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ILTVSW guest stars: Marc Herpoux et Hervé Hadmar, les co-créateurs des Témoins

22 Mar

FRA/ENGLISH

Marc Herpoux et Hervé Hadmar, co-créateurs de la série Les Témoins, ont accepté l’invitation de ILTVSW à l’occasion de son lancement sur France 2. De la naissance de leur dernier projet, à leur regard sur le travail, en passant par leur héroïne féminine jusqu’à la réalité de la création en France aujourd’hui, ils se livrent dans une interview franche et fleuve.

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. The French creators Marc Herpoux et Hervé Hadmar, of the TV show Les Témoins, (France 2) a cop procedural thriller questioning the principle of the ideal family, are the guest stars of the blog today. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English.

ILTVSW. Vous êtes aujourd’hui des auteurs reconnus à la fois par la critique et le public sériephile. Une série Hadmar-Herpoux n’est donc plus une surprise, c’est un événement. Comment travaille-t-on quand tout le monde vous attend ?
Marc Herpoux. La préoccupation première est de ne pas se répéter. Avec Les Oubliées et Signature nous étions allés vers ce que nous savions faire. C’est-à-dire une proposition contemplative. Nous partageons tous les deux le goût pour les atmosphères, les climats, la plongée dans la tête d’un personnage puis son exploration. D’abord, je ne sais pas si on nous laisserait encore faire ce type de travail. Par ailleurs, nous n’avons pas envie de nous répéter comme certains auteurs qui au bout du quatrième, cinquième ou sixième film continuent à ne faire que ce qu’ils maîtrisent. Nous avons envie de nous mettre en danger. De nous créer des challenges. Avec Les Témoins le challenge était d’aller vers un genre plus populaire tout en restant dans notre univers que je définirais par le conte. Nous n’irons jamais vers des choses hyper réalistes car cela ne nous ressemblerait plus.
Hervé Hadmar. Nous essayons de surprendre à chaque fois. Nous ne sommes jamais tout à fait là où l’on nous attend. Avec Pigalle, on devient un vrai duo. La série est un succès public et un succès critique. Vient ensuite Signature. Énormément de gens s’attendaient à la suite de Pigalle. Or nous n’avons pas refait un Pigalle qui se passerait à Montparnasse ou à Belleville, ou une autre série chorale sur un ton qui pourrait mélanger le drame et la comédie. Nous sommes allés vers un truc hyper contemplatif. Certains ont détesté. D’autres ont adoré. Avec Les Témoins, les gens attendaient un Les Oubliées bis au pays de Signature. Nous nous avons décidé d’aller ailleurs. Dès le départ nous avons demandé à France 2 si elle était d’accord pour que nous fassions une série qui partait du procédural pour entrer petit à petit dans notre univers.

 

Aujourd’hui en France, on ne peut pas créer si l’on va contre le système

 

ILTVSW. La chaîne ne vous a jamais demandé de ne pas refaire Signature c’est-à-dire une série d’auteur forcément plus clivante car par nature une série de niche. Ce discours n’existe pas chez les décideurs à la TV française aujourd’hui ?
H.H. Il faut jouer avec le système. Ce qui est vrai, c’est qu’aujourd’hui en France, tu ne peux pas créer si tu vas contre le système. Voilà. Il faut y rentrer et le détourner. Mais en conscience des uns et des autres. Il ne s’agit pas de faire contre France 2. On a fait avec France 2. Dans l’écriture, dans le montage … Et, eux aussi, ils ont fait un bout de chemin. Ils ont accepté ce pitch qui n’est quand même pas évident pour France Télévisions : des corps qu’on déterre et que l’on installe dans des maisons témoins. Ce n’était pas évident. On peut créer si on les respecte. Et moi, je respecte les gens qui mettent beaucoup d’argent pour faire des séries. Ce n’est pas une phrase en l’air. Nous sommes pas arrivés en disant que nous voulions refaire Signature car nous savions qu’ils n’accepteraient pas. Depuis longtemps à la vision de certaines séries procédurales et des films de David Fincher comme The Girl with the Dragon Tattoo ou Zodiac, j’avais envie de faire une série très dialoguée. Une série avec des phrases qui résument très bien l’enquête policière. La volonté était de respecter tout à fait les code du procédural, d’aller vers le grand public, de le prendre par la main et de glisser petit à petit. Un processus de glissement que l’on met en pratique depuis Les Oubliées, finalement.

ILTVSW. Pour la première fois, vous avez développé un double personnage principal. Il y a une égalité parfaite entre Sandra et Paul. Pourquoi avoir fait ce choix ? Et qu’elles ont été ses conséquences sur votre travail ?
M.H. Ce n’est pas venu tout de suite. Au départ, n’existait que le personnage de Paul. Mais, chassez le naturel, il revient au galop, à force d’être au plus près de lui, nous avons commencé à reproduire ce que nous avions déjà fait. Sandra existait mais elle était un personnage secondaire. Après six ou huit mois d’écriture, nous nous sommes faits violence, nous sommes repartis dans une autre direction.
H.H. Nous étions dans la tête de Paul Maisonneuve. Le danger aurait été de foncer là-dedans et de retomber dans les mêmes pièges. A un moment donné, la chaîne nous aurait certainement demandé de rendre moins noir ce personnage. Du coup, la solution a été de changer le point de vue. Les sources de ce projet sont des séries comme The Killing, Bron, The Fall

 

© France 2

 

ILTVSW. Et vos références pour construire Sandra, l’héroïne féminine ?
H.H. Carrie Mathison de Homeland parce qu’elle est en guerre avec tout le monde. J’aime bien les personnages qui sont en guerre avec tout le monde. Et ça va être plus visible et lisible dans la saison 2 pour laquelle nous sommes en pleine écriture.
M.H. Sarah Lund parce que sa vie de flic finit par empiéter sur sa vie privée et, du coup, c’est un personnage qui a de plus en plus de mal à s’intégrer socialement. C’est ce que l’on retrouve aussi dans Homeland mais autrement.

ILTVSW. L’existence de Sandra est quand même très conforme à l’idée que tout le monde se fait de la vie d’une femme …
H.H. Je ne trouve pas que les problèmes conjugaux soient ce qui caractérise le plus Sandra. C’est vrai qu’on a déjà vu ça un milliard de fois. Nous lui avons apporté ses peurs et ses souffrances d’enfance. La question que vous posez est le sujet, le vrai sujet. Quel regard porte-t-elle sur son rôle d’épouse, de mère, de femme et sur sa famille. Au fond la question que pose la série est : est-ce que la famille idéale existe ? Sandra a l’impression qu’elle a une famille idéale. Elle se comporte dans un stéréotype totalement assumé de sa part de femme qui met des talons hauts pour être une flic, de femme qui fait le ménage chez elle jusqu’à l’obsession pour avoir un intérieur idéal. Elle a le fantasme de penser qu’elle est une femme idéale, une épouse idéale qui a un mari idéal et une petite fille idéale. Ce n’est pas du tout le cas. Cela commence à se craqueler dans la première  saison et cela va exploser dans la deuxième.
M.H. Au départ quand on écrivait avec le point de vue de Paul Maisonneuve, on s’éloignait totalement de ce qui était la normalité. Or le principe était de questionner la normalité à travers la famille puisque c’était ça, la thématique de la série. Mais avec Paul, on avait un personnage qui était déjà hors du temps, hors du monde, sans famille, qui posait un regard extérieur sur le sujet. Cela ne collait pas. On allait dans une forme de folie. Donc, nous avons choisi Sandra, un personnage plus normal. Oui, on peut dire c’est un personnage un peu plus France 2 car elle est normale au sens de la norme. Elle répond à la norme. Nous avons voulu craqueler la norme et l’obliger à la questionner. On ne peut donc pas dire que France 2, nous aurait ramené à la norme car la chaîne a accepté notre démarche.

 

Marie Dominer dans Les Témoins © France 2

 

ILTVSW. Les Témoins se caractérisent par l’abondance de dialogues très didactiques qui vampirisent la poésie de la série …
H.H. En conscience, nous nous sommes dits qu’il fallait que le début de l’épisode 3, donc le début de la deuxième soirée, soit comme une répétition du début de l’épisode 1 car 30% des gens n’auraient pas vu les deux premiers. Il fallait donc faire un résumé de l’enquête. Nous avons écrit dix minutes pour que ces nouveaux téléspectateurs puissent apprécier la série.
M.H. Cela a été voulu par nous et non demandé par la chaîne. Il y a même des moments où nous avons dû insister pour conserver ces dialogues. Nous n’avons pas travaillé en nous demandant: « Voyons voir comment font Les experts ou NCIS ? ». Dès le départ, nous avons construit une intrigue complexe pour aller l’encontre de ce que nous avions fait avec Les Oubliées qui racontait une enquête qui piétine car son personnage principal est un type qui va devenir fou pour résoudre l’affaire. Avec Les Témoins, notre grande peur était que le spectateur se perde dans une enquête très compliquée qui devient même assez barrée à partir des épisodes 3 et 4. Nous avons fait le choix de ne pas perdre le téléspectateur et c’était une promesse que nous avions faites à France 2 comme à nous-mêmes. Nous avons donc décidé de nous débarrasser de toutes les questions dans les dialogues.

ILTVSW. Avec les contraintes propres au procédural, ne vous êtes vous jamais sentis à l’étroit dans six épisodes?
M.H. A un moment, c’est venu très très tard, nous nous sommes dits que l’enquête avait un petit peu bouffé les personnages. Cela dit, nous n’avons pas fait une série parfaite. On va même aller au bout de ce raisonnement. Moi, j’ai des remarques à faire sur toutes mes séries. Dans Les Oubliées chaque épisode n’était pas assez bien locké. Pigalle n’était pas parfaite non plus. Et là, pour le coup, Canal Plus a sa part de responsabilité et quand une chaîne a sa part de responsabilité, je le dis. Comme par hasard, c’est Canal la chaîne des auteurs qui a sa part de responsabilité et pas France 2 la chaîne publique qui, dit-on, censure tout le monde … J’aime bien aller à contre-courant des idées reçues et je fais ici appel à du vécu. Pigalle était au départ une série chorale. Elle est devenue un thriller dans lequel un frère cherche sa sœur. Cette évolution a été voulue par Canal Plus et cela me fait chier car c’est déséquilibré et cela ne fonctionne pas. Sur Signature, il y a aussi un déséquilibre dans la relation entre deux personnages Daphné et Toman. Pour le coup, là, c’est de notre faute.
H.H. Pour la saison 2 des Témoins ont essaye de mieux équilibrer les personnages versus l’enquête. Cela sera léger. Par moment, je suis frustré par la saison 1 car il manque deux, trois, quatre scènes qui sortent de l’enquête et nous permettent de mieux rentrer au cœur des personnages.
M.H. D’ailleurs, on aimerait aller vers huit épisodes si France 2 l’accepte. Cela nous permettra d’avoir une enquête plus complexe encore.
H.H. Cela dit,  je pense qu’en six épisodes, on a tout a fait le temps de faire une série procédurale qui développe de très beaux personnages. A aucun moment, nous ne sommes allés voir la chaîne pour savoir si nous ne pouvions pas faire huit épisodes. Je pense qu’on y est arrivé avec Les Témoins. Maintenant, est-ce que nous aurions pu mieux faire ? Oui sans doute. Au montage, on réalise qu’il n’y a peut-être pas assez de petits moments de vie car le scénario était hyper dense parce que nous voulions une narration basée sur les rebondissements. Cela dit, paradoxalement, c’est la série ce qui se vend partout.

 

Une forme est censurée sur toutes les chaînes françaises, c’est le minimalisme

 

ILTVSW. La réalisation semble plus libre que l’écriture …
H.H. Nous n’avons pas été plus bridés sur l’écriture que sur la réalisation. A aucun moment, nous n’avons fait de concessions. Je n’ai jamais ressenti sur aucune de mes séries un interventionnisme sur la réalisation. Nous nous positionnons comme showrunners donc c’est très clair dès le départ, personne ne vient m’emmerder dans la salle de montage. Cela dit, Les Témoins sont très bien réalisés mais je ne révolutionne rien. Je pense que la télévision française a besoin de direction artistique. C’est un poste qui n’existe pas en France. C’est pourtant un rôle primordial qui permet d’arriver à une direction artistique globale. Mais il faut qu’un artiste s’en charge pas un producteur.
M.H. Je voudrais ajouter qu’il y a une forme aujourd’hui à la télé qui est censurée sur à peu près toutes les chaînes y compris Arte, c’est le minimalisme. Il est impossible de vendre une série comme Rectify en France. C’est important parce que cela implique un certain ton, une certaine couleur qui fait partie de la mise en scène qu’il est impossible de développer en France. Je dirais que, même dans des séries à personnages, quand tu commences à t’installer pendant 3 ou 4 minutes, cela déplaît immédiatement aux conseillers de programme qui ont la sensation que les gens vont zapper.

ILTVSW. La fameuse peur du vide …
H.H. L’un des plus grands problèmes de la télévision aujourd’hui, c’est la peur du silence. Or pour mieux entendre un bruit, il faut qu’il soit précédé par du silence. Au fond, c’est la peur du vide.
M.H. C’est un problème propre à notre culture commerciale. Prenons la musique par exemple, on est dans du bruit tout le temps. Dans les comédies commerciales, il faut que cela rie toutes les trois minutes. On ne pourrait plus faire du Tati aujourd’hui. A la télé, il y a malheureusement très peu de choses non commerciales aujourd’hui. C’est du bruit, du bruit, du bruit …
H.H. Au début des Témoins, nous nous sommes dits qu’au lieu de travailler le vide, nous allions le remplir. Et la question était évidemment de savoir jusqu’où nous pouvions le remplir dans notre univers à nous sans le trahir.

ILTVSW. Vous vous êtes donc mis au procédural pour la première fois, vous êtes vous fait peur ?
H.H. C’est dangereux. Bien sûr que l’on s’est fait peur. La première fois que j’ai vu le premier montage de la série, je l’ai trouvé nul à chier. Je n’aimais pas du tout les dix premières minutes. On a tout recommencé car c’était justement encore plus efficace.
M.H. Même quelqu’un d’aussi talentueux que Eric Demarsan a été obligé de repenser la musique tellement c’était décalé.
H.H. Eric avait écrit une musique comme d’habitude c’est-à-dire comme sur Signature ou Pigalle sur scénario. Nous avons enregistré avec un orchestre et lorsque nous avons posé la musique au montage, cela n’a pas marché. Il y avait deux temporalité différentes. Eric avait continué d’écrire dans notre espace temps à nous alors que nous, nous avions glissé dans un autre. Donc, il a fallu recomposer toute la musique et j’ai un producteur qui a accepté de le faire.

 

Sami Bouajila dans Signature © France 2

 

ILTVSW. Cette prise de conscience que vous êtes à côté de votre série, comment se passe-t-elle ?
H.H. Je ne me reconnais pas assez. C’est trop mécanique. On parle ici de demie secondes par plan. Mais cela change tout. Nous avons mis énormément de temps à régler le premier épisode. Il fallait qu’il soit le plus efficace possible mais qu’il y ait résolument des traces de notre univers. Je pense à la fin du premier épisode et l’apparition du petit chaperon rouge, notamment. Cela a été très compliqué à faire. Quand on regarde la série l’espace temps du sixième épisode n’a rien à voir avec celui du premier. Il fallait anticiper cela. Je pense d’ailleurs que les deux derniers épisodes auront beaucoup moins de succès que les quatre premiers. Mais c’est voulu, c’est assumé. Nous avions envie de cette progression.
M.H. Quand on parle de mise en scène ou de scénario, on renvoie souvent à la dimension picturale et littéraire. Et, en fait, je pense que ce qui fait le lien entre le métier de scénariste et celui de metteur en scène, c’est la musique. Je pense que l’art qui se rapproche le plus du travail de quelqu’un qui fait du cinéma, c’est la musique parce que la création audiovisuelle est un art du temps. Contrairement à la peinture ou la littérature, nous sommes prisonniers du temps. Un lecteur lit en fonction de son rythme. On peut rester deux secondes ou une heure devant un tableau. La musique et le cinéma contraignent le spectateur. C’est d’ailleurs bien pour cela que les chaînes ont si peur du silence et du minimalisme. Elles sont effrayées par les temps faibles, le vide. Le surréalisme par petites touches, ça passe parce que cela permet au téléspectateur de rêver même si l’on ne peut pas faire du Lynch.

ILTVSW. Le rôle d’une chaîne publique n’est-il pas aussi de défendre l’importance culturelle de savoir s’arrêter?
M.H. Évidemment. Bien sûr. C’est dommage qu’ils ne le fassent pas. Je ne suis pas dans l’angélisme.
H.H. Si cela pouvait exister à la télévision française, ça devrait exister d’abord sur le service public. C’est que nous avions modestement essayé de faire avec Signature.
M.H. Comme avec Les Oubliées et ils nous avaient autorisé à le faire … Cela a correspondu à un moment. Aujourd’hui, ce n’est pas l’air du temps. Il y a des peurs, de crispations politiques. Quand tout le monde a peur, plus personne ne prend de risques.
H.H. La musique est ma vraie passion. Je me suis remis aux vinyles. L’année dernière, j’en achète un parce que la pochette me plaisait. Je l’écoute et il devient l’un de mes disques préférés. A tel point que je décide six mois plus tard de me l’acheter en mp3. Je l’écoute et je m’aperçois que depuis six mois, je me trompe de vitesse. C’est un 45 tours que j’écoute en 33 donc c’est très lent, il y a des silences. Et je réalise que c’est cela qui me plait. A la vitesse normale, c’est nul. C’est drôle, non?

 

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Thierry Lhermitte dans Les Témoins © France 2

 

ILTVSW. Est ce que cette obsession pour le bruit que cristallise la télé n’illustre pas le temps de penser que l’on ne nous laisse plus ? Penser serait considéré comme inutile voire dangereux ?
M.H. Ce n’est pas moi qui vais dire le contraire.
H.H. Moi, je pense que c’est moins organisé que cela mais le résultat est le même. Nous sommes dans une société qui devient folle. Quand quelqu’un t’envoie un mail, si tu n’as pas répondu dans la demi-heure, c’est le drame. Dans les bureaux où j’écris, je n’ai même pas Internet sinon je deviens fou. La narration, la fabrication des séries est devenue comme celles des films dans lesquels il y a une accélération sans fin des effets spéciaux, des explosions, de trucs, des machins mais dans lesquels on ne développe plus les personnages. Jusqu’où va-t-on aller ? Évidemment que c’est problématique.

ILTVSW. Cela signifie que pour arriver à créer aujourd’hui en France il faut l’accepter?
M.H. C’est compliqué, c’est une guerre. C’est une vraie question.
H.H. Non, il y a plein de gens qui ne l’acceptent pas. C’est possible en peinture, en musique avec les home studios, en sculpture. Tu peux faire de très belles bandes dessinées et, sans doute, écrire des romans, aussi. Une série coûte huit à dix millions d’euros et elle est acheté par des gens qui, en gros, te sortent des études, c’est évidemment compliqué. J’aimerais beaucoup que le service public permette davantage ce type de projets mais on est quand même dans un système qui permet de temps en temps de faire des choses. Faut-il s’en contenter ? Non. Il faut évidemment se battre pour améliorer la situation. Malgré la suppression de la publicité, les décideurs restent conditionnés par l’audience. C’est de l’argent public et ils considèrent qu’il doit servir le plus grand nombre. C’est leur logique.

Titre: Les Témoins
Créateurs: Marc Herpoux et Hervé Hadmar
Cast: Marie Dompnier, Catherine Mouchet, Roxane Duran, Thierry Lhermitte, Laurent Lucas, Mehdi Nebbou, Jan Hammenecker.
Diffuseur: France 2

© 2015 ILTVSW – La reproduction partielle ou entière de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW pilot crush : American Crime

8 Mar

FRA/ENGLISH

Un pilote formidable, au fait, c’est quoi ? Il y a deux réponses à cette question. Si la série est ce que l’on appelle en France une série d’auteur, référence directe au cinéma du même nom, il s’agira d’un épisode, diffusé sur une chaîne du câble, explorant une nouvelle manière d’écrire ou de mettre en scène au service d’une prémisse pointue souvent perturbante et toujours singulière. Une proposition artistique radicale miroir du passé de son créateur. Combien d’années Matthew Weiner est-il resté en tête à tête avec Don Draper avant de se voir offrir la possibilité de lui donner vie et combien de saisons a-t-il passées depuis en sa compagnie ? Mais un pilote formidable peut aussi être un épisode dans lequel l’ego de l’auteur n’est pas central. Un objet moins intime pour lui dans lequel seul le sujet est la star, sans feux d’artifices, sans glamour, ni coquetteries d’écriture.

American Crime, qui débute mardi en France sur Canal Plus Séries, appartient à la seconde catégorie. Cela ne signifie pas qu’elle n’a pas d’objectif créatif. John Ridley, son auteur, Oscar de la meilleure adaptation pour le scénario de 12 years a slave, a au contraire beaucoup à exprimer. Il a décidé de nous transporter au cœur d’un crime américain. Un crime dont la victime est blanche et dont les suspects ne le sont pas. Autrement dit, de l’examiner au travers du prisme racial. Ce n’est pas au crime que s’intéresse Ridley. Son anthologie ne zoomera donc pas sur le point de vue des flics ou des avocats. Ce qui passionne Ridley, c’est l’onde de choc qui va frapper ceux dont la vie va changer à jamais. Les proches de la victime. Les proches des suspects. La communauté à laquelle ils appartiennent.

Une bombe à retardement psychologique et sociétale 

Dès la première minute, American Crime opère comme une bombe à retardement psychologique et sociétale. Un parti pris finement souligné par des acteurs qui font un travail tout en retenue sur l’émotion forcément hystérique qui submerge les personnages qu’ils incarnent. Comment résister à une pareille pression ? Peut-on échapper au poids des préjugés ? Et la race ? Et la religion ? Et les classes ? Trois mots très chargés aux États-Unis.

Pour essayer d’explorer ces enjeux, la série se concentre sur l’infiniment petit. On a alors l’intuition qu’American Crime a l’ambition de parler des États-Unis d’aujourd’hui en posant une question à la fois fondamentale et culottée : est-il possible de vivre ensemble ? « Cela a été passionnant pour moi d’essayer de créer une série sur la foi, dit John Ridley dans une interview accordée à Variety. La foi dans les systèmes, la foi dans la religion, la foi dans l’autre ».

Vue d’ici, American Crime nous rappelle tristement que ce n’est pas demain, ni après-demain, que nous pourrons regarder une série française comme celle-là sur une chaîne généraliste. Les diffuseurs, qui savent mieux que personne ce qui est bon pour nous, ont décidé que nous n’apprécierions pas de nous plonger dans une série qui questionne notre société et les challenges qu’elle affronte. C’est vrai, comme si nous en avions besoin …

La semaine prochaine sur ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

 

© ABC

 

Titre/Title : American Crime
Créateur/Creator : John Ridley
Cast : Felicity Huffman, Timothy Hutton, Penelope Ann Miller, W. Earl Brown, Benito Martinez, Caitlin Gerard, Regina King.
Chaîne/Network : ABC, Canal Plus Séries (France)

What is a great pilot ? Basically there are two answers to that question. If the show is what we would call in France an author show linking TV to the author movie tradition, it’s going to be an episode exploring new ways of writing and/or directing with an edgy or disturbing but always unique premise. Often radical TV, it says a lot about the creator personal backgrounds. Those are mainly cable shows. Think of how long Matthew Weiner lived with Don Draper before actually be given the possibility of bringing him to life and how many years he has spent with him since … 

But a great pilot can also be an episode where the writer ego is not central. A far less intimate matter. An episode where the subject is the star without the fireworks, the glam or the show off of its writing. American Crime belongs to the second category. It doesn’t mean that the show, debuting this tuesday in France on Canal Plus Séries, has no creative purpose. John Ridley, his writer, best adapted screenplay Oscar for 12 years a slave, has on the contrary a lot to say. He has decided to walk us through an american crime where the victim is white and the suspects are not. In others words through the prism of race. Ridley really doesn’t care about the crime itself. So he is not telling his anthology story from the cops or the lawyers point of view but from the one of those whose lives are directly impacted. The victim’s people. The suspect’s people. And the community they live in. 

A psychological and societal ticking time bomb

From minute one, American Crime is a sort of a psychological and societal ticking time bomb. Its cast is doing a great job working on its inner emotions. How do you resist under that kind of pressure ? Can you free yourself from the weight of prejudices ? What about race ? What about religion ? What about class ? Three words highly charged in America. The show is focusing on the small scale. And we have the intuition it will try to portray America nowadays asking an essential and daring question : can people still live together ? “That was very exciting to me, to try to do a series that was about faith: faith in systems, faith in religion, faith in each other », said Ridley about his ambition in Variety

Viewed from France, American Crime also sadly reminds us that it’s not tomorrow or even the day after, that we are going to see a show like that on French TV because broadcasters, who know better than ourselves what is good for us, have decided that we wouldn’t like to watch a series that is questioning our society and the challenges it faces. We really don’t need that, do we?

Next week in ILTVSW … Oops, not decided yet, sorry.

Retrouvez ce billet dans la sélection hebdomadaire Séries Mania

ILTVSW before Christmas party 2014

7 Déc

FRA/ENGLISH

You better watch out. You better not cry. Better not pout. I’m telling you why. Santa Claus is coming to town. He’s making a list. And checking it twice. Gonna find out Who’s naughty and nice. Santa Claus is coming to townnnnnnnnn !!!!  Non, ne rafraîchissez pas la page, vous êtes bien sur I love  TV so what ? Ce soir, j’ai décidé de recommencer à croire au Père Noël. Comme il n’est pas impossible qu’une fois encore je sorte désappointée de cette affaire, j’ai invité quelques plumes stars de la blogosphère séries pour ma désormais traditionnelle (considérons que deux éditions = une tradition) before Christmas party. Ensemble, nous boirons pour ne pas oublier que de toutes les manières, pour nous, le père Noël est déjà passé. C’est vrai, non ? 2014 a été une année riche en émotions fortes pour les sériephiles.

J’ai le grand plaisir de recevoir les très élégantes Cécile de Femmes de séries , Livia de My TV is rich !, Alix du Daily Mars. Et je remercie Yann de Séries, le blog ! et Stéphane des Plumes asthmatiques d’avoir accepté de porter un smoking pour moi. Une soirée de rêve en perspective que nous allons partager avec nos personnages préférés et … vous.

Tchin et joyeux Noël à tous !

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. The blog is hosting a Christmas party with French TV bloggers. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English. English speaking bloggers feel free to contact me if you wish to guest post ! Happy holidays to you all !

 

ILTVSW. Les sériephiles vont-ils se saouler au champagne pour tenter d’oublier 2014 ou, au contraire, pour essayer d’accepter les nouveautés 2015 ? Autrement dit 2014 a-t-elle été un grand cru ?

Alix. Je ne sais pas pour vous les copains, mais moi, je lève mon verre à cette année 2014. Comme tous les ans, tout n’est pas à garder. Pourtant, 2014 a quand même été remplie de nouveautés enthousiasmantes. J’ai passé de très très beaux moments avec You’re the Worst, Transparent, Looking, The Affair, Detectorists, The Knick, Inside n°9, Dates et bien d’autres.

Cécile. C’est peut-être le lait de poule qui parle à ma place mais je suis très satisfaite de mon année sérielle bien que les nouveautés de la rentrée 2014 soient pratiquement toutes restées sur le carreau après le pilote. Je ne garde que The Flash, Madam Secretary et How to get away with Murder mais sans grande conviction. Plus tôt dans l’année, je suis tombée sous le charme de Mom, Faking it et de The Honourable Woman. La CW frappe fort avec The 100, une véritable surprise. Quant aux séries plus anciennes, elles se sont dans l’ensemble toutes maintenues à un bon niveau (Masters of Sex, Orphan Black, OITNB, The Walking Dead, GoT, Downton Abbey) ou ont carrément dépassé mes attentes. Arrow est devenu particulièrement passionnante, Grey’s Anatomy fait un début de saison 11 de folie, The Good Wife se réinvente continuellement et même Once Upon a Time, qui est pourtant souvent écrite et jouée avec les pieds, m’intéresse grâce à l’arc « Reine des Neiges ». Oui, le Ravi de la crèche, c’est moi !!!

Livia. 2014 a été un grand cru sur de nombreux aspects. Sur un plan quantitatif, l’année est venue confirmer la multiplication de l’offre en séries, avec une concurrence accrue et des ambitions manifestes de s’imposer dans un marché en mutation. On parle beaucoup de Netflix, mais Amazon avec Transparent a, par exemple, frappé fort, en proposant une série extrêmement intéressante qui démontre toutes les possibilités ouvertes par ces nouveaux venus. Outre les productions originales, ces acteurs récemment débarqués dans l’univers du sériephile l’habituent aussi aux miracles … c’est-à-dire aux résurrections – qui sont une raison supplémentaire de se sentir gâté – : Netflix a ainsi poursuivi sur cette voie –le récent sauvetage de Longmire pour une saison 4 -, mais on peut aussi citer Amazon qui s’y met également et en profite pour introduire de nouveaux modèles de financement avec la saison 3 de Ripper Street par exemple, sauvée de l’annulation de la BBC en Angleterre : la série est actuellement proposée sur la plateforme d’Amazon, mais elle sera aussi par la suite diffusée sur BBC1. De nouvelles chaînes pointent aussi le bout de leurs programmes : aux Etats-Unis, par exemple, WGN America a alterné le pire et le meilleur, mais elle a certainement réussi quelque chose avec la première saison de Manhattan. En Angleterre, c’est Channel 5 qui a renoué cette année avec les créations originales, proposant un cop show dont l’originalité est de reposer sur la semi-improvisation de ses acteurs, Suspects : de quoi apporter un peu de fraîcheur dans un genre policier surexploité !

Yann. Pour ma part, ce sera mi-champagne mi-foie gras, ou plutôt devrais-je dire mi-figue mi-raisin. La rentrée n’a pas répondu à mes attentes. Les networks continuent de me décevoir et si le câble était en verve – surtout sur la première partie de l’année – j’aurais aimé avoir au moins un ou deux petits coups de coeur à l’automne !

Stéphane. Un grand cru, je ne sais pas mais sûrement une sacrée année ! Ca faisait longtemps que je n’avais pas autant vibré grâce à des nouveautés : True Detective, The Leftovers, You re the worst, Manhattan, The Knick, The Honourable Woman, Detectorists, Outlander, Série Noire, Olive Kitteridge … Puis, il  y a eu The Good Wife, avec sa saison 5 et sont début de la saison 6, qui a elle seule sauve une année de sériephile. Bref, je suis passé par toutes les émotions en 2014 et qu’est-ce que j’aime ça ! Ce fut un vrai tourbillon exacerbé par de nombreuses prises de risques, des choix artistiques, des histoires et des personnages passionnants.

 

Magie des Christmas specials

 

ILTVSW. Noël, c’est le moment où jamais de pardonner, non ? Quels scénaristes méritent que l’on fasse un petit effort et que l’on poursuive leur série ?

Alix. The Big Bang Theory, comme beaucoup de séries qui ont déjà beaucoup de saisons, est assez inégale. Après une longue période un peu lassante la fin de la saison 7 m’avait vraiment redonné goût à la série. Le début de saison 8 est loin d’être aussi bonne. Et pourtant, pourtant, il faut leur pardonner. L’existence même du personnage d’Amy Farrah Fowler mérite beaucoup de pardon pour les moments flottants de la série. Ce petit bout de femme, scientifique, qui n’est pas un canon de beauté classique, a envie d’être aimé sentimentalement et physiquement et elle n’hésite pas à le dire. Elle aime son homme, Sheldon, entièrement, sans vouloir le changer. Elle respecte le rythme différent qu’il impose à leur relation mais ne cache pas pour autant ses attentes et ses envies. Pour elle, Chuck Lorre et Bill Prady sont pardonnés.

Cécile. Je n’ai jamais autant abandonné de séries que depuis la rentrée de septembre. Je crois que je deviens grande et mature et que j’arrête de regarder pour regarder. Ca vaut bien un cadeau de Noël, ça non ?! Donc, en gros, je poursuis toutes celles citées plus haut mais aussi Scandal (Team Shonda), Vampire Dairies, Chicago Fire, Sleepy Hollow, About a Boy … Je me force clairement avec Modern Family et The Affair. Je boude possiblement définitivement les scénaristes de Revenge, Castle, Bones, Elementary et American Horror Story. Na!

Livia. La série que Noël va (encore) sauver dans mes programmes, cette année, c’est certainement Downton Abbey. Julian Fellowes peut donc dire merci aux fêtes. La nouvelle saison diffusée cet automne a confirmé un certain essoufflement, une répétition de recettes qui ne se renouvellent pas et finissent par lasser à force de voir s’user à l’écran les mêmes ressorts narratifs. Mais, comme nous sommes en Angleterre, un cadeau attend le sériephile au pied du sapin : le fameux Christmas special. Rendez-vous incontournable s’il en est : s’il y a un trait grâce auquel on reconnaît le sériephile, c’est son incapacité naturelle à dire non à un Christmas special. Ceux de Downton Abbey ont pourtant pu traumatiser durablement – et plomber toute une semaine de fêtes soudainement reconvertie en phase de construction de pyramides de mouchoirs. Mais, ils ont aussi su faire vibrer notre cœur trop émotif : souvenez-vous, jadis (en 2011), de Mary et Matthew sous la neige devant leur château. Tout est donc possible. On sait seulement que, quoiqu’il advienne, on ne restera pas insensible devant le Christmas special de Downton Abbey. Et donc, j’ai beau avoir laissé filer la saison 5 après son premier tiers cet automne, je sais que je n’y résisterai pas : portée par l’esprit des fêtes, je vais m’empresser de finir la saison précédente à temps pour pouvoir déballer ce cadeau … Un petit effort pour Downton Abbey !

Yann. Je pense qu’il faut accorder son pardon au duo Benioff/Weiss, les showrunners de Game of Thrones ! Aujourd’hui, de nombreux observateurs avisés tombent à bras raccourcis sur une série à l’ampleur débordante. L’adaptation d’un matériau original complètement éclaté tient pourtant la route. Et puis, je ne saurai trop encourager un duo qui continue de refuser la facilité de scènes d’action au profit de tirades politiques jamais gratuites !

Stéphane. Kurt Sutter, incontestablement. J’ai aimé ce qu’il proposait il y a longtemps avec Sons Of Anarchy (plus particulièrement les saison 2 et 3). Et aujourd’hui alors que sa série est sur le point de se terminer, que j’ai du mal, beaucoup de mal à tenir mais je vais trouver en moi la force de lui pardonner et d’aller au bout. Parce que je sais qu’il peut être bon, très bon et parce que je me le dois bien. Je pense à Michael Hirst et Vikings aussi. Je suis un grand fan du monsieur mais j’ai du mal à trouver la foi pour terminer la saison 2  malgré toutes ses qualités. J’y arriverai un jour. C’est certain.

Julianna Margulies/Alicia Florrick – The Good Wife © CBS

 

ILTVSW. Quel (s) personnage (s) devrai (en) t recevoir le plus gros cadeau de l’année ? 

Alix. Dans les personnages auxquels je suis vraiment attachée, certains ont beaucoup souffert cette année, d’autres ont fait souffrir. Alicia Florrick, Cary Agos, Louie et les personnages de Southcliffe sont de ceux là. Ils subissent le monde qui les entoure, ils en sont aussi les acteurs, pas toujours pour le meilleur. Mais tout ce qui leur arrive est définitivement pour la bonne cause : nous émouvoir et nous faire réfléchir sur nos actions, sur le monde et pour ça ils méritent les plus beaux cadeaux.

Cécile. Je crois que Nessa Stein de The Honourable Woman et Bill Masters de Masters of Sex ont grand besoin d’un peu de réconfort après l’année qu’ils viennent d’avoir. Je propose « Se recontruire en 10 leçons » pour elle et un « Docteur Maboul » pour lui histoire qu’il ne perde pas la main !

Livia. Le personnage à qui j’offrirai le plus gros cadeau de l’année est sans doute celui qui va nous obliger à dire « au revoir » au cours de cette période qui devrait pourtant être dédiée aux fêtes. Miranda s’apprête en effet à conclure sa comédie à l’occasion de deux Christmas specials. Depuis 2009, durant ses trois saisons, cette série a représenté la fiction anti-blues par excellence. Un petit joyau d’humour, de décalage et de sincérité, auquel je me suis certainement attachée plus que de raison, mais dont les épisodes se revisionnent avec une fraîcheur et un plaisir intacts. Miranda mérite assurément d’être fêtée à la hauteur de tout ce qu’elle a été ces dernières années.

Yann. Pour moi, ce sera Maura (Jeffrey Tambor) dans Transparent. Elle nous livre sa vie et ses émotions avec tant d’intensité. Au delà de sa transformation, c’est une fantastique performance d’acteur à observer.

Stéphane. Je suis un grand fan de The Good Wife et cela sera donc forcément Alicia Florrick. Elle a vécu une année 2014 terrible et elle mérite que le Père Noël lui offre le plus gros cadeau. Je suis pour en donner un tout aussi énorme au capitaine Laure Berthaud d’Engrenages. Comme pour Alicia, 2014 ne lui a pas fait de cadeau et elle traverse les saisons de la série de Canal Plus en s’enfonçant chaque fois un peu plus dans la noirceur. La saison 5 ne lui a vraiment pas fait de cadeau. Elle mérite un peu de légèreté et de rires. Je pense aussi que toute la galerie de personnages désespérés de The Leftovers mérite notre attention. Un petit cadeau pourrait leur redonner le moral et illuminer ce moment crucial de l’année !

 

Toute la Maison Blanche privée de bûche

 

ILTVSW. Quel (s) personnage (s) sera/seront privé (s) de bûche au réveillon ?

Alix. Cette année, c’est toute la Maison blanche que je prive de dessert. D’abord, car je suis fatiguée d’observer la stratégie des loups. Ensuite car lorsqu’ils parviennent à chaque épisode à sauver le monde en 40 minutes chrono, c’est presque pire. L’héroïne ou le héros américain qui règle tout, même dans les moments de doute, ça me navre et j’attends avec impatience que l’un d’eux se plante, vraiment. Donc House Of Cards, Scandal, Madam Secretary, State of Affairs, ils pourront finir le repas entre eux dans le bureau ovale. Et ça fera plus de bûche pour nous.

Cécile. Olivia Pope m’agace assez profondément depuis quelque temps (ce qui n’a rien à voir avec le talent de son interprète) donc bim, pas de bûche. De toute façon, elle s’en fiche, elle ne tourne qu’au vin et au pop-corn !

Livia. Je ne prive personne de bûche : it’s Christmas !

Yann. Le commandant Tom Chandler (Eric Dane) dans The Last Ship n’aura pas de bûche. Il est lamentable dans cette série déjà franchement en perdition et qui aurait mérité d’être torpillée …

Stéphane. Hannibal Lecter n’aura pas de dessert ! Il a été un très vilain personnage de série cette année. Encore plus manipulateur, cruel, tordu et violent que dans la saison 1. Et puis il y a ce dernier (splendide) épisode de la saison 2 de Hannibal …Ouais, je le prive sans aucun remords de bûche pour ce moment d’anthologie et ce traumatisme qu’il m’a fait vivre.

 

Maggie Gyllenhaal/Nessa Stein – The Honourable Woman © BBC2/Sundance channel

 

 

ILTVSW. Finalement, les mini-séries sont-elles des cadeaux ou des escroqueries pour les amateurs de séries?

Alix. C’est un cadeau ! Ces dernières années les mini-séries m’ont offert des univers essentiellement de larmes. Les Anglais en sont très friands avec The Missing, Happy Valley, Southcliffe. Je ne suis pas complètement convaincue que je supporterais toute cette souffrance pendant 22 épisodes par an. Mais à découvrir en quelques épisodes, quel catharsis de souffrir avec eux ! Et puis, le format est parfois un bon galop d’essai. Broadchurch et Into the flesh y ont gagné une suite … Alors, finalement la frontière n’est qu’à un renouvellement.

Cécile. Ni l’un ni l’autre, mon capitaine ! Je ne suis pas particulièrement passionnée par ce genre mais elles ont leur intérêt.

Livia. Vivant à l’heure anglaise depuis des années, j’ai une inclination toute particulière pour le format court offert par la mini-série. Elle représente l’assurance d’une histoire complète, d’une œuvre finie … Mais aussi, de façon très pragmatique, elle correspond mieux au rythme de visionnage que j’affectionne désormais : construite sur quelques semaines – soit un ou deux mois -, elle n’impose pas une fidélité sur l’année entrecoupée de pauses et autres hiatus. En fait, je suis devenue incapable de regarder « en direct » une saison comportant 22 épisodes. Face à une telle série, soit je la rattraperais en plusieurs temps, soit je la mettrais de côté pour l’été, mais impossible de respecter à la lettre le rythme des grands networks américains … Cependant, dans le même temps, il n’en reste pas moins que je suis tombée dans la marmite sériephile dans les années 90 et au début des années 2000. Les saisons longues, la loyauté qui se forgeait peu à peu, cette impression – propre au format – de vivre sur le long terme aux côtés de personnages qui finissent par grandir, voire vieillir, avec nous, ce sont autant de sensations que l’on ne retrouve pas dans l’événementiel inhérent à la programmation brève des mini-séries. Ainsi, si les longs formats me parlent moins, l’impact durable que cela permettait de faire naître me fait me sentir un brin nostalgique en songeant à mes années sériephiles d’ « autrefois ». Au fond, les mini-séries seront donc des cadeaux ou des escroqueries suivant votre manière de consommer les fictions du petit écran … Quel type d’engagement cherchez vous lorsque vous vous installez devant une série ? En outre, attention aussi à ne pas oublier un point propre aux mini-séries : il faut prendre garde à celles qui, par l’onction d’une bonne réception publique/critique, se changent soudain en séries au long cours, renouvelées par une chaîne qui voit d’un bon œil la fidélisation de son public pour l’année suivante. Ainsi, les frontières entre les formats sont parfois bien poreuses (pour le meilleur, et parfois pour le pire …).

Yann.  La mini-série est un beau format, je trouve ! Elle peut être un échec comme tout autre série mais elle a souvent l’avantage d’avoir une durée adaptée à son idée de départ. Cette année, The Honourable Woman et Olive Kitteridge étaient fantastiques. Elles portent haut les couleurs de la mini-série et puis, ce format n’est pas une fin en soi puisque l’excellente Top of the Lake va muer de mini-série à série à part entière !

Stéphane. C’est un savant mélange des deux. Si elles sont parfaites comme Olive Kitteridge, on voudrait qu’elles durent plus longtemps. Mais, c’est ce qui fait leur magie, un nombre d’épisodes réduit, une histoire bien écrite, des acteurs de prestige, c’est très frustrant. Mais, j’ai trouvé la solution : la regarder encore une fois presque dans la foulée. Je finis ce repas, je vous offre un flocon d’Ariège et en attendant le Père Noël, je pars retrouver Frances McDormand, Richard Jenkins et Bill Murray pour un deuxième visionnage d’Olive Kitteridge. Par ailleurs, je suis bien content que SyFy se réapproprie les mini-séries de SF/fantastique. J’ai grandi avec elles et c’était génial. Depuis quelques années, elles me manquaient terriblement …

 

Porosité grandissante entre cinéma et séries

 

ILTVSW. 2014 n’a-t-elle pas été l’année où l’on a découvert que la writing room n’était pas la solution à tous les problèmes sériels ?

Alix. Sincèrement, je ne sais pas. On compare beaucoup les budgets, les modes d’écriture, les nombres d’épisodes. Malgré ça, je vois que dans tous les clans, il y a des merveilles et aussi des projets moins réussis. Quelques séries écrites par un auteur, tournées avec un réalisateur, nous ont surprises cette année. Mais une writing room peut produire des grandes séries surtout si elles ont beaucoup d’épisodes par an, si on ne veut pas attendre 3 plombes entre chaque saison … mais pour ça il faut quand même un(e) showrunner à la barre pour créer une cohérence, une vision directrice.

Cécile. J’avoue ne m’être jamais vraiment posé la question parce que la série comme le cinéma est le résultat d’un tout. Le scénario, les dialogues sont importants mais tout autant que l’interprétation et la réalisation sans oublier le montage et la musique. Si l’un de ces éléments est mal dosé, mal appliqué, ça ne fonctionne mal, voire pas du tout.

Livia. La writing room n’a jamais été qu’un modèle parmi d’autres et n’a jamais constitué la solution miracle, garantie de réussite d’écriture. C’est certainement une solution qui est particulièrement appropriée pour un format long, avec des saisons comportant un nombre d’épisodes important. Mais dans le même temps, on peut aussi constater qu’un modèle qui repose sur les épaules d’un auteur –ou de quelques auteurs se répartissant la tâche- peut fonctionner aussi et a également fait ses preuves, avec succès. Ce dernier modèle est sans doute plus adapté à un format court, notamment l’hypothèse d’une mini-série ou de saison courte – type Angleterre. Dans ce pays, certains cumulent avec réussite les casquettes de créateur/scénariste/réalisateur (Stephen Poliakoff, Peter Kosminsky…) pour des productions événementielles. En 2014, The Honourable Woman, coproduction anglo-américaine BBC2/Sundance Channel, a permis de jeter un éclairage sur ce modèle créatif, mais Hugo Blick, deux ans auparavant, avec The Shadow Line, avait déjà tout aussi (je serais tentée de dire « plus ») brillamment mené à bien cette entreprise. De manière générale, les mutations que connaît actuellement le marché de la fiction expliquent aussi sans doute que les recettes créatives, sous diverses influences, évoluent. La porosité grandissante cinéma/séries avec ceux venus du premier univers qui importent un certain savoir-faire qu’ils adaptent ensuite au format sériel, est par exemple un facteur qui peut conduire à repenser le processus créatif. Et puis l’émergence de nouveaux acteurs sur le marché des séries y contribue aussi, car ils n’ont pas les mêmes charges à respecter.  Mais la problématique est sans doute plus vaste : 2014 a permis de jeter un éclairage particulier sur l’influence que peuvent avoir les évolutions des modes de consommation et des acteurs producteurs de séries sur les modèles de savoir-faire créatif. L’écriture est un enjeu parmi d’autres. La place du visuel a aussi fait parler d’elle, avec toute la question de l’investissement que l’on est prêt à y mettre, je pense ici à The Knick.

Yann. Oui, il me semble que la tradition du collectif de scénaristes est remise en question ! Je crois aussi que dans son désir d’attirer toujours les meilleurs talents, le stade ultime du succès de l’univers sériel sera de séduire les écrivains. Aujourd’hui, les cinéastes ne rechignent plus à oeuvrer pour les séries et les romanciers devraient pouvoir s’y exprimer aussi. Or, ces derniers sont d’authentiques loups solitaires ! Nice Pizzolatto avec True Detective a ainsi fait sensation cette année. Signer une saison complète à lui tout seul pour une oeuvre remarquée de surcroît, ce n’est pas anodin !

Stéphane. Cette question dépend surtout de la longueur de la série. Si c’est une série courte, je trouve qu’avoir une vision unique, une seule écriture est plutôt une bonne chose sans être forcément une obligation. Pour une série plus longue avec une vingtaine d’épisodes par saison, avoir une writing room est obligatoire malgré les inconvénients. Mais ce que j’aime vraiment dans une writing room, ce sont les différents styles apportés et la richesse des thématiques abordées par les scénaristes. Un exemple : j’aime la série Elementary créée par Robert Doherty, j’aime ce que le showrunner propose avec sa série. Cependant, je pense que les meilleurs épisodes du show sont écrits par Craig Sweeny (un ancien de Medium dont j’adorais les scénars déjà à l’époque).

 

© Netflix

 

 

ILTVSW. Alors, alors Netflix en France finalement c’est vraiment le père Noël des sériephiles ?

Alix. Oui et non. Oui parce que la force de Netflix c’est qu’ils veulent toucher tous les publics avec des projets segmentants. N’ayant pas de grille de programme, l’important n’est pas que celle-ci soit cohérente. Ils peuvent produire beaucoup de séries, chaque public les regardera à l’envie en son temps et à son heure et c’est comme ça que Netflix est partout à la fois. Plus de nécessité de plaire à tout le monde, puisque chacun fait ce qu’il veut. C’est fantastique. En attendant, leur liberté est presque totale au niveau de la production de séries originales, de nouveaux formats et pour l’instant cette liberté est encore sous-utilisée. J’espère que les années futures verront Netflix et Amazon en profiter bien plus pleinement, pour que ce soit Noël tous les jours.

Cécile. Comme sans doute à peu près tout le monde, j’ai testé le premier mois. Sans reconduire parce que j’ai déjà vu les séries qui s’y trouvent et que Netflix ne répond pas à ma fringale quotidienne, ce que le téléchargement fait très bien. La seule chose qui a vraiment retenu mon attention c’est l’intégrale de Farscape que l’on ne trouve pas en DVD. Après il faut avouer que c’est bien foutu et fluide mais niveau catalogue, c’est peu engageant surtout par rapport à la version US.

Livia. J’ai déjà des mois, voire des années (!), de séries en retard, mises de côté, et de coffrets DVD achetés et non visionnés que je rêve de pouvoir découvrir (car un sériephile ne vit pas seulement au présent : il y a aussi toutes les incontournables d’un passé parfois même assez lointain qui l’appellent). Par conséquent, pas d’abonnement Netflix en ce qui me concerne. Mais c’est une offre légale que j’aurais adorée avoir à disposition il y a 10 ans … quand j’avais plus de temps à consacrer aux séries (et que l’on se construisait son binge-watching dans son coin). Netflix, sur le principe, c’est donc un père Noël … qui doit quand même encore enrichir et diversifier son catalogue, notamment en permettant de découvrir des œuvres jusqu’à présent difficiles d’accès.

Yann. Ce n’est pas forcément le cadeau parfait pour le sériephile. Les limites du catalogue se font sentir et, depuis environ trois mois, il a peu évolué (surtout sur la partie séries). Les “créations maison” sont très spécifiques et Orange is the new Black serait presque l’arbre qui cache la forê t…Toutefois, l’outil est désarmant de simplicité. J’ai jusqu’ici une expérience utilisateur excellente et … je dois l’avouer, j’ai bien failli succomber au binge-watching !

Stéphane. Netflix propose des séries impressionnantes avec de grands noms du cinéma et de la télévision mais aussi des anciennes séries et rien que pour ça, je dis oui. Mais bon, je ne suis pas abonné et je ne pense pas le devenir … dans l’immédiat.

 

© Cinemax

 

 

ILTVSW. Que pouvons-nous nous souhaiter pour l’année à venir devant nos écrans ?

Alix. C’est comme les bonnes résolutions ma brave dame, mon souhait est le même tous les ans, de l’audace, encore de l’audace et toujours de l’audace ! Que nos héroïnes et nos héros changent de décors, de professions, d’espace temps …

Cécile. A l’échelle personnelle, de rester mesurée dans ma consommation sérielle et de continuer à échanger avec ma twitto-sphère. Je nous souhaite de prendre toujours autant de plaisir et de continuer à vivre de belles émotions.

Livia. Des séries, et encore plus de séries … diversifiées, de qualité … pour tous les goûts ! Des séries courtes pour certains sériephiles, longues pour d’autres. Des séries qui nous entraînent vers de nouveaux horizons et qui se font exploratrices, et d’autres qui se réapproprient et déclinent au contraire des recettes autrement plus traditionnelles mais devant lesquelles on prendra tout autant plaisir à s’installer.

Yann. Je souhaite que nous ayons une série aussi réussie que populaire sur les networks à mi-saison, pourquoi pas Wayward Pines ? J’attends beaucoup de Red Oaks sur Amazon dont le pilote était délicieux. Et puis si True Detective et The Knick pouvaient confirmer, je serais comblé !

Stéphane. De l’audace ! De l’audace ! De l’audace ! Je veux de l’audace dans les séries, dans le propos et les histoires comme dans Person Of Interest ou The Good Wife ou encore The Honourable Woman. De l’audace visuelle comme dans The Knick ou True Detective. Sinon, je nous souhaite d’être tous surpris en 2015 !

Merry Christmas !!!

Pour combattre le blues du lendemain de fête, vous pouvez aussi retrouver mes talentueux invités sur Twitter…

Alix @aliabeckett
Cécile @Ccilep
Livia @myteleisrich
Yann @yann_k
Stéphane @SeriesEater

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest stars: Bruno Nahon et Rodolphe Tissot, les créateurs d’Ainsi soient-ils

5 Oct

Bruno Nahon, le producteur et Rodolphe Tissot, le réalisateur et directeur artistique de la série française Ainsi soient-ils ont accepté l’invitation de ILTVSW à l’occasion du retour de leur série pour une saison 2 sur Arte. Ils évoquent pour nous l’enjeu de la deuxième saison, sa résonance dans un monde où la religion occupe l’actualité quotidiennement, le travail effectué sur les huit nouveaux épisodes, l’écriture, la réalisation et la saison 3, dont le tournage a déjà débuté.

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. The french producer Bruno Nahon and the director Rodolphe Tissot both co creators of the show Ainsi soient-ils (Arte), exploring young men desire to become priests, are the guest stars of the blog today. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English. 

 

 

 

 

ILTVSW. La saison 2 de votre série est diffusée alors que chaque jour, en ce moment, il est question de religion dans les journaux télévisés … Est-ce qu’à un moment donné lorsque l’on a pour matière un tel sujet, on se sent investit d’une forme de responsabilité?
Bruno Nahon. Nous n’en parlons jamais entre nous. La religion est quelque chose de périphérique à notre processus de travail. Notre préoccupation est de faire une série, avoir des personnages, de créer des émotions, des choses dans le ventre … C’est la seule chose qui nous anime jour après jour. Nous avalons les sujets, nous les digérons. Notre seule obligation est de ne pas le faire comme la presse ou un documentaire pourrait le faire. Nous devons aborder la religion d’une façon originale et inattendue mais c’est tout.
Rodolphe Tissot. Pour nous, les personnages sont vraiment devant le sujet. A aucun moment, nous n’avons pensé: « Ouh là là, la religion, c’est très important à notre époque !» On ferait la même série si on traitait, au hasard, du football américain (sourire) ou des compagnons de la boulangerie. On voudrait de la même manière être le plus juste possible, raconter le monde dans lequel on vit par le biais de ce sujet-là. Nous ne vivons pas comme un poids supplémentaire, l’église et la religion. Bien sûr, nous avons conscience que le sujet est porteur de questions plus profondes mais nous ne nous sentons pas écrasés par ça.

ILTVSW. La réalisation magnifie quand même le rite religieux, cela a forcément une forme d’impact sur la perception du téléspectateur. Si l’on prend l’exemple de Friday Night Lights, cela aurait pu être une série qui disait que le sport détruit les hommes mais non, c’est au contraire une série qui affirme que le sport grandit les hommes …
Bruno Nahon. Ainsi soient-ils n’est pas une série contre les gens qui croient, contre les gens qui ont la foi, contre le Vatican. C’est une série qui raconte comment une croyance vit dans chacun de ceux qui s’en veulent les porte-paroles. Le royaume d’Emmanuel Carrère parle de cela avec un énorme succès, cela m’étonne que personne n’ait d’ailleurs fait le parallèle car on a un écrivain majeur de sa génération, l’un des deux ou trois meilleurs romanciers français aujourd’hui, qui prend comme objet l’étude la naissance du christianisme et ce qu’est profondément le catholicisme. Nous, cela fait déjà plusieurs années que l’on essaie de raconter cela. En posant la question: « Est-ce que c’est tenable? » Maintenant, effectivement, la sensibilité de Rodolphe est de montrer qu’il y a de la beauté là-dedans.
Rodolphe Tissot. Quoi que je fasse, j’ai beaucoup d’empathie pour mes personnages. A partir de là, quand je filme une messe ou des personnages qui croient, j’y crois comme eux même si au fond de moi peut-être pas. Et j’essaye de le restituer. Sans essayer de convaincre. La série n’a pas du tout pour but le prosélytisme.

ILTVSW. Votre série relève donc totalement du domaine de l’intime?
Bruno Nahon. Les personnages d’Ainsi Soient-ils, ils ont eu, et il faut l’accepter comme dans Lost ou Les Revenants, une révélation. Chacun a rencontré Dieu ou quelque chose de sacré. Ils ont reçu une révélation. Ce que l’on va tester nous, c’est à quel point cette révélation-là tient à l’épreuve du réel. Nous n’avons absolument pas mesuré ce qu’allait devenir le monde quand nous avons commencé à travailler en 2007. C’était éloigné du 11 septembre, il y avait à l’époque très peu de débats autour de la religion. La question de l’intégrisme était absente.

 

Rodolphe Tissot: « Nous n’avons aucun tabous »

 

ILTVSW. La saison 3, actuellement en tournage, intégrera-t-elle la montée des radicalismes religieux?
Bruno Nahon. Nous bouclerons quelque chose là-dessus en saison 3. Mais, notre métier est un peu de nous mettre de côté, voire d’élever le débat. Il est urgent d’être paisible quand il s’agit de traiter ces questions-là qui sont brûlantes. Si l’on s’approche trop près, cela ne produit rien à part de blesser. Si l’on est à la bonne distance, on peut voir la lumière, la chaleur, la flamme et questionner ce que l’on est en train de voir. Face au tumulte ambiant, nous avons envie de montrer le côté lumineux des choses.
Rodolphe Tissot. Nous n’avons aucun tabous sur tout ce qui peut concerner l’Eglise et la religion au sens large. Au fil des saisons, nous allons explorer de nouveaux sujets cela pourra être l’Islam, la confrontation à d’autres religions, le sexe, les problèmes financiers … Après, nous ne serons quand même jamais sur le terrain du mysticisme. Ce n’est pas une série qui demande : »Qu’est-ce que croire en Dieu? » et qui donne des réponses. Les gens qui voudraient trouver dans la série des éclairages sur le sujet ne les trouveront pas. Ainsi Soient-ils c’est la société, les hommes, l’humain. Ces gens croient en Dieu. Pourquoi ils y croient et est-ce que c’est bien, nous ne traitons pas cette question.

 

David Baiot (Emmanuel), Julien Bouanich (Yann), Clément Manuel (Guillaume), Samuel Jouy (José) et Clément Roussier (Raphaël)

 

ILTVSW. Comment avez-vous construit l’esthétique de la série?
Rodolphe Tissot. J’ai une conviction : le comédien est le centre de l’esthétique. C’est ce que nous avons envie de faire passer dans la série, au-delà de l’image, de l’éclairage, des plans, de la caméra à l’épaule, le choix du comédien et la manière de le diriger, c’est 70% de l’esthétique. Il y a mille manière d’interpréter chaque dialogue, chaque personnage, chaque intention et une bonne partie de ce que l’on peut ressentir en regardant la série vient du choix des comédiens. Je ne dis pas que le reste est secondaire mais le plus important est là. Dans les séries qui nous plaisent, c’est la même chose. Avec d’autres comédiens et une autre manière de jouer, on pourrait emmener la série ailleurs. On pourrait faire des méchants, de vrais méchants, par exemple. Nous prêtons beaucoup de soin à cet aspect du travail avec Bruno. Ensuite, nous ne sommes pas dans une approche esthétique documentariste mais vraiment conscients que l’on fait une fiction et que l’on veut donner du plaisir aux téléspectateurs. Nous voulons raconter une histoire.

ILTVSW. Votre journée de travail sur le plateau à quoi ressemble-t-elle?
Rodolphe Tissot. Je ne découpe pas ou très peu à l’avance. En revanche, et je pense que c’est une vraie différence avec beaucoup de réalisateurs de télévision, je connais les textes par coeur. Je les ai lu, relu, travaillé avec les auteurs. Je les ai annoté. J’ai passé mon temps à les relire. C’est pour cela que cela ne me pose aucun problème de crossboarder huit épisodes. Le temps que je ne passe pas à faire des story board, je le passe à digérer le texte. C’est-à-dire savoir exactement où on en est de l’histoire, qu’est que l’on raconte, pour ne pas avoir avoir à me replonger dans le scénario quand j’arrive sur le plateau.

ILTVSW. Une démarche qui commence pendant la préparation?
Rodolphe Tissot. Oui, aussi en préparation. Combien de figurants? Combien d’enfants? Quelle musique? Comme je prépare beaucoup tout ça est digéré quand j’arrive sur la journée de tournage. Je découpe le matin même. Je viens tôt sur le décor. J’en ai besoin. J’ai éventuellement mes comédiens que j’arrache du maquillage pour venir avec moi. Je répète un peu la scène avec eux. Et là, je vois où il faut mettre la caméra pour essayer d’avoir quelque chose de chouette dans le temps qui nous est imparti. Il m’arrive d’avoir une idée assez précise alors je m’y tiens. Il arrive aussi que l’un des comédiens propose un truc et qu’il ait raison. Tout cela se fait le jour même. Pour mes tout premiers films, j’avais tout découpé à l’avance et j’ai arrêté car cette nouvelle méthode me correspond mieux. Cela oblige à réfléchir vite, à trouver les solutions rapidement mais j’aime bien. Je travaille avec Pénélope Pourriat ma chef opérateur. Cette méthode donne une forme de vérité.

 

Sur le tournage de la saison 1, la série s’appelait encore « Ministères »

 

ILTVSW. Vous êtes donc totalement immergé dans Ainsi soient-ils pendant votre tournage?
Rodolphe Tissot. Je le dis souvent un peu en rigolant je dors Ainsi soient-ils, je mange Ainsi soient-ils (sourire).
Bruno Nahon. Il faut savoir que Rodolphe et moi, on se réveille tôt le matin. Comme à peu près tous les gens sur cette planète, la première chose que je fais est d’allumer mon téléphone. Et, je reçois des mails de Rodolphe écrit souvent à six heures du matin. Je sais qu’il est déjà sur des questions ou des colères car des choses ne fonctionnent pas. Il est totalement habité par la série ce qui est la condition nécessaire à son succès. Ce n’est pas possible de prendre la responsabilité de livrer aux téléspectateurs huit épisodes saison après saison de cette série, si Rodolphe n’a pas un disque dur intérieur occupé par la série. Sur chaque séquence, il sait intimement ce qui se joue en terme de production, de jeu mais, surtout, en terme de sens. Et pour chacun des personnages présents dans la scène et dans la série. Dans chaque épisode, il y a une quarantaine de scènes. Cela signifie qu’il y a quarante sens à donner. A ne pas trahir. A encore jouer mieux. C’est phénoménal.

ILTVSW. Ainsi soient-ils est votre première série. Qu’avez-vous appris au terme de la première et comment commence-t-on la deuxième ou la troisième saison?
Bruno Nahon. Il y a un truc qui continue à m’étonner quand on se réunit, c’est qu’on continue à s’engueuler. C’est pour moi un signe de bonne santé. Cela signifie qu’on est encore plus mobilisé sur la série qu’auparavant. Je ne sais pas si l’on pourra revivre cela. Il y a un alignement de planètes sur cette série entre nous quatre, la chaîne qui est exigeante mais nous fait une confiance totale, qui est fantastique. Plus des comédiens qui sont aussi de vraies rencontres amicales et fortes. Je développe même avec l’un d’entre eux qui veut passer à la réalisation le premier film. Nous nous sommes toujours demandés: « Qu’avons-nous raté? » et dit: « Il faut qu’on l’améliore ». La série s’est construite à la base de façon très très déployée, c’est une série horizontale. C’est un danger. Le danger, c’est l’éparpillement. Le manque de temps nécessaire pour approfondir. Dès que nous nous sommes mis sur la deuxième saison, nous avons choisi de travailler avec moins de personnages. Cela nous a permis d’aller creuser plus profond, de nous recentrer sur le séminaire et de tourner moins de scènes mais des scènes plus longues. Nous avons crée les conditions d’une amélioration sensible. Je pense qu’il y a une urgence à ralentir. Les téléspectateurs viennent avec nous dans ce pacte. Eux aussi ont besoin de ralentir. Internet est l’objet de l’accélération du temps mais la télévision et le cinéma peuvent, peut-être, à certains moments jouer ce rôle de ralentir. De remettre le téléspectateur dans une autre temporalité.
Rodolphe Tissot. J’avais cette sensation, on l’avait tous les quatre avec David Elkaïm et Vincent Poymiro (les scénaristes, NDLR), qu’il y avait quelque chose d’un peu brouillon et de pas totalement maîtrisé surtout dans la deuxième partie de saison. Donc, nous avons travaillé là-dessus et je pense que la saison 2 y a gagné beaucoup. Notamment par un acte concret. J’ai vraiment insisté auprès des auteurs et auprès d’Arte pour qu’on ne commence pas à dialoguer le premier épisode tant que nous n’avions pas un premier séquencier du dernier épisode. Juste pour savoir où on allait et ce qu’on allait raconter. C’était quelque chose qui m’avait manqué en saison 1. Nous avions commencé à tourner avant de terminer d’écrire. Je pense que cette décision a aidé les auteurs et bonifié leur travail. Au lieu de faire quinze versions du premier épisode et de savoir vaguement ce qu’il y aurait dans le huitième, ils ont tout monté en parallèle. Que la saison 2 marche ou ne marche pas, il y a quelque chose qu’on ne peut pas lui enlever, c’est qu’elle est cohérente du début à la fin. Il y a quelque chose d’équilibré.

 

Le sexe, la crise, la mort … les thèmes de la saison 2

 

ILTVSW. Vous avez réalisé l’intégralité de la saison 2, c’est une une tendance que l’on voit s’affirmer même aux Etats-Unis comme récemment avec True Detective ou The Knick
Bruno Nahon. Quand on a commencé et confié la réalisation à Rodolphe, on s’est un peu moqué en nous disant: « Vous le faites à la franchouillarde ». Il y avait un truc pernicieux en France qui consistait à dire: « Le même mec ne peut pas tout faire, il va fatiguer ». Moralité, on ne se préoccupe pas des coutumes et de l’époque. On fait comme on le sent.
Rodolphe Tissot. Je me sens capable de tout réaliser, cela ne me pose pas de problème. Je pense que huit épisodes c’est quand même un maximum. On me dirait il y en a douze, je ne sais pas si cela serait toujours possible. Cela dit, même si je ne suis pas du tout corporatiste « réalisateurs », surtout que j’écris aussi, il y a quand même eu à un moment un discours qui consistait à dire: « Les séries ce sont les scénaristes, les réalisateurs on s’en fout un peu, ils sont là pour tourner le truc ». Quand Ainsi soient-ils est sorti, ce discours était encore bien présent. Alors que je pense qu’une série c’est de l’écriture et de la réalisation.

Titre: Ainsi soient-ils
Créateurs: David Elkaïm, Bruno Nahon, Vincent Poymiro et Rodolphe Tissot
Scénaristes: David Elkaïm et Vincent Poymiro et avec Arthur Harari en co-écriture pour les épisodes 3 et 6 de la saison 2
Cast: Thierry Gimenez, Julien Bouanich, Samuel Jouy, Clément Manuel, Clément Roussier, Jacques Bonnafé, Jean-Luc Bideau, Yannick Renier, Corinne Masiero …
Diffuseur: Arte chaque jeudi à 20h50 et sur Arte Replay

© 2014 ILTVSW – La reproduction partielle ou entière de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW pilot crush: Black-ish

28 Sep

FRA/ENGLISH

Tadaam! Aujourd’hui, au programme, des maths et de la chimie. Oui, c’est possible d’avoir été la pire des élèves en science (0,5/20 au bac à l’épreuve de maths) et d’avoir surmonté le choc post traumatique qui a suivi pour essayer un jour de faire quelque chose avec des chiffres et des formules. Évidemment, il faut qu’un contexte favorise un tel acte de bravoure. C’est le cas aujourd’hui. La rentrée séries TV bat son plein. Une période de vie ou de mort pour les nouveaux venus. Logiquement totalement obsédés par les audiences et les cibles significatives (vous avez entre 18 & 49 ans, eh bien, oui, c’est vous). Bref, les maths, quoi. C’est donc un chemin très dangereux que j’emprunte aujourd’hui. Je vais sagement me concentrer sur une seule équation.

Depuis que j’ai commencé à bloguer, le sujet de ILTVSW a toujours été l’exploration des sentiments durables. Qu’il s’agisse de l’amitié ou, oui disons le mot, l’aaaaamour. Mais, dès cette semaine, j’ai décidé de m’aventurer, de temps en temps, sur le territoire connu en calcul littéral comme X = N – 1. Ce qui traduit en français donne: que se passe-t-il juste avant le sentiment durable? Le crush, quoi. Un truc se passe, on ne sait pas trop quoi. On veut juste qu’il se passe encore. Et encore. Tout le sujet de mon nouveau type de posts ILTVSW pilot crush.

Grâce à la chaîne ABC, je peux me lancer avec un énorme crush. Son titre: Black-ish. Une sitcom qui nous raconte le quotidien d’une famille noire aisée en proie à « un questionnement d’ordre identitaire » résumerait un professeur au Collège de France ou sa « Blackitude » comme dirait le ministre de l’écologie. N’objectez pas qu’il y a trente ans déjà un talentueux artiste appelé Bill Cosby avait montré à la télévision qu’on pouvait être un médecin et une avocate mariés et élever une joyeuse et harmonieuse famille noire. A cette époque, c’était révolutionnaire. Et cela a, sans aucun doute, influencé l’imaginaire collectif américain.

 

Nous ne sommes pas un groupe monolithique 

 

The Cosby Show (*) ou la première étape d’une nouvelle normalité. Black-ish n’aura évidemment pas le même impact. Cependant, il repousse une nouvelle frontière. Il permet à un homme noir, Andre Johnson, de dire haut et fort en prime time à la TV: « Je veux trop que mes enfants soient noirs! » Culturellement noirs. Non, le poulet frit n’est pas du poulet rôti (**) Il ne faut pas rigoler avec les traditions. En s’autorisant cela, la série pose une question: qu’est-ce qu’être noir dans l’Amérique aujourd’hui? Cela suffit-il à définir un individu?

Le titre Black-ish est en anglais un adjectif et, dans le cas qui nous occupe, un début de réponse. Dans la série, les enfants n’ont pas à voir le monde en noir et blanc. C’est parfait aussi, s’ils veulent simplement voir des enfants. Prise de position sacrement audacieuse de Kenya Barris, son créateur. « Je ne souhaite pas que l’on soit fan de tout ce qui est noir parce que je ne le suis pas, dit-il dans une interview à un des blogs d’Indiewire croisant les doigts pour que son travail rencontre le public. Mais, j’ai la conviction qu’il est impératif de voir que nous ne sommes pas un groupe monolithique ».

Pour réussir, le scénariste a choisi d’utiliser tous les clichés. Les préjugés des Blancs comme ceux des Noirs. C’était ultra risqué. La beauté de Black-ish c’est que cela fonctionne sans être blessant mais, surtout, sans auto censure. Les auteurs se saisissent de tous les défis que doivent affronter les États-Unis pour essayer d’entrer, une fois pour toute, dans l’ère post raciale. Tout ça en 21 minutes de TV. Depuis près de 10 ans, j’écris sur la TV et je suis à peu près certaine, qu’une série comme celle-là ne naîtra pas demain en France. Ni le jour suivant, d’ailleurs. Oui Black-ish peut s’améliorer. En attendant profitons du crush. Qui sait, l’amour pourrait bien arriver …

(*) The Cosby Show a été diffusé entre 1984 et 1992 sur NBC soit un total de huit saisons et 201 épisodes.
(**) le poulet frit ou friend chicken est une spécialité culinaire du sud des Etats-Unis souvent vue comme un plat afro-américain

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

 

 

Black-ish (2014-   )
Créateur/Creator: Kenya Barris
Cast: Anthony Anderson (Andre Johnson), Tracee Ellis Ross (Rainbow Johnson), Laurence Fishburne (Pops)
Maths: 13 épisodes
Chaîne/Network: ABC

 

Tadaam! Today it’s all gonna be about mathematics and chemistry. Yes, it is possible to be the worst science student ever (0,5/20 end of high school maths exam grade) and yet not being traumatized enough to give up numbers and formulas when times require an act of bravery. These times have come. It’s Fall TV season. Aka life or death period for the newcomers. The kind of people totally obsessed by ratings, key demo and well, maths. This is not a path I can safely take. Obviously. So today I am going to be focusing to make things right with only one equation. 

Ever since I started blogging, ILTVSW has been about deep feelings weither they were long lasting friendship or, yes let’s say the word, looooove. But this week, from now on and time to time, I have decided to allow myself to explore the N – 1 territory. In others words : what occurs just before deep feelings. The Crush. Something happens and you just know you want that moment to happen again. And again. That’s the all point of my I Love TV so what pilot crush new type of posts.

Thanks to ABC, I can start with a huge crush. Its title: Black-ish. The sitcom tale of an upper middle class black familly struggling with what we would call in France its « blackitude » because of our environment secretary who has a thing with « itude ». Do not object that 30 years ago a brilliant man called Bill Cosby already showed on TV that you could be a doctor and a lawyer happily married and raising a beautiful & joyful black familly. Back then, it’s was revolutionary. And it has obviously impacted the American collective imagination. 

We are not a monolithic people 

 

The Cosby Show was the first step of a new normal. Black-ish will not be as equally important but is doing something crucial. It’s allows a black man, Andre Johnson, on prime time network television to say loud and clear: « God, I so want my kids to be black! » As in culturally black. As in fried chicken is not oven baked chicken. You do not want to mess with traditions. In doing so, it asks a question : what is it to be black in 2014 America? Does it still define an individual? 

The title of the show Black-ish is an adjective and also the beginning of the answer. In the show, kids do not have to see the world in black and white. It’s OK if they just want to see kids. This is a daring statement Kenya Barris, the show creator, is making. « I’m not for having to support everything that’s black, because I definitely don’t, he said in his Indiewire blog interview crossing fingers for the audience to turn up. But I do feel like it is imperative for us to see that we are not a monolithic people ». 

He chose to do so breaking down all the clichés. White people clichés about black people. And the other way around. It was not a safe move. The beauty of Black-ish is that it works without being offensive but also without self censorship. Writers seem to have decided to raise all the issues that America faces to step, for good, in the post racial era. In 21 minutes of television. I have been writing about TV for nearly the ten past years and I am pretty sure, this is not going to happen tomorrow in France. Or not even the day after. Yes, Black-ish can get better. But, let’s enjoy the crush. And hope that love will come around!

Next week in ILTVSW … Oups, not decided yet, sorry.