Archive | Rire/Laugh RSS feed for this section

ILTVSW guest stars : Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon #BaronNoir

21 Fév

FRA/ENGLISH

Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon signent la première série politique française. Les créateurs de Baron Noir ont accepté l’invitation de ILTVSW. De Philippe Rickwaert dépressif à Philippe Rickwaert flamboyant en passant par leur nostalgie d’un certain mâle dominant à la française, les deux auteurs se livrent dans une interview fleuve.

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. Eric Benzekri & Jean-Baptiste Delafon, the French writers & producers of the first French political drama Baron Noir for Canal Plus are the guest stars of the blog today. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English.

 

© Canal Plus

 

ILTVSW. Baron Noir n’est pas la série que vous aviez initialement en tête. Comment et pourquoi a-t-elle évoluée ?
Jean-Baptiste Delafon. Le projet initial était beaucoup plus existentiel. C’était une chronique portrait d’un homme politique qui n’était pas forcément flamboyant. Avec ses moments de creux. Son 15 août sinistre. On était dans quelque chose de beaucoup plus dépressif. Le personnage était déjà Rickwaert mais en plus bizarre. Il en reste beaucoup de ce personnage, d’ailleurs. Mais Canal Plus n’a pas suivi sur cette ligne-là. On nous a dit que le personnage tel qu’il existait dans la première version du pilote était assez minable, comme on peut dire que Soprano est minable, mais pour Baron Noir ce n’était pas un compliment. C’était quelque chose que la chaîne n’était pas prête à faire. Et à mon avis, ils ont eu raison. Ils ont dit : « C’est difficile de faire venir des gens sur la politique. Si en plus on fait une série politique existentielle avec une dramaturgie assez flottante, on ne passera pas. » Les chiffres montrent qu’il y a presque la moitié moins de gens qui viennent que sur Braquo parce que Baron Noir est une série politique. Malgré le casting. Canal Plus a voulu limiter le risque. Je les comprends. La politique plus la dépression, cela faisait beaucoup.

 

Nous avons passé un accord avec Canal Plus, OK on fait de la pure politique mais on surdramatise. 

 

ILTVSW. Comment travaillez-vous ensuite ?
Jean-Baptiste Delafon. La chaîne nous a demandé d’explorer une autre piste. Et si Joël ne s’était pas suicidé ? Nous avons joué le jeu et mis au coeur du récit un enjeu de mystère policier. Cela a été une catastrophe. Cela tenait en un ou deux épisodes. Et puis des tiroirs ne fermaient pas, on avait des casseroles et plus d’espace pour traiter ce que nous avions vraiment envie de traiter. Cela devenait du policier dans un milieu politique. Avec une histoire assez peu intéressante et crédible car on ne tue pas physiquement en politique aujourd’hui en France.

ILTVSW. Comment êtes-vous sortis de cette mauvaise piste ?
Jean-Baptiste Delafon. Le moment où nous nous sommes fait retoquer notre première version existentielle et minable a été très dur. Nous étions furieux. Nous voulions tout arrêter. Nous nous sommes même dit que nous allions faire autre chose. L’orgueil de l’auteur (rires). A Canal Plus, ils nous ont parlé avec beaucoup de douceur. Mais c’est vrai que ce mot minable, qui qualifiait seulement le personnage, on l’a d’abord un peu pris pour notre travail. Finalement, nous nous sommes remotivés pour l’exploration de la deuxième piste. Très vite, les plaques d’immatriculation et les caméras de surveillance nous ont déprimé, nous avons décidé d’être honnêtes et de dire qu’on ne pourrait pas écrire Baron Noir comme ça. Cela a été évident pour les équipes de Canal Plus aussi. Nous avons passé un accord : « OK, on fait de la pure politique mais on surdramatise ». On crame nos vaisseaux. Et Fabrice de la Patellière (directeur de la fiction de Canal Plus, NDLR) a évoqué la possibilité de faire une mini série. Je ne sais pas si c’était volontaire mais cela a été une manière de nous obliger à tout donner. Il y a eu une première phase d’écriture en mode mini série dans laquelle on a musclé considérablement la dramaturgie tout en restant dans une pure série politique. La politique conduisait le récit. Cela a permis de libérer le développement et nous a permis d’avancer assez vite.

 

© Canal Plus

 

 

ILTVSW. Et puis, finalement, lors du lancement de la série certains vous présentent comme le House of Cards française. Ce que n’est vraiment pas Baron Noir
Jean-Baptiste Delafon. Effectivement il n’y a pas grand chose de commun. Ni dans le traitement, ni dans la vision de la politique. Baron Noir est une série dans laquelle le militantisme existe vraiment. C’est très différent d’une partie d’échecs dans les hautes sphères. Nous, on a les pieds dans la gadoue. Nous racontons des histoires très spécifiques à la gauche française à un moment donné de l’histoire de France. Underwood est un psychopathe. Et House of Cards dans la jouissance du cynisme. Il n’y a aucun enjeu de bien public dans cette série. Le bien public est au coeur de Baron Noir. Si Philippe Rickwaert se voyait tel qu’il est réellement, il s’effondrerait. Il est mégalo dans le service du bien public, de l’intérêt collectif, du pays.

ILTVSW. Borgen est beaucoup plus proche… (Eric Benzekri se joint à l’entretien)
Jean-Baptiste Delafon. Nous n’avons jamais parlé de Borgen pendant l’écriture. D’ailleurs, pour être honnête, je n’ai vu que les trois ou quatre premiers d’épisodes et je ne suis pas entré dedans.
Eric Benzekri. Le grand point commun avec Borgen c’est qu’on est ancré vraiment dans un pays. Baron Noir est aussi très locale. Les deux séries montrent qu’il est possible de parler d’un pays en le prenant par le biais politique. Borgen parle superbement du pays et de l’Europe. Nous on voulait parler de la France. Et on a cherché longtemps… Il y a évidemment aussi une parenté avec The West Wing.

J’ai dû voir cinq fois l’intégrale de The West Wing.

ILTVSW. Il y a même deux moments où l’on croit voir un hommage à The West Wing
Eric Benzekri. Il y a une scène dans les cuisines dans The West Wing et dans Baron Noir. C’est logique quand vous discutez de politique à 4 heures du matin, vous avez faim. Très honnêtement, l’hommage est inconscient mais cette série m’a tellement marqué… Nous sommes des éponges. J’ai dû voir cinq fois l’intégrale de The West Wing.
Jean-Baptiste Delafon. Il est impossible de ne pas faire de walk and talk quand on fait une série politique. Même si The West Wing n’avait pas existé, on en ferait. C’est plus un effet de coïncidence. D’ailleurs, aborder une scène en walk and talk est un choix de réalisation. Et Ziad Doueiri, le réalisateur, lui ne connaissait rien en séries. Il était totalement vierge. Il ne s’agit donc pas d’hommages conscients.

ILTVSW. Une bonne série naît d’abord du point de vue d’un auteur. Comment conjugue-t-on les désirs de deux cerveaux ?
Jean-Baptiste Delafon. Comme dans la vie, comme dans l’amour, il faut un peu de chance. Il y a le miracle de la rencontre. Il ne faut pas minimiser cet aspect-là. Nous sommes très amis mais nous nous sommes rencontrés professionnellement d’abord. Baron Noir est le fruit d’années de siphonage et d’émulation. Le troisième Rickwaert est le premier Rickwaert épuré dans un sens. C’est-à-dire délesté de sa dépression. Mais c’est le même.
Eric Benzekri. Exactement. Il a raison.
Jean-Baptiste Delafon. Nous avons conservé l’aspect dominateur, suractif, impactant.
Eric Benzekri. L’aspect viril et sexiste aussi est resté prononcé.

 

Eric est détenteur de l’énergie de Rickwaert.

 

ILTVSW. Comment se concrétise cette fusion intellectuelle ?
Eric Benzekri. Nous sommes ensemble de 9h30 à 18h30. Nous ne faisons que parler. Nous prenons des notes aussi mais elles restent très longtemps minimalistes.
Jean-Baptiste Delafon. Chaque épisode fait ensuite l’objet d’un document point par point de trois pages maximum avant de passer à l’étape du dialogué. Ensuite nous réécrivons énormément.
Eric Benzekri. Pour nous écrire, c’est réécrire.
Jean-Baptiste Delafon. Jusqu’à vingt versions d’un épisode. Il y a même eu des refontes totales pour les épisodes quatre et six. La méthode est celle-là. Le producteur apprend à lire ces documents qui sont très minimalistes. Il se prend la tête. C’est compliqué pour lui. Chaque scène en deux lignes. Il y a une quarantaine de points par épisode. Cela nous permet d’avoir un document très maléable.
Eric Benzekri. En fait, il y a discussion permanente sur tout. Nous sommes sur tous les fronts en même temps. Dans une journée, il peut nous arriver de rester bloqués entièrement sur un point précis de mécanique. Mais, très souvent, nous faisons de la mécanique, puis nous nous concentrons sur un personnage puis nous passons encore à autre chose…
Jean-Baptiste Delafon. Nous ne décidons de rien si nous ne sommes pas tous les deux convaincus. C’est une manière de travailler très fusionnelle et en même temps nous avons nos sensibilités et nos petits avantages comparatifs.

ILTVSW. Quels sont-ils ?
Jean-Baptiste Delafon. Eric est détenteur de l’énergie de Rickwaert. De son hyper violence. Mais je l’ai canibalisé aussi. Il amène ce personnage-là. Après, il y a quelque chose qui m’est plus spécifique c’est vraiment dans l’écriture elle-même. La musicalité que j’apporte de façon un peu plus spécifique à la base. Mais là encore, il m’a énormément siphonné cela. Eric était fasciné par ce style et moi par son apport à lui. Il y a donc un mélange d’un truc très anguleux sur le personnage et d’une tonalité dans l’écriture.
Eric Benzekri. En fait, je ne pourrais pas écrire le Baron Noir avec quelqu’un d’autre. On peut nous adjoindre des auteurs, on en a besoin. Moi j’ai besoin de Jean-Baptiste pour faire du Baron Noir. Nous, on aime dire que c’est une série d’auteurs. Dès que j’ai commencé à travailler avec Jean-Baptiste je l’ai aimé en tant qu’auteur. Souvent quand on travaille une scène, il y a de la compétition et c’est super excitant. Je ne peux pas envoyer une scène moyenne à Jean-Baptiste. Nous avons une volonté d’excellence d’abord parce que nous travaillons à deux.
Jean-Baptiste Delafon. Dans la saison 1, il y a quelques scènes qui illustrent parfaitement cette compète. La scène avec François Boudard dans l’épisode un. Elle est surboostée dans le langage. C’est très extrême ce qu’ils disent.
Eric Benzekri. Oui le « Il a un dossier gros comme ma bite »…
Jean-Baptiste Delafon. Tout cela survient en fin d’écriture. Nous savons très bien que si nous étions du matin au soir sur le mode, je la ramène, cela ne fonctionnerait pas. Cela nous est arrivé de nous le dire d’ailleurs.

 

© Canal Plus

 

ILTVSW. Baron Noir est une réussite mais la série repose tellement sur Rickwaert que si vous n’aviez pas bénéficié du bon Rickwaert, elle aurait pu être totalement loupée. En avez-vous eu conscience ?
Eric Benzekri. Tout le temps, tous les jours. A l’écriture et pendant le tournage. Cela dit assez vite, nous avons senti que le fait de nous appuyer sur un personnage était le point fort de la série.
Jean-Baptiste Delafon. Notre série précédente, La Présidentielle, qui n’a pas été mise en production, était une série à deux personnages qui étaient d’ailleurs un petit peu les deux faces de Rickwaert, c’est un truc qu’on s’est dit récemment. La politique, c’est compliqué, si en plus on part sur plusieurs personnages, en huit épisodes, c’est injouable… Finalement, un seul personnage central, c’était un moindre risque. L’idée, c’était un mec qui emporte tout.

ILTVSW. Est-ce l’impuissance en politique finalement votre sujet ?
Eric Benzekri. Oui. C’est de cela dont Baron Noir parle. Impuissance sur la question européenne, sur la réforme de l’éducation, des idéaux… Tout s’écroule tout le temps.
Jean-Baptiste Delafon. Ce qui demeure c’est la dimension initiatique de la politique comme apprentissage d’un regard sur le monde, émancipation intellectuelle. Mais, aujourd’hui, on est à l’image du pays.

 

Ce qui compte, ce n’est pas le réel, c’est la crédibilité. 

 

ILTVSW. Dans la série vous mettez un nom sur un parti politique, le PS, dans quelle mesure une série politique doit-elle coller au réel pour être bonne ?
Eric Benzekri. Ce qui compte, ce n’est pas le réel, c’est la crédibilité. Il est important de nommer les choses donc c’est le parti socialiste et c’est Mediapart. Cela comptait.
Jean-Baptiste Delafon. Je pense que cette dimension documentaire sur le monde est l’une des promesses de la série contemporaine. Cette strate est nécessaire. Nous travaillons à partir de cela. Nous tentons de transcender pour mieux dire le réel. Pour comprendre le monde dans lequel nous vivons.

ILTVSW. Dans quelle mesure avez-vous eu le final cut sur la série ?
Jean-Baptiste Delafon. Le final cut était collégial.
Eric Benzekri. Si on disait non, c’était non.
Jean-Baptiste Delafon. De même que si Ziad disait non.
Eric Benzekri. Si, sur une proposition de coupe, nous disions non droit dans les yeux en étant méchants, c’était non. En fait, tout était une question de négociations entre Thomas Bourguignon (NDLR, le producteur), Ziad et Canal Plus.
Jean-Baptiste Delafon. Cela faisait du monde. Il nous est arrivé de rester sur deux répliques pendants des heures.
Eric Benzekri. Mais Baron Noir est notre série. Nous en sommes hyper fiers. Et nous l’assumons à 100 %.

ILTVSW. La réalisation est moins forte que l’écriture de la série… Confier son bébé à un réalisateur, c’est forcément impressionnant ?
Jean-Baptiste Delafon. Moi, je trouve que Ziad a réussi des trucs incroyables.
Eric Benzekri. Le mec fait les huit épisodes.
Jean-Baptiste Delafon. Nous n’avions pas le pouvoir de direction artistique. Nous avons travaillé avec un réalisateur de cinéma qui a de l’autorité et de la maturité. Nous avons donc plus travaillé en mode auteurs-réalisateur à la française. Sauf qu’on était vraiment là, qu’on a mis des limites et qu’on l’a accompagné en permanence. Pas du point de vue esthétique mais sur le sens des choses.
Eric Benzekri. C’est difficile de confier sa série à un autre mais cela s’est très bien passé. Vraiment, nous avions très très peur au début.
Jean-Baptiste Delafon. Même de Ziad sur certains aspects parce que c’est un dingue dans le bon sens du terme.
Eric Benzekri. Dans un moment de tension, il y a eu cette formule. On a dit : « Ecoute Ziad, tout ce qui est le texte est à nous, tout le reste est à toi ». Il a répondu : « Attention, ce que tu dis là, c’est très grave. C’est beaucoup tout le reste. » Moi, je pense que le reste n’est rien. Car la série, c’est la primauté à la narration. Donc, quand tu as le texte et que tu en es garant tous les jours sur le plateau, en fait, tu peux trouver de bons compromis. Moi, je ne suis pas réalisateur. Jean-Baptiste l’est plus que moi et je pense que cette transmission du bébé au réalisateur est plus difficile pour lui. Cela va le devenir pour moi maintenant.
Jean-Baptiste Delafon. Il y a vraiment une donnée qu’il faut considérer par ailleurs. La production en France est de l’artisanat total. La création ne bénéficie pas d’un outil industriel qui s’est construit depuis des décennies comme aux Etats-Unis.
Eric Benzekri. Cela dit Baron Noir est plus que notre bébé. Nous avons tout donné. Tous nos talents sont dans la série. Nous sommes capables de faire une saison 2 et une saison 3.

 

Piccoli qui clope, c’est cela qu’on veut.

 

ILTVSW. Kad Merad est formidable dans la peau de Rickwaert mais il était loin d’être un choix évident… Aviez un droit de veto sur le casting ?
Jean-Baptiste Delafon. Kad a fait des essais. Et c’était plié. Il a passé deux scènes dont celle dans laquelle il arrive à convaincre Mehdi, le leader étudiant. Moi, j’ai eu des frissons en le voyant jouer. J’ai pensé à mon père, à plein de choses. Avec Eric, nous sommes des fans de Sautet. D’un certain cinéma des années 70. Du mâle dominant à l’ancienne mais à la Française.
Eric Benzekri. Piccoli qui clope, c’est cela qu’on veut nous.
Jean-Baptiste Delafon. J’étais très angoissé le matin des essais et très heureux le soir. J’ai senti cela traverser.

ILTVSW. C’est un phénomène très minoritaire mais certaines voix reprochent à la série en dépeignant ce qu’elle dépeint de prendre le risque de faire monter le FN…
Eric Benzekri. Il y a un danger à parler de politique tout le temps puisque le FN est haut. Face à cette situation, il y a deux choix. Soit on ne parle plus de politique et on laisse la place au FN. Et donc on va passer de 20 % à 30% de 30 % à 40 % et de 40 % à 51 %, voilà. Soit on parle de la politique, on dit ce qu’elle est et on donne les prises pour changer la vision qu’on en a. Nous pensons qu’avec Baron Noir nous ne faisons pas une série qui flingue la politique. Au contraire, c’est une série qui l’humanise. A partir de là, c’est une bonne clé pour les gens qui veulent combattre le FN. Mais, nous ne faisons pas de tract.
Jean-Baptiste Delafon. La plupart des gens pensent que les hommes politiques sont pourris. Nous, on affirme qu’ils sont pourris mais pas seulement. Infuser sur le pas seulement, c’est déjà cela. Dans ce pas seulement, il y a de la sincérité, de l’humanité, de la construction intellectuelle.
Eric Benzekri. Il n’y avait pas de série politique en France. La politique était réservée aux politiques et aux journalistes politiques. Cela crée un petit choc. Les citoyens, les auteurs, les artistes doivent s’en emparer. Sinon, ce n’est pas sain. Ce n’est pas citoyen. Baron Noir permet de s’interroger autrement. Nous ce qu’on aime dans l’écriture sérielle, c’est qu’elle donne à réfléchir.

ILTVSW. Vous êtes vous posé la question de la responsabilité dans un climat où la classe politique traditionnelle souffre d’un discrédit ?
Jean-Baptiste Delafon. Il y a évidemment plein de moments où nous nous sommes pris la tête, angoissés. Evidemment, la question de la responsabilité s’est posée dans la pratique de l’écriture. L’idée de casser les urnes, de taper du pognon dans une caisse, ce n’est pas par plaisir… Il n’était pas question de décrire un monde où on a le sentiment que la justice est aux ordres de la politique totalement. Ce n’est pas vrai. Certains magistrats sont sous influence mais d’autres non.
Eric Benzekri. En fait, ce que dit la série, c’est que nous sommes dans un état de droit. Ce qui est très important. Nous n’avons jamais cessé de nous poser cette question de la responsabilité. Nous ne sommes pas des pyromanes.

© 2016 ILTVSW – La reproduction partielle ou entière de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW Christmas break 2015 !

20 Déc

FRA/ENGLISH

 

Grey’s Anatomy © ABC

 

Chers sériephiles,

C’est la pause de Noël pour I love TV so what ? Le blog sera de retour le dimanche 24 janvier. En attendant, je suis très curieuse de savoir si, comme moi, vous avez craqué pour 1992, The Grinder & Master of None.

Ou aimé les mêmes personnages…

BFFF Weekly 62 : Jordan… Barbie, Ken, you & us

BFFF Weekly 61 : Andrea… When Ari met Andy

BFFF Weekly 60 : Cookie… Cookie only diet

BFFF Weekly 59 : Dan… Tinder is so 2014

Et, enfin, je ne résiste pas au plaisir de réinviter deux grands auteurs Hagai Levi & Danny Strong

Joyeuses fêtes !

***

 

Dear series addicts,

It’s winter blog break for I love TV so what ? The blog will be back Sunday January 24th. Meanwhile, I would  be happy to know if you shared my crush for 1992, The Grinder & Master of None.

Or loved the same characters…

BFFF Weekly 62 : Jordan… Barbie, Ken, you & us

BFFF Weekly 61 : Andrea… When Ari met Andy

BFFF Weekly 60 : Cookie… Cookie only diet

BFFF Weekly 59 : Dan… Tinder is so 2014

Finally, I can’t resist the pleasure to share again my interviews with great creators Hagai Levi & Danny Strong.

Happy Holidays !

ILTVSW Christmas Gift

13 Déc

Oh the weather outside is frightful
But the fire is so delightful
And since we’ve no place to go
Let It Snow ! Let It Snow ! Let It Snow !

Chers séries addicts cette année pour fêter Noël avant Noël sur I love TV so what ? j’ai décidé de vous offrir une liste magique !

Une liste constituée d’une sélection des meilleurs sites et blogs à suivre pour vivre totalement notre passion commune des séries.

***

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English. English speaking bloggers feel free to contact me if you wish to guest post !

***

Merry Christmas !!!

 

 

For serious talking

I cannot sit still 
Crée par Yaële Simkovitch, spécialiste mondiale de Joss Whedon, le site est éclectique. Yaële y produit des textes, des playlists mais aussi un podcast Il Faut Qu’on Parle aka IFQP et co-animé par Dominique Montay pour de longues conversations avec des invités autour d’un thème.

Dialogue d’auteurs
Dans son podcast Dominique Montay, scénariste, donne longuement la parole aux auteurs français. Parmi ses derniers invités Fanny Herrero créatrice de 10% et Marc Herpoux, co-créateur des séries Les Oubliées, Pigalle la nuit et Les Témoins.

 

For serious reading

Festival Séries Mania

Serial Lovers par Marjolaine Jarry.

Sérierama par Pierre Langlais.

Daily Mars dont la rubrique séries est désormais dirigée par Guillaume Nicolas.

La loi des séries par Karin Tshidimba.

Scénario Buzz par Nathalie Lenoir totalement consacré à l’écriture.

My pen my friend par Clémence Lebatteux pour l’écriture et les analyses de séries.

Erwan Higuinen par Erwan Higuinen pour le ciné, les jeux vidéos et les séries.

 

For serious laughing

Les showrunners  
Julia et Sébastien sont ce que l’on appelle des youtubers géniaux. Ceux qui les regardent savent pourquoi. Ceux qui ne les regardent pas encore vont me chérir jusqu’à fin 2016 de leur avoir permis de faire connaissance avec eux.

For serious blogging

Le Sériel par Yann

Lubie en série par Lubiie

Season Zero par Jean-Maxime

Time of the season par Jérémy

Les plumiers asthmatiques par Stéphane

Sur nos écrans par Elodie et Arnaud

Ladyteruki par Ladyteruki

Small things collectif

Femmes de séries par Cécile

It’s TV news par Nicolas

My télé is rich par Livia

Dimension Séries par Manu

Séries addict so what ? par Astiera

 

La semaine prochaine sur ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star (VF) : Danny Strong co-créateur d’Empire

29 Nov

Danny Strong, le co-créateur d’Empire, était l’invité du Festival TV de Monte-Carlo au mois de juin dernier.

ILTVSW a eu la chance de le rencontrer et de discuter soap & politique.

 

© Fox

 

ILTVSW. Il me semble qu’Empire est le premier soap politique de l’histoire des séries. Avez-vous souhaité évoquer l’Amérique contemporaine dès le début du projet ?
Danny Strong. Je pense que cette dimension a été présente dès le départ pour Lee Daniels comme pour moi. Et je trouve que cette combinaison entre le soap, le drama et les questions sociales fonctionne très bien. Tous ces éléments s’équilibrent parfaitement.

ILTVSW. Pensez-vous que l’approche légère de la série lui donne plus d’impact sur les enjeux sérieux qu’elle aborde ?
Danny Strong. … Et les enjeux donnent plus de force dramatique à sa dimension soap. Oui. Ils s’équilibrent. Ils se nourrissent. Je trouve que les éléments de comédie sont très utiles au drama car ils soulignent cet aspect. Et il est plus facile de faire rire, aussi. Il n’est pas nécessaire d’être très drôle pour être drôle dans un drama. Traiter des questions de justice sociale dans une série à paillettes donne à ces questions plus de résonance. Et les paillettes de la série sont encore plus brillantes grâce à l’autre dimension de la série.

La manière dont nous regardons les séries aujourd’hui est très différente de l’époque de The Wire

ILTVSW. Malgré ces éléments sérieux la saison 1 d’Empire a été un énorme succès. The Wire, qui traitait profondément de justice sociale, de racisme, de traffic de drogue est devenue culte mais n’est jamais parvenue à toucher le grand public. Comment Empire est-elle parvenue à réunir ces deux éléments ?
Danny Strong. The Wire est l’une des séries les plus géniales de ces vingt dernières années. Je pense qu’elle rencontrerait beaucoup plus de succès si elle était lancée aujourd’hui. Notamment grâce au steaming et à la possibilité de regarder toute une saison ou une série d’un seul coup après la diffusion. Le bouche-à-oreille sur The Wire qui s’est produit autour de la saison 3 débuterait beaucoup plus rapidement. Je parie même que la série aurait explosé grâce à cela comme Mad Men ou Breaking Bad. La manière dont nous regardons la télévision aujourd’hui a beaucoup changé. En plus il était difficile de prendre une saison de The Wire en cours en raison de la narration adoptée par les auteurs. Mais regarder cette série était extrêmement gratifiant.

ILTVSW. Le public semble indifférent au fait qu’Empire ait un casting presque entièrement constitué d’acteurs noirs. Pourtant il y a eu un article dans Deadline Hollywood qui affirmait qu’il était devenu difficile pour les acteurs blancs de trouver du travail à la télé. Comment expliquez-vous cette réaction ? 
Danny Strong. Je ne pense pas que cet article soit représentatif de la position de l’industrie. Les gens qui produisent du contenu essayent juste d’obtenir du succès. Avec ScandalHow to get away with murder et Empire, il est devenu évident pour tout le monde qu’il y avait une énorme audience noire sous-représentée à la télévision qui regarde les séries dans lesquelles les personnages principaux sont noirs. Mais un public blanc, aussi. En fait, vous pouvez réunir tout le monde. C’est au-delà de la race. Mon intuition me dit que cela va se banaliser car la seule chose qui intéresse l’industrie, c’est le succès. La multiplication des opportunités pour les acteurs noirs est juste une conséquence de cela. Cet article est simplement ridicule car il y a un nombre incalculable de rôles pour les acteurs blancs. C’est tout.

ILTVSW. Quelles sont les questions sociétales que vous souhaitez aborder en saison 2 ?
Danny Strong. Lhomophobie et la sexualité, certainement. Nous aborderons aussi l’incarcération. Et nous explorerons aussi le harcèlement policier dont font l’objet les Noirs aux Etats-Unis.

Ma philosophie consiste à dire la vérité

ILTVSW. Quand vous abordez ce type de sujets vous posez-vous la question de votre responsabilité d’auteur ?
Danny Strong. Ma philosophie consiste à dire la vérité. Tant que l’on dit la vérité peu importe les conséquences. Cela dit, bien sûr que l’on veut écrire de manière responsable cependant il ne faut pas être donneur de leçon et veiller à être authentique dans l’exploration de ce type de sujets. Cela dit, rien ne me rend inconfortable. Je peux traiter de tous les sujets.

ILTVSW. Le succès d’Empire nous apprend-il quelque chose de l’existence ou non de l’Amérique post raciale ?
Danny Strong. L’Amérique post raciale n’existe pas. Les émeutes et les événements qui les ont provoquées nous montrent qu’il y a encore énormément de racisme aux Etats-Unis. Ce qui est positif, c’est que nous continuons à progresser et l’élection de Barack Obama reflète le chemin que nous avons parcouru.

 

IMG_9021

Danny Strong

 

ILTVSW. Et le divertissement a le pouvoir d’améliorer la situation ?
Danny Strong. Absolument. Le divertissement peut améliorer les choses et mettre la culture en avant. Moi, j’écris pour mettre la culture en avant d’une manière que j’estime positive. Il y a des gens qui pensent que ce que j’écris est horrible pour le pays. Vous savez, l’acceptation de l’homosexualité, la question de l’acception de l’autre versus le racisme… Je vois ces gens comme des ennemis de ce que j’estime être bon et vrai. Et je continuerai de pousser ce que je crois être positif, plein d’espoir, qui relève d’une théorie un peu utopique d’acceptation de l’autre, d’amour et de communion. Ce que Martin Luther King appelait The beloved community.

ILTVSW. Certains ne reconnaissent pas la force de cette écriture soap…
Danny Strong. Cela ne m’inquiète pas du tout. J’écris et je me dis que peut-être les gens regarderont. Dans le cas d’Empire, ils sont extrêmement nombreux à aimer. Certains l’interprètent mal et d’autres, par principe, n’apprécient pas les choses qui ont du succès. Cela ne peut pas entrer en ligne de compte pour moi car, au bout du compte, chacun se fait sa propre opinion. J’écris donc ce que j’ai à dire, j’écris sur ce que j’aime, ce que je pense être une bonne histoire. Ma principale récompense, c’est que j’aime écrire et c’est pour cette raison que je le fais. Quand j’ai le sentiment que j’ai atteint mon maximum, l’accueil de la série est ce qu’il est…

ILTVSW. Que pensez-vous de ceux qui affirment que la comédie n’est pas le bon genre pour traiter de sujets fondamentaux ?
Danny Strong. Ceux qui pensent cela ne connaissent rien au sujet. C’est simple. Il y a tellement de comédies qui traitent de sujets importants comme la politique, l’amour, la race… tout. La comédie est en fait la meilleure manière de les aborder car vous faites rire les gens. Ils digèrent donc mieux les thèmes et les idées que les histoires contiennent.

Titre : Empire (2015 –    )
Créateurs : Lee Daniels, Danny Strong
Cast : Taraji P. Henson, Terrence Howard
Chaînes : Fox, W9 (France)

© 2015 ILTVSW – ne pas reproduire sans autorisation préalable d’ILTVSW

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star (VO) : Danny Strong co-creator of Empire

22 Nov

Danny Strong, the co-creator of Empire, was last June at the Monte-Carlo TV Festival.

ILTVSW was lucky enough to seat with him and talk about soap & politics.

 

© Fox

 

ILTVSW. I think of Empire as the first political soap ever, am I totally wrong or did you actually want to talk about modern America in the show from the very beginning of the project ?
Danny Strong. That was always inherent in Lee Daniels and I doing the show together. And I think the combination of doing a soap that is grounded in a drama that tackles social issues seems to work really well. They balance each other out very nicely.

ILTVSW. Does that approach of dealing with important issues through a joyful show is more efficient in terms of its impact ?
Danny Strong. … And the issues make the soap elements more dramatic. They balance each other out. One feeds the other. I find that comedy is so helpful in drama because it makes the drama more dramatic and it also makes it easier to get a laugh. Because you don’t have to be so funny for something to be really funny when it is in a drama. And I think having issues about social justice in a show that has a sparkle to it makes the social justice issues feel more resonant and powerful and makes the sparkle of the show sparkle even more because it is contradicting the other part of the show.

The nature of how we watch stories now is very different than when The Wire was airing

ILTVSW. Despite these serious elements Empire is a huge success. The Wire,  which was deeply addressing social justice, racism, drug dealing became cult but never was able to score big ratings. How do you explain Empire is saying so many things about the American society and still manage to be a hit show ?
Danny Strong. Well, The Wire is one of the most genius show of the last twenty years. I think it would be so much more successful today than when it started airing. Because of  streaming and because you can just go and watch all the shows at once after they have aired. The word of mouth on The Wire which really seems to happen around season 3 would have happened much faster and I bet you by season 3 The Wire, if it had aired now, would have done what say Mad Men or Breaking Bad did in their season 3 when they really blew up. The nature of how we watch stories now is very different than when The Wire was airing. It was also hard to just jump into in the middle of the season, you really had to start from the beginning because of the way the writers told the story. But if you did it was so rewarding.

ILTVSW. The audience seems not to care about the fact that Empire is an almost totally black cast show and still there was an article on Deadline Hollywood about how difficult it was now for white actors to find jobs on TV. How do you explain that reaction ? 
Danny Strong. I don’t think that that article was representative of the industry at all. I think people that make content are just trying to chase success. They just want products to be successful. With the success of Scandal and How to get away with murder and Empire, it has made crystal clear to everyone that there is a huge black audience that is under-represented in television that wants to watch shows with black leads. And simultaneously you can get a white audience too. You can get any audience. It is beyond race. My gut is you will be seing more of it because the industry is just trying to succeed.  When they started casting, they were looking for more black actors on TV shows it was merely a by-product of that. That article saying it was getting tougher out there for white actors was ridiculous because there is still an endless number of white roles. That’s all.

ILTVSW. What are the social issues you want to deal with in season 2 ?
Danny Strong. Definitely issues of homophobia and sexuality. We will be dealing with incarceration. We will also be exploring police harassment of people of color in America.

My philosophy is just tell the truth

ILTVSW. When you do that kind of writing do think in terms of your responsibility as a writer ?
Danny Strong. I have a philosophy which is : just tell the truth. As long as I tell the truth any blow back I get, I don’t care. As far as the responsibility goes when you are tackling  social issues, yeah you want to do it in a way that is responsible and truthful but also doesn’t feel preachy or spoon fed but like a genuine exploration of these issues. But I am not uncomfortable about anything. I’d talk about anything.

ILTVSW. Does the success of Empire teach us anything about the existence or the non existence of a post racial America ?
Danny Strong. There is no post racial America. These riots and everything we are having show that there is still a tremendous amount of racism in America. But was is positive is that it is moving forward, it is still progressing in such a positive way and the election of Barack Obama was such a reflexion of how far America has come.

 

IMG_9021

Danny Strong

 

ILTVSW. And entertainment has the power to help things get better ?
Danny Strong. I think it absolutely can make things better and can push the culture forward. Why I write is to push the culture forward in a way that I think is positive. There are people out there that would think that what I write about is horrible for the country. You know, acceptance of homosexuality, talking about race issues in a positive way as far as making people more accepting… I view those people as sort of enemies of what I believe to be good and true. And I will keep pushing what I believe to be positive, hopeful, more of an utopian type theory of acceptance, love, people coming together. What Martin Luther King called the beloved community.

ILTVSW. Still some people will not acknowledge the strength of this soap opera form of writing…
Danny Strong. I am not worried about it at all. I just put it out there and hopefully people dig it. It seems to me that an overwhelming number of people seems to really love the show because the show has been embraced in a very massive way. Some people are going to misinterpret it and sometimes people are just contrarian to things that are successful and have to dislike it. I can’t worry about the audience and individuals. Because everyone has a different opinion at the end of the day. I just write what I want to say, what I like, what I think is good story and put it out there. For me the rewarding quality why I do what I do is because I enjoy actually doing it. So once something feels good, like I got into a place where it is just the best I can do to be honest with you then the response is the response.

ILTVSW. What do you think of people who say that comedy isn’t the right form to deal with fundamental subjects ?
Danny Strong. Anyone who thinks it is a sin for comedy to address fundamental issues doesn’t really know what they are talking about. That’s it. There are so many comedies out there that are some of the most insightful satirical important issues addressing politics, love, race… everything. And comedy is actually the best way because you do it in a way where you get people laughing. So the themes and the ideas behind it are more easily digested for them.

Title : Empire (2015 –    )
Creators : Lee Daniels, Danny Strong
Cast : Taraji P. Henson, Terrence Howard
Networks : Fox, W9 (France)

© 2015 ILTVSW – not to be reproduced without a prior authorization from ILTVSW

Next week in ILTVSW, the French version.

%d blogueurs aiment cette page :