Blick. Ce qui a été différent avec The Honorable Woman c’est sa dimension internationale. La longue aventure vécue par la série m’a déconcentré. Mais cela a été formidable, je ne me plains vraiment pas. Une nouvelle histoire, c’est comme une démangeaison que l’on arrive pas à calmer. Une histoire qui doit être racontée. J’ai donc besoin de le faire. Je pars pour le Rwanda pour en savoir plus et faire des recherches. J’ai le sentiment de connaître déjà cette histoire et j’ai vraiment hâte d’être sur la ligne de départ.

Titre : The Honorable Woman (2014)
Créator : Hugo Blick
Cast : Maggie Gyllenhaal, Stephen Rea, Andrew Buchan, Lubna Azabal, Janet McTeer.
Chaînes : BBC 2 & Sundance TV, Canal Plus (France)

© 2015 ILTVSW – la reproduction partielle ou intégrale de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine sur ILTVSW … la summer pool party 2015 avec mes amis et confrères blogueurs. Maillot de bains obligatoire.

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    […] Et, enfin, je ne résiste pas au plaisir de réinviter de grands auteurs Bruno Gaccio, Steve Levitan & Hugo Blick. […]

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