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ILTVSW before Christmas Party

15 Déc

FRA/ENG

Ceeeeeelebrate good times come on ! Hum hum hum hum HUM HUM Hum hum Hi Han. There’s a party goin’ on right here. A celebration to last throughout the years… Oups. Sorry, c’est un peu un truc privé ce soir sur I Love TV So What ? En plus, vous êtes carrément en avance et être prise en flagrant délit de Kool and the gang avec une cuillère en bois comme micro, c’est pire que de se faire piquer en train de pleurer devant Gossip Girl. Mais, si c’est mon Karma de Noël, je dois l’accepter. A quoi bon lutter? Surtout que j’ai une bonne raison d’être euphorique. Et, oui…

Mon Noël 2013 ne sera pas banal. Frimer, c’est mal. Normalement, je ne frime jamais. No selfies avec Lady Grantham, pas non plus de posture modeste à côté de Vince Gilligan. Pourtant, ce soir, je le sens que je vais craquer. Je ne peux pas résister. Vous savez qui vient dîner ??? Un truc de fou. Une bande de talentueux sériephiles de la blogosphère. Quatre filles & un gars qui m’ont régalée avec leurs analyses toute l’année. Des blogueurs qui ont accepté de mettre leurs tenues de soirée pour ILTVSW et de venir accompagnés de leurs personnages préférés. Cécile Pinaud de Femmes de séries, Lubiie de Lubie en série, Marion porte-parole dynamique de Séries Chéries, Ladyteruki de Ladyteruki et Yann de Séries, le blog!

Je suis tellement flattée que j’ai ruiné la dinde. En même temps, un volatile qui déshonore la moitié du genre humain, c’est forcément un oiseau de mauvais augure. Et nous, on va passer une super soirée. Parmi les invités, il y a ceux que l’on aime, ceux que l’on ne supporte pas, ceux qui nous manquent. Un concentré d’émotions fortes. Un réveillon, quoi. Tchin et joyeux Noël à tous!

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. The blog is hosting a Christmas party with French TV bloggers. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English. English speaking bloggers you are welcome to contact me to guest post. Happy holidays to you all !

DA1

ILTVSW. Bon alors, on invite qui à notre dîner de Noël ? Quels personnages ont pour vous été incontournables cette année?

Yann. J’ai tout de suite en tête Frank Underwood ! House of Cards version Netflix n’aurait pas eu la même ampleur sans la classe de Kevin Spacey. Le phénomène Netflix et sa mise en avant dans la série l’auront placé au-dessus de la mêlée cette année.

Cécile. Je rêve d’un dîner de Noël (ou pas d’ailleurs) avec les clones d’Orphan Black. Vous imaginez la soirée schizo que l’on passerait ? Ce serait formidable! Alors, forcément, avec ma petite déformation « passionnelle » pour les héroïnes de série, je suis plus encline à les inviter. Les filles d’Orange is the New Black sont fabuleuses. Il y aura toujours une place à ma table (et dans mon cœur) pour Debra Morgan (oui, je suis dans le déni le plus total concernant la fin de Dexter !). Et puis, pour varier un peu, je rajoute Walter Bishop de Fringe ! Je ne cache pas que le dîner risque d’être épuisant !

Ladyteruki. Je sais qu’on n’est pas supposés parler de politique, de religion… ou de sexe à table, mais enfin, imaginez un peu un dîner de réveillon avec le Dr Masters et Virginia Johnson, de Masters of Sex ! On les mettrait face au « pod » de House of Lies, et on regarderait les échanges en sirotant du vin de Noël bien épicé…

Lubiie. Cette année, on va être nombreux autour de la table ! Sarah et ses clones (Orphan Black) occupent sept places mais je fais confiance à Allison pour assurer la préparation du repas. Bill Masters sera de la partie accompagnée de sa sublime acolyte Virginia Johnson (Masters of Sex). Daniel Holden (Rectify) passe son premier Noël d’homme libre depuis sa sortie de prison. Et Piper Chapman obtient une permission de sortie pour se joindre aux festivités (Orange is the New Black). Quant à Kieren, il fête son premier réveillon en zombie mais sa famille est là pour l’épauler (In The Flesh). Espérons que Ryan Hardy et son pire ennemi Joe Caroll feront une trêve le temps des fêtes (The Following). Olivia Pope, son président et sa clique s’occupent des problèmes au cas où (Scandal). Norma Bates participe également à la préparation du repas en tant que responsable d’un motel, elle assure le service (Bates Motel). Les espions russes Elizabeth et Philip (The Americans) prétendent de passer de bonne fête. Enfin, Walter White vient pour célébrer un dernier Noël.

Marion. D’abord, la pétillante Kate de The Trophy Wife (Malin Akerman), parce qu’elle tient bon face aux deux ex-femmes de son mari, aux trois enfants qui viennent dans le package, et qu’elle garde le sourire en toute circonstance. Ensuite, Jackson Hunt de Castle (James Brolin), tueur pour la CIA. A son âge, il a certainement plein de choses à nous apprendre.

Le miracle de Noël

ILTVSW. Parmi les derniers venus, c’est-à-dire les petits nouveaux depuis Noël dernier, qui mérite la place d’invité d’honneur et pourquoi?

Yann. Ma préférence va à Daniel Holden dans Rectify. Aden Young y est fantastique ! Il délivre une performance de celle qui coupe le souffle du sériephile, du grand Art, tout simplement.

Cécile. Virginia Johnson bien sûr. Lizzy Caplan me bluffe chaque semaine un peu plus dans Masters of sex. Je l’imagine bien discuter le bout de gras avec Ichabod Crane de Sleepy Hollow par exemple, le choc culturel par excellence dont elle se tirerait avec panache comme tout ce qu’elle fait !

Ladyteruki. En imaginant que la barrière de la langue soit inexistante (c’est le miracle de Noël !), il faudrait absolument que l’héroïne de Woman, Koharu Aoyagi, apporte sa chaleur et son humanité à la table. Elle peut même amener ses enfants, c’est dire !

Lubiie. Un seul invité d’honneur ! Difficile car celui que je choisis, a sept visages. Sarah Manning et ses clones méritent les honneurs pour cette année.

Marion. Ichabod Crane qui nous vient de Sleepy Hollow (Tom Mison). Son accent et son physique sont craquants. Il a de bonnes manières, il est à la fois beau, intelligent et drôle. L’homme idéal ! Il est né au XVIIIe siècle mais semble de meilleure compagnie qu’un homme moderne. Par ailleurs, ce serait une bonne action de l’inviter, car le pauvre est seul au monde, sans repères. Un bon repas de Noël lui ferait le plus grand bien ! Et pour ne rien gâcher, il est anglais. En fait, Tom Mison, c’est le parfait cadeau de Noël.

Virginia Johnson/Lizzy Caplan – Masters of sex

ILTVSW. Nos amis les personnages américains sont-ils encore au top de leur forme?

Yann. Oui, j’y crois ! Beaucoup aiment à pointer du doigt l’abondance des remakes. D’autres, si ce n’est les mêmes, considèrent qu’il y a eu un âge d’or et qu’il est désormais derrière nous… Je pense, au contraire, qu’il y a une convergence actuelle très forte vers le format sériel. D’immenses talents du septième art vont participer au petit écran prochainement (on peut citer Les frères Cohen, James Gray, Steve McQueen et peut-être même Alexander Payne). Cette année, on a vu des séries visuellement très fortes comme Hannibal ou Top of The Lake, même si elle se situe en Nouvelle-Zélande. Des acteurs comme Elisabeth Moss, Lizzy Caplan, Hugh Dancy ou bien Kevin Spacey et Aden Young n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs.

Cécile. Je crois qu’il n’y a pas trop de souci à se faire pour eux. Je suis d’accord avec Yann. Le discours « ils ne font que des remake » est dépassé quand on voit la qualité des nouvelles séries comme Bates MotelThe Americans, BansheeOrphan Black (à moitié anglaise c’est vrai), Masters of SexOrange is the New Black. Et puis, du côté des anciennes, il y a du lourd et pas seulement sur le câble. The Good Wife en est à sa cinquième saison et est exceptionnelle de maîtrise. American Horror Story étonne chaque saison à sa façon provocante, The Newsroom est brillante, Scandal est une énorme surprise… Arrêtez-moi, on en a pour la soirée, là !

Ladyteruki. Le pessimisme m’agace et mon plus beau cadeau cette année sera qu’on arrête de se plaindre ! Je ne sais pas si ça tient sous un sapin par contre… Franchement, bien-sûr qu’il y a encore des convives américains que je serais heureuse de recevoir pour les fêtes ! Peut-être qu’il ne faut pas, simplement, attendre que les mêmes rois mages délivrent inlassablement les mêmes cadeaux ; à titre d’exemple, Netflix n’a peut-être pas suivi l’Etoile du Berger, mais il a certainement su trouver l’étable !

Lubiie. Chaque année, je suis éblouie par des nouvelles histoires alors je réponds positivement à cette question. Bien sûr, la mode est au prequel (Bates MotelHannibal), aux remakes (Ironside), aux spin-off (The OriginalsAlice in the Wonderland). Même si on a l’impression que les Américains se reposent sur ce qui a marché, il y a quelques perles. Cette année a été également marquée par l’horreur entre la secte de serial killer de The Following, le cannibale Hannibal et l’atmosphère inquiétante de Bates Motel. Du côté des séries existantes, les storylines sont toujours aussi créatives et pleines de surprises.

Marion. Beaucoup de déceptions cette année. Si les reprises sont à leur top (The Good Wife, meilleure saison EVER), les nouveautés ne sont pas à la hauteur et les personnages vraiment insipides. Reste Virginia Johnson, aussi intéressante à suivre que jolie à regarder.

Une rentrée sauvée par les sujets de sa Majesté

ILTVSW. À l’exception du Christmas pudding, qu’ont apporté au petit écran nos amis britanniques?

Yann. Je n’ai pas toujours été très attentif à ce qui se faisait chez nos amis british et je le regrette. J’ai tout de même l’impression que les Anglais étaient bouillants cette année ! Que ça soit avec la très pop Peaky Blinders, la sans concessions Southcliffe ou bien l’étonnante In the Flesh. Je retiens surtout Utopia pour son culot aussi bien formel que dans le récit : une belle claque en somme !

Cécile. J’ai un peu honte de le dire mais sorti de Downton Abbey, je regarde peu de séries anglaises. Cette année, c’était BroadchurchMerlinThe Fall (Gilliaaaaaaaan) et Into the Flesh. Je pense que ça se joue en terme de narration. Je sais qu’à force de regarder quantité de séries américaines, j’ai chopé la structure de ces séries-là et je suis toujours un peu désarçonnée face à une anglaise. Par exemple, impossible de rentrer dans The Hour, je n’ai pas accroché. En dehors de cela, je trouve que c’est moins l’usine en Angleterre, ils prennent tout leur temps (parfois trop), ils soignent peut-être plus leurs œuvres.

Ladyteruki. Beaucoup de bonnes séries, comme toujours; hélas je n’en ai vu qu’une minorité. Les plus marquantes qu’ils aient déposées dans nos souliers cette année étaient sans conteste à mes yeux la très belle What Remains, et The Politician’s Husband. Heureusement qu’on n’a pas eu à attendre pour les déballer !

Lubiie. Je ne regarde pas autant de séries britanniques que des séries américaines mais je dois le dire nos amis anglais assurent en la matière. J’ai été attendrie par l’histoire de Keiran dans In The Flesh, une série de zombie sur la tolérance. J’ai été séduite par les paysages de Top of The Lake et cette histoire touchante proposée par Jane Campion. Les délires de Jon Hamm et Daniel Radcliffe m’ont bien fait rire dans A Young Doctor’s Notebook. Enfin, je viens de voir le pilote de Peaky Blinders et je suis intriguée par cette série.

Marion. Heureusement qu’ils sont là ! Cette rentrée morose a été sauvée par les sujets de la Reine. Quelques coups de coeur récents : Peaky Blinders, The Wrong Mans et la saison 2 de Ripper Street, si cruellement annulée il y a quelques jours. Si l’on remonte sur l’ensemble de 2013, la liste est longue : sans hésiter Utopia, Dates, Plebs, The Mill, In the Flesh, My Mad Fat Diary, The Fall, les secondes saisons de Black Mirror et de Top Boy, et bien sûr Doctor Who, malgré une saison 7 en deçà. Moins d’enthousiasme pour The Escape Artist, la mini-série avec David Tennant qui s’en sort mieux dans Broadchurch. Et la saison 4 de Downton Abbey, que l’on suit toujours avec affection, ne laisse pas une impression fulgurante. En résumé, cette année les séries anglaises auront apporté de vrais personnages, réalistes et attachants, mais surtout de la surprise et de l’originalité, contrairement à des séries américaines qui peinent à tenir le spectateur en haleine et à l’engager émotionnellemment. Il y aurait de nombreuses autres séries à citer mais là on frise l’indigestion de pudding !

Tommy Shelby/Cillian Murphy – Peaky Blinders

ILTVSW. Même question, on remplace le pudding par du poisson fumé, les personnages venus du Nord nous ont ils permis de découvrir de nouvelles contrées émotionnelles?

Yann. Cette année, j’ai découvert Bron/Broen qui date de 2011 et Real Humans qui avait été diffusée en 2012 je crois, ce qui fait de moi un retardataire sur le plan nordique. Et puis, il y avait bien sûr la fin de Borgen. Au-delà du travail admirable que font les Scandinaves, ma seule curiosité trouve toujours de belle choses à dévorer dans leurs séries !

Cécile. C’est surtout une manne de nouvelles idées à adapter manifestement ! Merci The Killing et Broen ! Je fais ma maline parce que là encore, je n’ai vu que Borgen que j’ai vraiment bien aimé mais qui ne figurera jamais dans mon top de l’année. Alors peut-être bien que c’est parce que je viens d’un pays chaud mais je ne suis pas attirée par les séries nordiques. Qui vient de me lancer son saumon ?!

Ladyteruki. Serveur, il y a des boulons dans la sauce à l’aneth ! La diffusion en France m’autorise à chanter une fois de plus les louanges d’Äkta Människor (Real Humans). On se serrera un peu, mais on peu tous les inviter ; on mettra juste les rallonges… électriques !

Lubiie. Je sais, c’est une honte mais je ne regarde pas les créations de nos amis du Nord. Les séries américaines et quelques séries britanniques m’occupent déjà pas mal. Et, on ne peut pas tout voir !

Marion. Novices en la matière, il est temps de passer aux séances de rattrapage ! Vivement, par exemple, la saison 2 de Lilyhammer. Pour rester avec les Norvégiens, il ne faut surtout pas passer à côté de Hellfjord, une comédie/thriller complètement folle qui laisse penser que vivre trop près des pôles a certainement des conséquences magnétiques sur le cerveau. Sans oublier la nouvelle série danoise The Legacy (Arvingerne) qui promet d’être un vrai Festen télévisuel ! Cette année les “scandi addicts” auront eu bien sûr une inclination particulière pour l’ultime saison de Borgen (même si on n’est pas fan de fictions politiques), ainsi que pour Äkta Människor dont la saison 2 vient de commencer.

Bataille de biscuits apéritifs

ILTVSW. Puisque dans toute tablée de réveillon, il faut trouver une bonne raison de se réconcilier ce qui implique d’accepter que le ton monte avant, alors les personnages féminins plus forts que les personnages masculins cette année?

Yann. Généralement, je n’aime pas trop les opposer ! Je ne cautionne pas pour autant une certaine prépondérance de la gent masculine. J’ai toutefois l’impression que les femmes auront le dernier mot cette année puisque la meilleure série du moment nous permet de voir briller l’une d’entre elles ! Je pense à Lizzy Caplan qui fait bien mieux que Michael Sheen dans Masters of Sex.

Cécile. Ah, Marianne, elle est pour moi cette question, n’est-ce pas ?! Nous sommes d’accord que mon objectivité est actuellement à la table des enfants, hein ! Plus fortes, je ne sais pas, plus intéressantes, pour moi c’est indéniable. Quel exceptionnel travail de scénariste a été fait cette année avec des personnages comme Elizabeth Jennings (The Americans), Norma Bates (Bates Motel), Olivia Pope (Scandal), Alicia Florrick (The Good Wife), Birgitte Nyborg (Borgen), Elise Wasserman (The Tunnel) et je me répète avec OITNBOrphan Black et Masters of Sex. J’en oublie évidemment. Alors forcément les hommes ne sont pas aidés. Don Draper a perdu de sa superbe, le mec de Rectify est complètement catatonique, le héros de Banshee est assez « primaire », le patriarche de Downton Abbey n’a aucune ouverture d’esprit… Heureusement qu’il y a Frank Underwood. Donc cette année, oui, avantage aux femmes.

Ladyteruki. Je veux bien qu’on fasse une bataille de biscuits apéritifs, je me propose même de sortir les cure-dents au besoin, mais je préférerais que ce soit autour de sujets d’importance ! Opposer les personnages masculins et féminins est dommage… Mais s’il fallait néanmoins couvrir de louanges l’une d’entre elles, je dirais Alicia Florrick de The Good Wife ; sur les derniers mois de l’année, elle s’est révélée à elle-même !

Lubiie. Ne prônant pas le féminisme ou la guerre des sexes, pour moi, personnages féminins ou masculins peu importe. L’important, c’est que le personnage soit intéressant, original et attachant. Par exemple, dans Masters of Sex, Bill et Virginia forment un superbe duo et l’un sans l’autre, les protagonistes ne seraient pas aussi convaincants.

Marion. Difficile à dire, il y bien sûr l’héroïne “badass” de 2013 incarnée par Elisabeth Moss dans Top of the Lake ; la troupe irrésistible des détenues dans Orange Is the New Black ; mais aussi la froideur terrible de Robin Wright, la Claire Underwood de House of Cards, et enfin le backlash envers Anna Gun, celle qui incarne la femme du antihéros adulé de Breaking Bad, qui l’a conduit à publier un édito dans le New York Times. Cette question nous a fait réfléchir cette année dans une table ronde sur le blog Séries Chéries.

Alicia Florrick/Julianna Margulies – The Good Wife

ILTVSW. Puisque dans toute tablée de réveillon, il faut un moment solennel, les personnages Netflix et Amazon ont-ils fait évolué la notion de personnages dans la conception ou le traitement?

Yann. Avec ces deux-là, on a surtout l’impression que l’on va vers plus d’écoute du téléspectateur, ce qui semble très positif ! Netflix fait ses choix en fonction des goûts de ses abonnés et leur donne la possibilité de tout voir d’un coup. Amazon n’est pas en reste en proposant tout simplement de décider quelle série mérite d’être commandée en incluant le public dans le processus du choix sur pilotes. Est-ce que cela change pour autant leur manière de faire la série ensuite ? Je ne crois pas. Tout cela est encore assez neuf et les deux cadors tentent d’abord d’être crédibles ; ce qui se conçoit en créant des personnages relativement traditionnels pour l’instant.

Cécile. Je n’ai pas eu cette impression. Je pense que si évolution il y a eu, c’est avant tout sur le plan de la diffusion des séries. Je ne crois pas que ça impacte les personnages. Tant House of Cards que Orange is the New Black auraient pu voir le jour sur HBO ou Showtime.

Ladyteruki. Je ne pense pas qu’ils s’en chargent à eux seuls, n’est pas Père Noël qui veut ! Mais, ils contribuent sans aucun doute à bien des avancées, et surtout, officialisent une autre révolution, dans la consommation elle-même. C’est un pas supplémentaire et, maintenant que ces acteurs sortent de la diffusion linéaire, il sera de plus en plus difficile de revenir en arrière.

Lubiie. Le réel changement proposé par Netflix (et Amazon) est davantage au niveau de l’expérience télévisuelle. Même si on peut supposer que ces acteurs sont moins contraints par les tabous des networks et que leur liberté est proche de celle de HBO ou Showtime. Alors, les personnages sont plus osés comme Franck Underwood de House of Cards et certaines des détenues d’Orange is The New Black.

Marion. Si le concept de production des séries peut changer avec ces nouvelles plateformes, on ne peut pas dire que se baser sur les goûts des utilisateurs révolutionne l’écriture des personnages, entre les stéréotypes (Netflix et Amazon et leurs politiciens verreux), le classicisme et le manque de surprise, et parfois même des personnages qui ne tiennent pas sur la longueur notamment dans Orange Is the New Black et les twists qui passent avant toute cohérence émotionnelle.

Paix, amour et foie gras

ILTVSW. Puisque dans toute table tablée de réveillon, il y a toujours quelqu’un qui s’en va en claquant la porte, on met qui dehors cette année?

Yann. J’ai envie de mettre Marc Lavoine dehors ! Je précise que je n’ai rien contre lui mais Crossing Lines, c’était franchement pas ça. Certains me diront que venant de TF1… et oui mais non car il se trouve que j’ai dit du bien de Falco cette année, comme quoi !

Cécile. Moi, je dégage Zoé Hart (Hart of Dixie). Rien de personnel contre Rachel Bilson et j’aime bien la série par ailleurs qui est très fraîche mais cette héroïne c’est tout ce que je déteste : hystérique, qui brasse du vent, qui ne la ferme jamais. Et, en prime, je lui pique son foie gras, na !

Ladyteruki. Mais, absolument pas, cette joyeuse assemblée ne peut qu’être de bonne compagnie ! Il faut dire que je suis très expéditive et que j’ai commencé à mettre pas mal de garnements sur la liste du Père Fouettard voilà plusieurs mois ! Mais, ce soir, je ne suis que Paix, Amour, et Foie Gras.

Lubiie. Dexter ! Même s’il est le serial killer le plus attachant du petit écran, il a raté sa sortie et je lui en veux car je me suis investie dans son histoire pour avoir un final bâclé ! Et je ne suis pas sûre que sa nouvelle vie vaille le coup.

Marion. Sarah Michelle Gellar peut quitter la table pour tromperie sur la marchandise : ses talents d’actrice. Cette année, elle fend le coeur de tous les fans de Buffy contre les vampires et ne semble plus être à la hauteur. Que ce soit dans Ringer ou The Crazy Ones (voir notre review de pilote négative), elle ne paraît naturelle dans aucun rôle. Un acteur de série n’a pas toujours le même succès au cinéma que sur le petit écran et c’est le cas pour Sarah Michelle Gellar. Buffy était peut-être LE rôle de sa vie, qui sait ?

Interdiction de passer commande!

ILTVSW. On fait un vœu pour 2014? Quel personnage manque à la télé?

Yann. Justement, mon souhait, c’est de voir un vrai bon personnage dans une série française ! D’autres l’ont dit avant moi mais il nous faut un anti-héros notamment.

Cécile. Je voudrais faire un vœu qui ne se réalisera pas car il concerne une famille de personnages qui ne reviendra pas : Cesare, Lucrezia et Rodrigo, les Borgias de Showtime vont affreusement me manquer. Je suis verte que la série ait été annulée alors qu’il ne restait qu’une saison à faire. Snif !

Ladyteruki. Pour 2014, je veux plein de découvertes et de surprises ! Je ne veux surtout pas dicter mes attentes et les voir suivies à la lettre : quel ennui… INTERDICTION DE PASSER COMMANDE ! Même les rares séries que j’attends (je ne me pardonnerais pas d’oublier de mentionner Halt & Catch Fire !) devront tout faire pour aller là où je ne les attends pas. Sinon, où est le plaisir ? Allez, à la bonne vôtre, comme on dit par chez moi!

Lubiie. Je souhaite découvrir de nouveaux personnages toujours hauts en couleur et que ceux que j’aime déjà continuent à me surprendre par leurs vies incroyables ! Quel personnage manque à notre télé? Je fais confiance à la créativité des américains, britanniques et autres nationalités pour nous imaginer des personnages extraordinaires. Personnellement, j’apprécie les séries qui s’intéressent à des personnages historiques qui ont échappé à l’histoire comme le gynécologue Bill Masters même si c’est un peu romancé. C’est toujours intéressant de découvrir la vie de quelqu’un qui a existé et dont on ignore tout.

Marion. Exercice périlleux que d’imaginer un personnage qui manquerait aux fictions innombrables que nous regardons à la télévision. Dans un sens, il manque toujours quelque chose, mais dans l’autre, est-on qualifié en tant que spectateur pour imaginer le personnage que les scénaristes n’ont pas créé ? Et si on allait dans le sens d’une plus grande diversité culturelle ? Il y a des efforts de faits aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, ou dans les pays Scandinaves, mais cela reste encore trop anecdotique. Mieux vaut rire devant une comédie pas toujours très fine comme Citizen Khan qui présente frontalement le métissage de notre société, plutôt que de se satisfaire de personnages en demi-teinte passés au crible de l’uniformisation culturelle. Et pour finir, y’en a marre des anti-héros salauds et des femmes névrosées ! Ces modèles doivent-ils être les uniques représentants de l’homme et de la femme modernes dans les séries ?

 

Merry Christmas !

Pour combattre le blues du lendemain de fête, vous pouvez aussi retrouver mes talentueux invités sur Twitter…

@Ccilep auteur de Femmes de séries
@Lubiie auteur de Lubie en série
@SeriesCheries auteurs de Séries Chéries
@ladyteruki auteur de Ladyteruki
@yann_k auteur de Séries, le blog! 

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW craque aussi pour/also loves… Top of the lake

3 Nov

FRA/ENG

Bonne nouvelle. La semaine de la chance commence demain. C’est le moment où jamais de parier, à l’occasion d’un diner en ville, qu’une série télévisée peut constituer une forme d’art. Ce coup de chance, vous le devez à une femme très talentueuse. Avec Top of the lake, ce jeudi sur Arte, Jane Campion signe une perturbante, puissante et magnifique série télévisée. Trois preuves que l’art peut surgir du petit écran.

Sur les pas de Robin Griffin – Elisabeth Moss – un détective qui recherche Tui, une jeune fille de douze ans enceinte et portée disparue dans la nature sauvage néo-zélandaise, la réalisatrice ne nous raconte pas une histoire de flics de plus. Elle explore la solitude qui peut ronger les êtres humains et questionne leur capacité à survivre malgré la rudesse des obstacles méthodiquement placés par l’existence. Sommes-nous au moins capables de cela? Il n’y aura pas de réponse. Mais de nombreuses questions surgiront le long du chemin.

Top of the lake propose presque un aller simple. On ne ressort pas tout à fait indemne de ce voyage émotionnel télévisuel. L’écriture intelligente de Jane Campion associée à Gerard Lee, sa réalisation splendide, le talent incroyable de ses acteurs et la beauté à couper le souffle des paysages néo-zélandais expliquent tout. Pari gagné d’avance, on vous dit.

Série made in New Zealand. Perturbante et intéressante. Potentiel BFFF : total. À regarder : pour trembler, pour réfléchir, pour pleurer.

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

 

 

Titre/title: Top of the lake (2013)
Créateurs/Creators: Jane Campion, Gerard Lee
Maths: 1 saison/season 6 épisodes
Chaîne/Network: Arte

Good news. Starting tomorrow, it’s easy bet week. Attending your next dinner, no chance of losing if you defy the others guests to prove TV cannot be an art form. You might want to thank a very talented woman for this lucky break. With Top of the lake, this thursday on Arte, Jane Campion makes a disturbing, powerful and beautiful television show. Three serious evidences that art has something to do with it.

Following the footsteps of Robin Griffin – Elisabeth Moss – a detective looking for Tui, a missing twelve years old pregnant little girl in the wilderness of New Zealand, the director is not telling another crime story. She is exploring the loneliness of human beings and questioning their ability to survive despite the harshness and the obstacles of life. Can people even do that? There will be no answer. But a lot of questions along the way.

Top of the lake is very much like a one-way trip. No one can easily come back from this emotional TV journey. Thanks to Jane Campion and Gerard Lee intelligent writing, her stunning filming, the incredible talent of her actors and the breathtaking beauty of New Zealand landscape. Told you, an easy win.

Made in New Zealand TV show. Interesting and perturbing. BFFF potential : total. To watch to freak out, to think, to cry.

Next week in ILTVSW… Oops, not decided yet, sorry.

Breaking Bad final: interview de Vince Gilligan

29 Sep

Breaking Bad c’est fini aujourd’hui et c’est triste. Avant la diffusion du dernier épisode de la série intitulé Felina sur AMC, ILTVSW a choisi exceptionnellement de publier à nouveau l’entretien que Vince Gilligan lui avait accordé début septembre à l’occasion du Festival du film américain de Deauville.

Version française

Vince Gilligan s’est rendu à Deauville le week-end dernier dans le cadre du Festival du film américain et de la Saison 4, événement consacré aux séries. Le créateur de Breaking Bad, qui suit Walter White un professeur de science condamné par un cancer du poumon qui devient dealer pour subvenir aux besoins de sa famille, a donné une formidable masterclass. Le 29 septembre prochain la chaîne du câble AMC diffusera le dernier épisode d’une série devenue culte alors qu’en France il faudra patienter jusqu’au 21 décembre date à laquelle OCS lancera la dernière saison. Interview de l’un des auteurs les plus pointus de la télé américaine d’aujourd’hui que ILTVSW a eu la chance de rencontrer près d’une demi-heure.

ILTVSW: En 2008 lorsque vous avez créé Breaking Bad c’était déjà l’âge d’or de la télévision américaine pour les scénaristes, des séries comme les Sopranos ou Six Feet Under étaient déjà de considérables succès. Votre projet avait-il pour but de proposer quelque chose de radicalement différent ou étiez-vous simplement concentré sur votre désir de raconter l’histoire de Walter White?

Vince Gilligan. Un peu des deux. Ce petit homme Walter White m’intriguait et je voulais explorer son histoire. Ce qui est drôle lorsque l’on écrit pour la télévision, c’est que l’on ne connaît pas toute l’histoire au début. Il s’agit d’explorer l’histoire et d’apprendre à connaître le personnage. C’était ce que j’avais envie de faire. Mais je souhaitais également que la série soit différente. Historiquement, les règles de la télévision voulaient que les personnages ne changent pas. Prenez M.A.S.H., Pierce est la même personne dans la saison 1 que dans les saisons 9, 10 ou 11. Les téléspectateurs aux Etats-Unis ont longtemps apprécié cela. Lorsqu’ils allumaient leur télévision, ils voulaient savoir ce qu’ils allaient retrouver et qui ils allaient retrouver. Je savais cela et je me suis dit que cela serait sympa de créer une série dans laquelle le personnage principal dans le premier épisode n’est pas le même que dans le dernier épisode. En d’autres termes, un personnage qui changerait dans chaque épisode, qui deviendrait une nouvelle personne. De sorte que si un téléspectateur ne voyait que le premier épisode et le dernier épisode de la série, il se dirait : Mais je ne reconnais même pas ce gars, que lui ait-il arrivé? Il est différent, il se comporte autrement, il était bon maintenant, il est mauvais… C’est ce que j’ai voulu faire.

ILTVSW: Votre parti pris constituait un réel challenge…

V.G. Effectivement, c’était un challenge. Je voulais me mettre à l’épreuve pour voir si je pouvais créer quelque chose de nouveau et d’original. Nous le savons tous c’est extrêmement difficile d’y parvenir car presque toutes les histoires ont déjà été racontées. Il n’existe en effet qu’un petit nombre d’émotions humaines et toutes les combinaisons entre elles ont quasiment été explorées. Pourtant, nous les auteurs nous continuons d’essayer. C’est exactement ce que j’ai fait avec Breaking Bad, essayé d’être différent.

ILTVSW: Cette histoire d’un homme brisé relevait-elle également du défi pour vous sur un plan plus personnel?

V.G. Comprendre la psychologie de Walt et son comportement n’était pas difficile pour moi. Nous partageons de nombreux points communs. Je n’ai rien de commun avec Heisenberg l’homme qu’il devient. Mais Walter, dans le premier épisode, et moi-même sommes plus semblables que j’aimerais l’admettre. C’est une personne bien intentionnée, il est un peu timide, manque de courage, il n’avance pas dans sa vie avec une force tranquille, c’est même tout le contraire, il est comme somnambule. A la fin du premier épisode, il dit : Je suis réveillé. Je peux comprendre ce sentiment.

ILTVSW: Pourtant ce que vous décrivez n’a pas grand chose à voir avec votre vie…

V.G. Bon, vous savez, pas en ce moment (silence). Quoique cela m’arrive de ressentir cela aujourd’hui encore et certainement au moment où j’ai créé la série. J’allais presque avoir quarante ans et je me sentais très quadragénaire. Je me disais : Mince, il y a des tas de trucs très sympas que je ne ferai jamais. Je n’ai jamais parcouru l’Europe sac sur le dos, je n’ai jamais appris à piloter un avion, ni atteint le sommet de l’Everest, je ne serai jamais président des Etats-Unis… A mesure que vous vieillissez, vous réalisez que vos possibilités deviennent plus limitées. Je pense que Walter White ressent cela aussi. C’est la raison pour laquelle il était facile pour moi de le comprendre.

ILTVSW: L’écriture de la série est brillante comme la réalisation et le jeu des acteurs mais au-delà de cela comment expliquez-vous le fait que Breaking Bad soit devenue un phénomène de la pop culture?

V.G. Je n’en sais rien. J’aurais aimé avoir une belle réponse à cela. Cela me trouble et cela me rend heureux que la série soit devenue un tel phénomène. D’ailleurs, j’ai mis des années à m’en rendre compte. Alors que la série existe depuis six ans, je n’en ai pris conscience que l’an passé. Et il m’a fallu ce voyage en Europe pour prendre la mesure réelle de son succès. Cela fait maintenant trois semaines que je suis en Europe et aujourd’hui est mon dernier jour ici et je peux vous dire que je ne savais pas que nous avions autant de fans en dehors des Etats-Unis. C’est extraordinaire.

ILTVSW: Pour quelle raison la série fait-elle écho chez autant de téléspectateurs?

V.G. Je peux formuler quelques hypothèses. Je vais les partager mais je crains de ne pas vraiment connaître la réponse et cela m’effraie car en tant qu’auteur on a envie de pouvoir connaître de nouveaux succès. Celui-là sera difficile à reproduire car je ne sais pas si j’en ai vraiment tiré une leçon. Je pense d’abord que la série fait écho autour du monde car l’acteur qui joue Walter est particulièrement excellent et facile à apprécier. Son visage inspire la compassion même lorsqu’il fait des choses terribles. Il y a de l’humanité en Bryan Cranston qui touche les gens de manière universelle. Quoi qu’il fasse ils l’aiment. L’autre raison réside je pense dans le fait que Walter White se bat réellement pour faire les choses comme il faut dans le premier épisode et, même si dans les suivants le bien ne l’intéresse plus, il continue de se battre et de travailler dur pour réussir. Rien n’est facile pour lui. Je crois que l’on apprécie les gens qui sont bons dans leur travail, qui triment, surmontent de gros obstacles et qui ne renoncent pas. Des gens qui ont la vie dure mais qui persévèrent. Sans doute car pour nous tous, c’est une remarque très générale mais très vraie sur le genre humain, la vie est très dure de temps en temps. Donc lorsque nous voyons quelqu’un d’autre expérimenter cela et ne pas baisser les bras, nous nous disons : Je peux comprendre cela, je peux regarder cela.

ILTVSW: Donc paradoxalement, il y a un message d’espoir dans Breaking Bad?

V.G. Un message d’espoir, d’un certain point de vue peut-être, oui. J’aime cette idée (rires).

ILTVSW: Vous dites que la force des chaînes de télévision du câble aux Etats-Unis n’est pas la liberté qu’elles offrent mais le petit nombre d’épisodes qu’elles commandent?

V.G. C’est vrai. Nous disposons au maximum de 13 épisodes et ces deux dernières années nous n’en avons eu que 8. Plus vous avez de temps pour écrire chaque épisode et plus vous avez de chance qu’il soit meilleur. Sur les chaînes nationales aux Etats-Unis, les séries, dont certaines sont excellentes, se déroulent sur environ vingt-quatre épisodes par an. J’ai travaillé sur l’une d’entre elles et j’en suis très fier (X Files, NDLR). Quelqu’un qui ne l’a jamais fait ne peut pas comprendre à quel point l’emploi du temps est dingue. Cela ne s’arrête jamais. C’est comme jouer à un jeu vidéo dans lequel vous conduisez une voiture à 200 km/h en essayant d’éviter les obstacles. Impossible de faire une pause pour réfléchir et livrer votre meilleur travail. C’est la raison pour laquelle je ne pourrai pas y retourner comme showrunner.  Je suis trop vieux pour cela, c’est trop dur, c’est trop de travail.

ILTVSW: On dit que la télévision est le média des scénaristes mais vous dites des choses intéressantes sur votre manière de travailler à la façon du cinéma. L’écriture visuelle est-elle la plus importante à vos yeux?

V.G. Je crois que ce que j’ai voulu dire c’est que la télévision est un média de scénaristes mais un scénariste est un conteur d’histoires comme l’acteur ou le réalisateur. J’aime me considérer comme un réalisateur mais je suis d’abord un scénariste. En tant que scénariste, j’aime peindre l’image visuellement. On considère que cela relève strictement du travail du réalisateur. Je ne le pense pas. Je suis convaincu que c’est le travail du scénariste de voir dans sa tête tout ce qu’il écrit, voir tout son film ou sa série avant même que quelqu’un ne lise son travail. C’est une part considérable de mon travail. Si je ne le fait pas avant de le donner aux acteurs ou aux réalisateurs c’est que je n’ai pas terminé mon travail. En tant que showrunner, ce qui prouve que je suis un peu control freak, j’aime pouvoir dire au réalisateur la scène devrait se dérouler ici plutôt que là.

ILTVSW: Le dernier épisode de Breaking Bad sera diffusé le 29 septembre prochain. Ecrire cet épisode est-ce une forme de piège?

V.G. Mon sentiment était très ambivalent. Je ne voulais pas que la série s’arrête. Je voulais qu’elle continue pour toujours mais je savais qu’il fallait y mettre un point final. Cette histoire demandait une fin. Le piège était ma peur de rater. La peur de ne pas réussir à écrire un dernier épisode qui rende les gens heureux, non je devrais plutôt utiliser le mot satisfait. Heureux ou triste ne sont pas des sentiments aussi profonds que satisfait. Je voulais qu’après avoir regardé le dernier épisode les téléspectateurs demeurent un moment dans leur fauteuil et se disent : Quelle fin! Juste comme il le fallait. Je voudrais que les gens ressentent cela.

ILTVSW: Cela a-t-il nécessité un certain courage? Avez-vous pris des risques?

V.G. Je pense que nous avons pris de gros risques. Mes six auteurs et moi avons passé plus d’un an à parler des derniers épisodes et plusieurs mois à travailler sur le dernier. Nous y avons consacré tout ce temps car nous voulions considérer toutes les possibilités. Nous nous sommes demandés : Le final doit-il être un choc total, une surprise que personne n’a vue venir? Ou au contraire le final le plus satisfaisant est-il celui que tout le monde voit venir mais qui convient parfaitement à la série? Je ne vous dirai évidemment pas l’option que nous avons finalement retenue mais toutes ces questions devaient être posées. Il fallait nous demander : Quelle est réellement la bonne fin pour Breaking Bad?

ILTVSW: Avez-vous été tenté de frimer un petit peu?

V.G. Oui, dans ce genre de circonstances, vous voulez frimer un peu. C’est un besoin humain et j’y suis sensible. J’ai écrit et dirigé le dernier épisode. Cela a été très difficile pour moi. Chaque fois que je réalise, j’ai l’impression que c’est la première fois, que c’est un truc nouveau. Mais j’ai le sentiment d’avoir été chanceux de pouvoir le faire et je suis satisfait du dernier épisode. Nous avons frimé un peu et pas seulement dans le dernier mais dans les 8 derniers, et cela a été agréable. J’espère que nous n’avons pas trop frimé. On veut que tout soit parfait. On veut que les proportions du final soient les bonnes.  Mais on veut aussi frimer un tout petit peu.

© 2013 ILTVSW – La reproduction, partielle ou entière, de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star: Vince Gilligan, le créateur de Breaking Bad

15 Sep

Version française

Vince Gilligan s’est rendu à Deauville le week-end dernier dans le cadre du Festival du film américain et de la Saison 4, événement consacré aux séries. Le créateur de Breaking Bad, qui suit Walter White un professeur de science condamné par un cancer du poumon qui devient dealer pour subvenir aux besoins de sa famille, a donné une formidable masterclass. Le 29 septembre prochain la chaîne du câble AMC diffusera le dernier épisode d’une série devenue culte alors qu’en France il faudra patienter jusqu’au 21 décembre date à laquelle OCS lancera la dernière saison. Interview de l’un des auteurs les plus pointus de la télé américaine d’aujourd’hui que ILTVSW a eu la chance de rencontrer près d’une demi-heure.

ILTVSW: En 2008 lorsque vous avez créé Breaking Bad c’était déjà l’âge d’or de la télévision américaine pour les scénaristes, des séries comme les Sopranos ou Six Feet Under étaient déjà de considérables succès. Votre projet avait-il pour but de proposer quelque chose de radicalement différent ou étiez-vous simplement concentré sur votre désir de raconter l’histoire de Walter White?

Vince Gilligan. Un peu des deux. Ce petit homme Walter White m’intriguait et je voulais explorer son histoire. Ce qui est drôle lorsque l’on écrit pour la télévision, c’est que l’on ne connaît pas toute l’histoire au début. Il s’agit d’explorer l’histoire et d’apprendre à connaître le personnage. C’était ce que j’avais envie de faire. Mais je souhaitais également que la série soit différente. Historiquement, les règles de la télévision voulaient que les personnages ne changent pas. Prenez M.A.S.H., Pierce est la même personne dans la saison 1 que dans les saisons 9, 10 ou 11. Les téléspectateurs aux Etats-Unis ont longtemps apprécié cela. Lorsqu’ils allumaient leur télévision, ils voulaient savoir ce qu’ils allaient retrouver et qui ils allaient retrouver. Je savais cela et je me suis dit que cela serait sympa de créer une série dans laquelle le personnage principal dans le premier épisode n’est pas le même que dans le dernier épisode. En d’autres termes, un personnage qui changerait dans chaque épisode, qui deviendrait une nouvelle personne. De sorte que si un téléspectateur ne voyait que le premier épisode et le dernier épisode de la série, il se dirait : Mais je ne reconnais même pas ce gars, que lui ait-il arrivé? Il est différent, il se comporte autrement, il était bon maintenant, il est mauvais… C’est ce que j’ai voulu faire.

ILTVSW: Votre parti pris constituait un réel challenge…

V.G. Effectivement, c’était un challenge. Je voulais me mettre à l’épreuve pour voir si je pouvais créer quelque chose de nouveau et d’original. Nous le savons tous c’est extrêmement difficile d’y parvenir car presque toutes les histoires ont déjà été racontées. Il n’existe en effet qu’un petit nombre d’émotions humaines et toutes les combinaisons entre elles ont quasiment été explorées. Pourtant, nous les auteurs nous continuons d’essayer. C’est exactement ce que j’ai fait avec Breaking Bad, essayé d’être différent.

ILTVSW: Cette histoire d’un homme brisé relevait-elle également du défi pour vous sur un plan plus personnel?

V.G. Comprendre la psychologie de Walt et son comportement n’était pas difficile pour moi. Nous partageons de nombreux points communs. Je n’ai rien de commun avec Heisenberg l’homme qu’il devient. Mais Walter, dans le premier épisode, et moi-même sommes plus semblables que j’aimerais l’admettre. C’est une personne bien intentionnée, il est un peu timide, manque de courage, il n’avance pas dans sa vie avec une force tranquille, c’est même tout le contraire, il est comme somnambule. A la fin du premier épisode, il dit : Je suis réveillé. Je peux comprendre ce sentiment.

ILTVSW: Pourtant ce que vous décrivez n’a pas grand chose à voir avec votre vie…

V.G. Bon, vous savez, pas en ce moment (silence). Quoique cela m’arrive de ressentir cela aujourd’hui encore et certainement au moment où j’ai créé la série. J’allais presque avoir quarante ans et je me sentais très quadragénaire. Je me disais : Mince, il y a des tas de trucs très sympas que je ne ferai jamais. Je n’ai jamais parcouru l’Europe sac sur le dos, je n’ai jamais appris à piloter un avion, ni atteint le sommet de l’Everest, je ne serai jamais président des Etats-Unis… A mesure que vous vieillissez, vous réalisez que vos possibilités deviennent plus limitées. Je pense que Walter White ressent cela aussi. C’est la raison pour laquelle il était facile pour moi de le comprendre.

ILTVSW: L’écriture de la série est brillante comme la réalisation et le jeu des acteurs mais au-delà de cela comment expliquez-vous le fait que Breaking Bad soit devenue un phénomène de la pop culture?

V.G. Je n’en sais rien. J’aurais aimé avoir une belle réponse à cela. Cela me trouble et cela me rend heureux que la série soit devenue un tel phénomène. D’ailleurs, j’ai mis des années à m’en rendre compte. Alors que la série existe depuis six ans, je n’en ai pris conscience que l’an passé. Et il m’a fallu ce voyage en Europe pour prendre la mesure réelle de son succès. Cela fait maintenant trois semaines que je suis en Europe et aujourd’hui est mon dernier jour ici et je peux vous dire que je ne savais pas que nous avions autant de fans en dehors des Etats-Unis. C’est extraordinaire.

ILTVSW: Pour quelle raison la série fait-elle écho chez autant de téléspectateurs?

V.G. Je peux formuler quelques hypothèses. Je vais les partager mais je crains de ne pas vraiment connaître la réponse et cela m’effraie car en tant qu’auteur on a envie de pouvoir connaître de nouveaux succès. Celui-là sera difficile à reproduire car je ne sais pas si j’en ai vraiment tiré une leçon. Je pense d’abord que la série fait écho autour du monde car l’acteur qui joue Walter est particulièrement excellent et facile à apprécier. Son visage inspire la compassion même lorsqu’il fait des choses terribles. Il y a de l’humanité en Bryan Cranston qui touche les gens de manière universelle. Quoi qu’il fasse ils l’aiment. L’autre raison réside je pense dans le fait que Walter White se bat réellement pour faire les choses comme il faut dans le premier épisode et, même si dans les suivants le bien ne l’intéresse plus, il continue de se battre et de travailler dur pour réussir. Rien n’est facile pour lui. Je crois que l’on apprécie les gens qui sont bons dans leur travail, qui triment, surmontent de gros obstacles et qui ne renoncent pas. Des gens qui ont la vie dure mais qui persévèrent. Sans doute car pour nous tous, c’est une remarque très générale mais très vraie sur le genre humain, la vie est très dure de temps en temps. Donc lorsque nous voyons quelqu’un d’autre expérimenter cela et ne pas baisser les bras, nous nous disons : Je peux comprendre cela, je peux regarder cela.

ILTVSW: Donc paradoxalement, il y a un message d’espoir dans Breaking Bad?

V.G. Un message d’espoir, d’un certain point de vue peut-être, oui. J’aime cette idée (rires).

ILTVSW: Vous dites que la force des chaînes de télévision du câble aux Etats-Unis n’est pas la liberté qu’elles offrent mais le petit nombre d’épisodes qu’elles commandent?

V.G. C’est vrai. Nous disposons au maximum de 13 épisodes et ces deux dernières années nous n’en avons eu que 8. Plus vous avez de temps pour écrire chaque épisode et plus vous avez de chance qu’il soit meilleur. Sur les chaînes nationales aux Etats-Unis, les séries, dont certaines sont excellentes, se déroulent sur environ vingt-quatre épisodes par an. J’ai travaillé sur l’une d’entre elles et j’en suis très fier (X Files, NDLR). Quelqu’un qui ne l’a jamais fait ne peut pas comprendre à quel point l’emploi du temps est dingue. Cela ne s’arrête jamais. C’est comme jouer à un jeu vidéo dans lequel vous conduisez une voiture à 200 km/h en essayant d’éviter les obstacles. Impossible de faire une pause pour réfléchir et livrer votre meilleur travail. C’est la raison pour laquelle je ne pourrai pas y retourner comme showrunner.  Je suis trop vieux pour cela, c’est trop dur, c’est trop de travail.

ILTVSW: On dit que la télévision est le média des scénaristes mais vous dites des choses intéressantes sur votre manière de travailler à la façon du cinéma. L’écriture visuelle est-elle la plus importante à vos yeux?

V.G. Je crois que ce que j’ai voulu dire c’est que la télévision est un média de scénaristes mais un scénariste est un conteur d’histoires comme l’acteur ou le réalisateur. J’aime me considérer comme un réalisateur mais je suis d’abord un scénariste. En tant que scénariste, j’aime peindre l’image visuellement. On considère que cela relève strictement du travail du réalisateur. Je ne le pense pas. Je suis convaincu que c’est le travail du scénariste de voir dans sa tête tout ce qu’il écrit, voir tout son film ou sa série avant même que quelqu’un ne lise son travail. C’est une part considérable de mon travail. Si je ne le fait pas avant de le donner aux acteurs ou aux réalisateurs c’est que je n’ai pas terminé mon travail. En tant que showrunner, ce qui prouve que je suis un peu control freak, j’aime pouvoir dire au réalisateur la scène devrait se dérouler ici plutôt que là.

ILTVSW: Le dernier épisode de Breaking Bad sera diffusé le 29 septembre prochain. Ecrire cet épisode est-ce une forme de piège?

V.G. Mon sentiment était très ambivalent. Je ne voulais pas que la série s’arrête. Je voulais qu’elle continue pour toujours mais je savais qu’il fallait y mettre un point final. Cette histoire demandait une fin. Le piège était ma peur de rater. La peur de ne pas réussir à écrire un dernier épisode qui rende les gens heureux, non je devrais plutôt utiliser le mot satisfait. Heureux ou triste ne sont pas des sentiments aussi profonds que satisfait. Je voulais qu’après avoir regardé le dernier épisode les téléspectateurs demeurent un moment dans leur fauteuil et se disent : Quelle fin! Juste comme il le fallait. Je voudrais que les gens ressentent cela.

ILTVSW: Cela a-t-il nécessité un certain courage? Avez-vous pris des risques?

V.G. Je pense que nous avons pris de gros risques. Mes six auteurs et moi avons passé plus d’un an à parler des derniers épisodes et plusieurs mois à travailler sur le dernier. Nous y avons consacré tout ce temps car nous voulions considérer toutes les possibilités. Nous nous sommes demandés : Le final doit-il être un choc total, une surprise que personne n’a vue venir? Ou au contraire le final le plus satisfaisant est-il celui que tout le monde voit venir mais qui convient parfaitement à la série? Je ne vous dirai évidemment pas l’option que nous avons finalement retenue mais toutes ces questions devaient être posées. Il fallait nous demander : Quelle est réellement la bonne fin pour Breaking Bad?

ILTVSW: Avez-vous été tenté de frimer un petit peu?

V.G. Oui, dans ce genre de circonstances, vous voulez frimer un peu. C’est un besoin humain et j’y suis sensible. J’ai écrit et dirigé le dernier épisode. Cela a été très difficile pour moi. Chaque fois que je réalise, j’ai l’impression que c’est la première fois, que c’est un truc nouveau. Mais j’ai le sentiment d’avoir été chanceux de pouvoir le faire et je suis satisfait du dernier épisode. Nous avons frimé un peu et pas seulement dans le dernier mais dans les 8 derniers, et cela a été agréable. J’espère que nous n’avons pas trop frimé. On veut que tout soit parfait. On veut que les proportions du final soient les bonnes.  Mais on veut aussi frimer un tout petit peu.

© 2013 ILTVSW – La reproduction, partielle ou entière, de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star: Vince Gilligan, creator of Breaking Bad

15 Sep

English Version

Vince Gilligan was in France last week to attend Deauville season 4 the American Film Festival event dedicated to TV shows. The creator of Breaking Bad, a show that follows Walter White a science teacher dying from a lung cancer and becoming a drug dealer, gave a great masterclass just a couple of weeks before the last episode of his show, the 29th of September on AMC. Interview of one of the most acclaimed author on American TV. ILTVSW was lucky enough to seat with him for nearly half an hour.

ILTVSW: In 2008 when you created Breaking Bad it was already a super golden age for TV writers, shows like The Sopranos or Six Feet Under were already hits. Your point with your show was it to make something totally different or did you only focus on telling Walter White’s story?

Vince Gilligan. It was a little bit of both. I was intrigued by this little man Walter White I found very interesting and I wanted to explore his story. I wanted to tell his story but the fun thing in writing for television is very often you don’t know the all story, you certainly don’t know all at first, so it is certainly more about exploring the story and learning who this person is and then being able to write about him. And I wanted to do that. But also as to the first part of your point, I wanted the show to be a very different kind of TV. TV historically is about keeping characters consistent, in others words if you watch M.A.S.H. the TV show, Pierce is the same person in season 1 as he is in season 9, 10 or 11 pretty much because historically television audiences in the United States wanted that consistency, when they tuned in to a TV show no matter what year it was, they wanted to know what they were going to get and who they were going to be watching. I knew that and I thought it would be fun to do an experiment and come up with a TV show in which the main character in the first episode is not the main character in the last episode. In other words he changes with every episodes, he becomes a slightly different person so if you have never seen Breaking Bad and all you saw was the very first episode and then the very last episode you would say I don’t even recognize this guy, what has happen to him? He looks different, he behaves differently, he was good now he is bad…

ILTVSW:  Was it challenging at that time?

V.G. Yes it was challenging. I wanted to challenge myself, to come up with something new and original. And it is very hard as we all know to come up with something that hasn’t been done because pretty much every story has been told before. And I think the reason for that is there is only a small number of human emotions so pretty much every possibility of emotions has been told and yet we still strive as writers to do something new and original. And that was exactly what I was doing with Breaking Bad, trying to be different.

ILTVSW: This story of a broken man was it a bit of a challenge also on a personal level for you?

V.G. Understanding Walt’s psychology and it’s behavior was not that hard for me, I have to admit. Because Walter White and I share a lot of similarities. I don’t share too many similarities with Heisenberg the person he turns into. But Walter in his first episode, he and I are more alike that I would care to admit because he is a well intentioned person, who is a little shy, lacks in courage and he doesn’t go forward in his life with great robust strength and instead he kind of coasts through life, he sleepwalks a little bit. In fact in his first episode he says: I am awake once that ends. I could understand that feeling.

ILTVSW: But it has nothing to do with your life…

V.G. Well, it has not now (silence). You know sometimes it has now and then it had too. I was about to turn forty years when I created the show and I was feeling very middle aged and I was feeling like : Gee have I missed my opportunities to do a lot of fun things? I have never backpacked through Europe and stayed at hostels, I haven’t learned how to fly a plane, I haven’t climbed Mount Everest, I am not going to be president of the United States… You realize the older you get that your possibilities become more limited. And I think Walter White feels that way too. So I think he and I had some similarities therefore he was easy for me to comprehend.

ILTVSW: The storytelling is brilliant in your show, the directing and the actors are too but beside that, why do you think Breaking Bad has become such a pop culture phenomenon?

V.G. I don’t know. I wish I had a great answer for that, I wish I did. It confuses me and it makes me very happy that it is such a pop culture phenomenon and it took me years to realize that it was turning into a phenomenon. I only really realized it within the last year even though it’s been on for six years and I have only truly come to understand how big it is on this trip for instance. I have been in Europe for three weeks, this is my last day in Europe, and I didn’t realize how many fans we had outside of the United States and it’s wonderful.

ILTVSW: My question was also why does the show resonate with people so much?

V.G. I have a couple of guesses, I’ll tell you. But I fear that I don’t truly know the answer and that scares me because as a writer you want to be able to repeat your successes and I worry that this one will be hard to repeat because I don’t know that I have completely learned the lesson of Breaking Bad. I would say that Breaking Bad resonates with viewers around the world in part because the actor who plays him is particularly excellent and particularly wonderful and sympathizable. He has a face that you have compassion for even when he does terrible things. There is some humanity in Bryan Cranston that comes across to people all around the world. Even when the character does terrible things people still feel for him. The other reason is that Walter White struggles very hard to do the right thing in the first episode as the show progresses he doesn’t seem to be worried as much about doing the right thing but he is constantly struggling and works very hard to succeed. And even though the things he wants to succeed at are often very bad things it is not easy for him. And people appreciate people who are good at their jobs and who work hard at their jobs and who overcome great obstacles and who don’t give up. People appreciate people who do not have an easy time of it but who persevere nonetheless. Because we all feel, this is a very general and yet true observation about humanity, from time to time that our lives are very hard and therefore when we see someone else having a very hard life and not giving up we say to ourselves : I can get behind that, I can watch that.

ILTVSW: So paradoxically there is an hope message in Breaking Bad?

V.G. A message of hope in some level perhaps, yeah. I like that, yeah (laugher).

ILTVSW: The main strength of cable TV is not for you the freedom it allows but the little number of episodes per season you have to tell a story...

V.G. Yes. At most you have 13 episodes and this last two years we only had 8 episodes. And more time you have to craft each individual episode theoretically the better each of those episode should be. On broadcast television in the United States, some of which is very very good, I used to work on a broadcast show that I was very proud of, we have to do 24 episodes a year. Someone who hasn’t done it could not believe how insane the schedule is. It never ends. It is like playing some video game where you are driving a car at 200 miles an hour and dodging things. It doesn’t allow for you to stop and think things through and do your best work. And that’s why I could not go back to American network television not as a showrunner. I am too old, it’s just too hard, it’s too much work.

ILTVSW. Everybody says that TV is a writers medium but you say very interesting things about your movie like way of writing. The visual storytelling is the most important thing for you?

V.G. I think what I meant was it’s a writers medium but see a writer is a storyteller, just as an actor is a storyteller, just as a director is a storyteller. I’d like to think of myself as a director but I am a writer first. A writers medium meaning that as a writer I like to paint picture visually and very often it’s felt that’s the director’s job and strictly the director’s job. But I don’t see it that way. I see that it’s the writer’s job to visualize everything that she or he is writing, see the all movie or TV show in their head before anyone else ever reads it. That’s a part of my job, an important part. If I haven’t seen the movie in my head before I give it to the actors and the director, then I haven’t done my full job. What I like to do as the showrunner of a TV show, and it shows that I am a bit of a control freak, is to be able to say to the director I think this particular scene should take place here instead of here.

ILTVSW: The end of Breaking Bad will be aired the 29th of September. What was the trap of the final episode?

V.G. It is a very ambivalent feeling. I didn’t want it to end. I wanted it to go on forever but I knew it needed to end because creatively this is a story that demands closure, that demands finality. The trap was the fear I had of failure. It was the fear that I would not come up with a final episode that made people happy, rather I should use the word satisfied people. Happy and sad are not as profound a feeling as satisfaction and I want viewers when they watch the very last episode to seat back in their chairs and just be quiet for a moment and then say to themselves : Wow, that ending, just like it should have. I want people to feel that way.

ILTVSW: Did you need to be brave to finish the job? Did you take a chance?

V.G. I think we took some big chances. My six writers and I spent more than a year talking about these final episodes and months and months talking about the very last one. We spent a long time because we wanted to consider every possibility and we said to ourselves : Should the ending be a complete shock and surprise so that no one sees it coming, is that the most satisfying ending or is the most satisfying ending is an ending that a lot of people see coming but nonetheless it’s proper and feeding? I won’t tell you the answer we came up with but those were all very valid questions. You have to say to yourself what constitutes the correct ending for Breaking Bad.

ILTVSW: Did you ever felt like showing off a little?

V.G. You want to show off a little. There is a human need to show off a little. I am susceptible to it, yes. I wrote and directed the last episode. And it was very hard for me. Every time I direct, I feel like I have never directed before, I feel like it’s a brand new thing. But I feel very lucky to get to dot it and satisfied by this last episode. We got to show off a little not just in the last episode but in all of these 8 episodes and that felt good. And hopefully we didn’t show off too much. You want to do everything just right. You want the proportions of your ending to be correct. But you want a little showmanship too.

© 2013 ILTVSW

Next week in ILTVSW… Oops, not decided yet, sorry.