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ILTVSW pilot crush : Bloodline

15 Mar

FRA/ENGLISH

Certains affirment que les auteurs racontent toujours la même histoire. Obsédés par l’obsession de leur vie. La série Bloodline, lancée par Netflix le 20 mars, ne fournira pas d’argument à ceux qui pensent le contraire. Les frères Kessler et leur vieux complice d’écriture Daniel Zelman se demandent une nouvelle fois dans leur série : qui est le coupable ? en entraînant le téléspectateur dans un thriller à la temporalité explosée. Comme dans Damages, il y aura du sang, beaucoup de secrets … et vous et moi, nous demandant constamment : « Attends, elle a fait ça ? » « Non, c’est pas possible, pas lui, pas ça ! » À cause des bonds dans le temps qu’ils utilisent de nouveau pour raconter leur histoire. Mais, cette fois-ci, leur arène n’est pas un cabinet d’avocat, leur arène est la famille. Une famille. Les Rayburn.

Certains ne le disent pas mais le pensent très fort, nous, les téléspectateurs regardons encore et toujours les mêmes histoires. Obsédés par les enjeux universels que sont l’amour, la haine, la confiance, la trahison. Et le coach Taylor. C’est ce qui a probablement décidé les créateurs de la série à offrir à Kyle Chandler le rôle de John Rayburn. Shérif local et fils bien-aimé d’une famille qui possède un bout de paradis dans les Keys, en Floride. Dès les premiers instants, sa voix, au timbre chaleureusement caractéristique, nous donne l’agréable sensation, et l’espoir fou, de voir Mr T revenir. Les auteurs, ces coquins, ont rendu John Rayburn très semblable. Enfin, presque. Enfin, pas tout à fait. Trop tard, on est piégé !

En fait, John Rayburn serait plutôt un cousin de Eric Taylor. Le même genre de gars qui prend bien soin de sa famille. Mais comme sa famille doit faire face à des problèmes qui rappellent une autre partie du Texas, Dallas plus que Dillon, le couz’ prend finalement de mauvaises décisions. Comme si dans le monde des Kessler/Zelman un brave homme ne pouvait pas demeurer fidèle à sa ligne de conduite. Malgré son motto : Clear eyes, Full hearts, Can’t lose.

Et nous, nous plongeons dans Bloodline pour les mêmes raisons que nous regardions Friday Night Lights. La série nous rappelle combien nous ne sommes rien sans les autres. Mais adopte, pour le faire, un point de vue sombre. En nous montrant ce qui arrive quand une communauté est dysfonctionnelle. Les Rayburn peuvent bien vivre sur une île magnifique. Ils peuvent bien avoir beaucoup plus que Tami et Eric Taylor. Mais leur bout de paradis est pourri de l’intérieur. Il est aisé de deviner que ça n’a pas dû rigoler beaucoup à la table du dîner. Et que les amis des enfants n’étaient pas franchement bienvenus. Sombre endroit que le foyer des Rayburn.

Alors qu’il était extrêmement divertissant de regarder la brillante et folle avocate Patty Hewes détruire ses adversaires dans Damages, j’ai le sentiment que mon crush ne pourrait n’être que furtif pour Bloodline. Dans le monde fou d’aujourd’hui, la famille est l’ultime refuge. Et les personnages dans Bloodline, ressemblent tellement à cette part de nous-mêmes que nous n’aimons pas et passons notre temps à combattre qu’ils ne nous offrent pas la distance distrayante que nous procuraient le méchant JR ou la naïve Sue Ellen. Ils sont si basiquement faibles, médiocres ou bousillés qu’on ne peut pas exclure qu’ils fassent naître, chez certains d’entre nous, une énorme envie de (re) commencer FNL.

La semaine prochaine sur ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

 

© Netflix

© Netflix

 

Titre/Title : Bloodline
Créateurs/Creators : Glenn Kessler, Todd Kessler, Daniel Zelman
Cast : Kyle Chandler, Ben Mendelsohn, Linda Cardellini, Sam Shepard, Sissy Spacek, Chloë Sevigny.
Maths : 1 saison/season
Chaîne/Network : Netflix

They say writers keep telling the same story over and over again. Obsessed by their lifetime’s obsession. Bloodline, debuting March 20 on Netflix, will not prove wrong those who think that way. The Kessler brothers with their longtime writing buddy Daniel Zelman are doing a whodunit back and forth thriller again. Like in their previous show Damages there will be blood, a lot of secrets and you and me constantly wondering : « Wait, she did that ? » « No, come on, he did not ! » Because of the flash forward mode of story telling they are using again. But this time their arena is not the workplace. Their arena is the family. A family. The Rayburn family.

They don’t say but they know that, we, viewers keep watching the same stories over and over again. Obsessed by universal issues such as love, hate, trust, betrayal. And coach Taylor. That’s probably what led the creators to cast Kyle Chandler for the part of John Rayburn. Local sheriff and beloved son of a family that owns a piece of paradise in the Florida keys. From the very beginning of the show, we have the comfort feeling, and the foolish hope, that we are going to get the chance to spend time again with mister T. The writers have made John Rayburn very much coach Taylor-ish. Almost. Not really. Too late, we are hooked.

In fact, John Rayburn is more of a cousin of Eric Taylor. The same type of guy who takes good care of his family. But because of family’s issues that remind us of another part of Texas, Dallas much more than Dillon, he finally makes wrong decisions. Just as if in the Kessler/Zelman’s world a good man couldn’t win not even when he has clear eyes, a full heart and is convinced that he can’t lose.

And we watch Bloodline for the exact same reason we watched Friday Night Lights. It reminds us how important it is to count on each other. But it does it in a dark way. Showing us what happens when the community is dysfunctional. The Rayburn may live on a beautiful island. They may have a lot more money than Eric and Tami Taylor. But their piece of paradise is rotten from the inside. We can easily guess that there were no happy family dinners when the siblings were kids. The door wasn’t probably open to their friends. The Rayburn household was a dark place.

As much as it was fun to follow crazy and brilliant Patty Hewes, the devilish lawyer, destroying her opponents in Damages, we have the feeling that our crush may not last for Bloodline. In our messy world, family is the ultimate shelter. And the characters of Bloodline look so much like the parts of us that we don’t like and keep fighting, meaning no one in the show is JR bad or Sue Ellen naive but just regular weak and mediocre or fucked up, that some of us might just prefer to watch FNL all over again.

Next week in ILTVSW … Oops, not decided yet, sorry.

ILTVSW guest star: Arnaud Malherbe, le co-créateur de Chefs

8 Fév

FRA/ENGLISH

Arnaud Malherbe, coauteur avec Marion Festraëts, de la série Chefs dont il signe également la réalisation a accepté l’invitation de ILTVSW à l’occasion du lancement de la série mercredi soir sur France 2. Du concept au montage, de la création des personnages au tournage, de l’arrière-cuisine à l’influence de Star Wars, Arnaud Malherbe raconte comment sa première série a vu le jour.

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. The french writer and director Arnaud Malherbe co-creator with Marion Festraëts of the TV show Chefs (France 2), exploring the French cuisine from behind the scenes like a Greek tragedy, is the guest star of the blog today. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English.

 

 

ILTVSW. Il n’y a ni flics, ni médecins, ni avocats dans Chefs. Pour un créateur emprunter un chemin artistique en dehors des sentiers battus c’est-à-dire sans pouvoir se raccrocher à un genre fédérateur, c’est grisant ou au contraire impressionnant ?
Arnaud Malherbe. De manière étrange, nous ne nous sommes pas vraiment posés la question de la prise de risque. Nous sommes restés connectés à notre désir, qui n’était pas celui de faire une série et de trouver à quel sujet nous allions nous attaquer. C’est venu beaucoup plus naturellement. Avec Marion, ma compagne, avec qui j’ai créé Chefs, nous nous étions retrouvés devant des documentaires qui traitaient du travail d’une brigade dans un grand restaurant. Cela nous a tout de suite paru être un théâtre dramaturgique extrêmement puissant. Il y avait là des personnages avec des destins très différents, des archétypes presque. Nous avons aussi senti que c’était un univers extrêmement martial, guerrier, hiérarchisé avec des rapports très tendus, parfois violents et même violents physiquement. Mais, c’était également un espace de création, de passion, d’art, d’une certaine façon. La contradiction et la force de ces deux constats nous offraient un espace dramatique dingue à développer. Ce qui nous a sidéré, c’est qu’une série sur le sujet n’existait pas encore alors que la cuisine est l’un des marqueurs culturels les plus forts de l’identité française. C’est très significatif de la manière dont les diffuseurs ne s’emparent pas de ce que devrait être la fiction française. Ils vont faire la 75e série de flic mais pas s’attaquer à un espace socio culturel hors formule procédurale ou comédie familiale pure. C’est un parti pris qui reste très très rare.

 

Faire Star Wars en cuisine 

 

ILTVSW. Une chose est de prendre la mesure de la richesse d’un sujet, une autre est de réussir à en faire une série …
Arnaud Malherbe. Je pense que nous avons sous-estimé la difficulté du projet. Dans Chefs, pour nous les créateurs, il ne pouvait pas y avoir de zone de confort puisqu’il n’y avait pas d’enjeux de vie et de mort. Il fallait inventer une promesse pour le téléspectateur. C’est extrêmement difficile. Cela a mis du temps. Il y a eu une évolution dans la nature même de la série liée aux échanges avec la production et la chaîne. Nous sommes partis de quelque chose qui, à la base, était pour nous plus choral, plus naturaliste et plus social même si nous avions déjà un désir de décalage poétique. Ce désir a rencontré une contrainte éditoriale et industrielle de France 2 qui souhaitait un parcours narratif beaucoup plus resserré autour de deux personnages, de plus feuilletonnant, plus populaire et moins éclaté. Nous avons pris cette direction et nous assumons tout, bien sûr.

ILTVSW. Très rapidement, en regardant la série, on ressent l’influence de la tragédie grecque. Une fatalité moderne à la Star Wars imprime la série … Prendre ce chemin a-t-il été une manière de surmonter le fait de ne pas vous inscrire dans un genre télévisé ?
Arnaud Malherbe. C’est très juste, dans l’esprit, il y a de la tragédie grecque parce qu’ il a fallu trouver un véhicule narratif pour entraîner les téléspectateurs. Et pour notre génération pop, l’une des références est Star Wars qui a vraiment imprimé notre imaginaire. Dark Vador, Luke, l’empereur nous ont aidé à déterminer le comportement de nos personnages. Comme nous n’étions pas dans un cadre rassurant, nous avons été obligés de retrouver des référents sur lesquels nous appuyer pour écrire. Luke représente, par exemple, l’appel du devoir que l’on commence par refuser … Très vite, le téléspectateur peut se dire : « Ça, je l’ai déjà vu, cela m’a ému, je l’ai compris, cela a du sens. » Il n’était pas question de copier mais de s’appuyer sur le même type de mouvements dramatiques et d’émotions. Par ailleurs, se dire : « On va faire Star Wars en cuisine », c’est hyper excitant !

 

 

ILTVSW. Ce travail sur les personnages est capital pour la réussite d’une série … Comment l’avez-vous abordé ?
Arnaud Malherbe. Nous voulions travailler sur des archétypes. Le chef capitaine d’un bateau pirate, le petit gars qui refuse son don travaillé par un trauma d’enfance, le grand méchant loup … Nous avions envie de jouer avec tout cela. Nous voulions nous inventer une fantasmagorie. Nous sommes partis de l’univers pour aller aux personnages. Cela a été assez long. Nous avons mis du temps à trouver le mouvement général de l’histoire. L’une des préoccupations qui a dirigé notre écriture était de faire un feuilleton populaire. Dans un feuilleton populaire, il y a des secrets de famille, on aime, on se déchire, on trompe, on ment …

ILTVSW. On retrouve dans Chefs la fameuse question du rapport père-fils déjà présente dans votre premier long métrage Belleville Story. C’est l’un des sujets majeurs du patrimoine de la dramaturgie, il vous fascine ?
Arnaud Malherbe. Oui, effectivement. On se retrouve avec un héros qui a l’appel du devoir mais le refuse car il ne veut pas accepter le don qui est le sien. L’enjeu est donc celui de l’acceptation mais aussi celui de l’apprentissage. Finalement, c’est un récit initiatique. Il n’y a rien de plus classique que cela. Les structures d’histoire, c’est un peu comme les planètes, elles sont toutes là, elles tournent et on s’en empare. Mais nous racontons toujours les mêmes histoires car nous sommes les mêmes humains. On a besoin de catharsis. De voir des gens faire ce qu’on ose pas faire ou qu’il ne faut pas faire. C’est une médecine. Il y a un patrimoine narratif qui se transmet à partir d’émotions ou de mouvements humains qui existent depuis toujours.

ILTVSW. Votre série ressemble à votre long métrage Belleville Story comme Ainsi Soient-ils ressemble au premier film de Rodolphe Tissot, son réalisateur. Peut-on parler de génération Arte ?
Arnaud Malherbe. Quand l’ancien patron de la fiction d’Arte François Sauvagnargues a été débarqué, je lui ai envoyé un message pour lui dire que je lui serai éternellement reconnaissant de m’avoir donné les clés. Pour moi, cela été capital. La vraie intelligence d’Arte a été d’avoir une politique de premiers films. C’est-à-dire de lancer des projets sans expliquer aux créateurs comment il faut faire les choses. Je me rappelle, quand je suis arrivé dans son bureau, le scénario était déjà écrit mais je n’avais pas de producteur. Il me demande : « Quel film voulez-vous faire ? » Moi, je lui raconte tout le truc pendant une demi-heure. Il me dit : « C’est bon ». Je lui réponds : « C’est bon, on se rappelle, on va retravailler le scénario, c’est ça ? » Il me dit : « Non, c’est bon, on fait le film et on va vous trouver un producteur ». J’ai halluciné. Le mec, c’était le messie, quoi.

 

 

ILTVSW. Cela semble être une tendance générationnelle, l’écriture et la réalisation sont étroitement associées dans les séries d’auteurs françaises. C’est très français de fonctionner ainsi par couples, ce n’est pas le cas aux États-Unis …
Arnaud Malherbe. Je pense que c’est la clé de tout. Nous nous rejoignons avec les Anglo-saxons sur la question du leadership et du continuum. Quelque soit le responsable, il faut qu’il y ait un responsable du début à la fin qu’il soit scénariste showrunner ou réalisateur associé. Sur la question du couple artistique, moi je suis meilleur quand je travaille avec Marion et elle est meilleure lorsqu’elle travaille avec moi. Nous sommes devenus une équipe de création.

ILTVSW. Votre écriture comme votre réalisation utilisent beaucoup le silence … Qu’y puisez-vous ?
Arnaud Malherbe. Je suis convaincu que les scènes les plus belles sont celles où il n’y a pas de mots ou très peu. Celles où l’on comprend les choses car elles sont chargées de ce qu’il y a eu avant et de ce qu’il y aura après … Comme dans la vie. J’aime aussi le sous-texte dans les dialogues. Quand on raconte ses émotions ou ce qui s’est passé comme c’est souvent le cas dans la fiction française, c’est du bavardage mais cela n’est pas intéressant. En revanche, quelqu’un qui dit : « Je te déteste » pour dire je t’aime, ça c’est intéressant. Il faut rassurer les chaînes pour qu’elles prennent conscience que de ne pas dire les choses cela peut être très bien.  Comme nous sommes dans un processus de validation par l’écrit, nous sommes dans une survalorisation de l’écrit. Et, entre l’écrit qui doit devenir une image et le bavardage littéraire, il n’y a pas loin. Il faut vraiment faire attention. Par exemple, c’est très difficile à la lecture d’imaginer la puissance narrative d’une séquence où rien ne se dit. Alors que puisque c’est chargé de quelque chose qui se passe avant, cela devient très beau.

 

Le curseur n’est pas intellectuel, il est émotionnel 

 

ILTVSW. Dans Chefs, on sent vraiment trois niveaux d’écriture le scénario, le tournage et le montage …
Arnaud Malherbe. J’ai vraiment découvert avec la série, l’importance des proportions. C’est vraiment un tiers, un tiers, un tiers. Tu es en permanence en train de réécrire. Les épisodes tels qu’ils seront diffusés mercredi n’ont pas été écrits comme cela. Certaines scènes ont disparu, d’autres sont résumées à un regard, d’autres encore ont été déplacées. Il y a un vrai travail de réécriture au stade du montage.

ILTVSW. Pouvez-nous parler un peu de ce troisième niveau d’écriture ?
Arnaud Malherbe. Nous nous sommes retrouvés en fin de tournage avec tellement de choses à raconter que nous étions comme pris dans un embouteillage de scènes qui passaient les unes après les autres. Il n’y avait pas de moments de respiration. Pour des raisons de temps et d’argent, on raye ces moments sur le tournage. Et finalement, ils manquent. Mes monteurs m’ont vite appelé pour m’alerter. Ils m’ont dit : « Il y a un problème, nous allons à cent mille à l’heure mais il n’y a pas temps pour que les personnages ou les spectateurs aient du recul ou d’espace poétique ». Nous nous sommes donc fait une liste de situations qui pouvaient être utilisées un peu partout dans la série. Je suis allé tourner des scènes qui n’avaient pas de place précise mais qui ont servi de matériau au montage.

ILTVSW. Comment êtes-vous finalement parvenu à forger l’identité de Chefs ?
Arnaud Malherbe. Au montage, on continue de tenter de s’approcher de ce qu’on voulait faire au départ. J’avais deux monteurs super, avec qui j’ai très bien travaillé. Lorsque l’on écrit quelque chose, on ne peut jamais avoir la certitude absolue de ce que ça va donner. Il y a ce dont on rêve, ce qu’on est capable d’écrire et ce que l’on  tourne dans des contraintes artistiques, logistiques, financières … C’est un processus de mutation permanent. Alors, l’ADN de la série est comme une intime conviction. À un moment, on se dit, c’est ça, c’est juste, là ils jouent bien. C’est une projection d’émotions. Si une scène nous touche, elle a du sens. Très souvent chez les créateurs, on parle de mode de travail, de structure de narration et jamais, peut-être parce que cela va sans dire, de connexions émotionnelles avec le travail. Quand un créateur est connecté émotionnellement avec une scène, qu’elle fait sens pour lui, il doit tenir. Le curseur n’est pas pour moi intellectuel. Il est émotionnel.

Titre: Chefs
Créateurs: Marion Festraëts et Arnaud Malherbe
Cast: Anne Charrier, Annie Cordy, Joyce Bibring, Clovis Cornillac, Hugo Becker, Nicolas Gob, Robin Renucci, Zinedine Soualem
Diffuseur: France 2 chaque mercredi à 20h50

© 2015 ILTVSW – La reproduction partielle ou entière de cet entretien n’est pas légale sans l’accord préalable de ILTVSW.

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

Retrouvez ce billet dans la sélection hebdomadaire Séries Mania

 

ILTVSW craque aussi pour/also loves … Togetherness

18 Jan

FRA/ENGLISH

Bonne nouvelle, les gens ! Le fameux « Il n’y a pas de problème car, devinez quoi, il y a toujours une solution » n’est pas uniquement le pitch du prochain hit de Noël de Walt Disney mais, peut-être, la vérité de l’année. Ou, au moins, du mois de janvier. Et même si cela ne devait concerner que la semaine à venir, cela serait, de toute manière, positif. Prenons donc un moment pour l’apprécier.

Surtout ceux d’entre nous qui sommes à la fois tout excités par la nouvelle saison de Girls et totalement déprimés car ce retour signifie également que la série aura une fin, un jour. Et que, c’est mathématique, plus nous regardons d’épisodes plus nous nous rapprochons de l’épilogue. Constat qui subséquemment (oui, j’ai fait mes devoirs pendant les vacances de Noël) implique que nous allons devoir accepter de retourner à la réalité de notre solitaire existence bancale (*) et essayer, tant bien que mal, de survivre dans notre monde étrange. Une perspective tellement triste que des larmes de mélancolie ont noyé celles de mon rhume de saison lorsque j’en ai pris conscience.

Mais si, malgré tout (oui, le changement climatique est une chose effrayante mais ce n’est pas ce que j’ai en tête), j’ai réussi à revenir de vacances avec un grand sourire sur le visage, c’est parce que j’ai une nouvelle formidable à partager. Quand nous aurons fini de nous apitoyer sur notre sort devant une bande de futurs trentenaires, nous aurons le plaisir fou de nous plonger dans les bizarreries de quasi quadragénaires.

Grâce à Togetherness, la nouvelle série HBO, croyez-moi, il n’y aura bientôt rien de plus sexy que de fêter ses 70 ans malgré les dommages collatéraux (mon intuition me dit que l’équation seins/pesanteur est la partie positive du problème). Principalement car, avouons-le, depuis que Carrie Bradshaw a pris sa retraite sur HBO, le sexe n’est plus un truc rigolo. Pour être précis, plus un truc rigolo à pratiquer. Pour une fois, nous le héros de notre vie > le héros du petit écran. Ce qui est assez rare et enfin équitable. En gros, dans Togetherness, notre vie pourrie n’est rien à côté de la sienne. Cela fait un bien fou. Surtout, lorsque l’un des personnages principaux en question est interprété par la divine Amanda Peet.

La meilleure nouvelle apportée par la série est qu’en dépit de la tristesse inhérente (les devoirs, aussi) à l’âge adulte, nous avons toujours l’opportunité d’expérimenter des petits plaisirs de la vie dont nous n’imaginions même pas l’existence. Comme celui de shooter dans une canette vide sur une pelouse entourés de nos amis sous Prozac (ou bientôt) et sans les enfants.

Il faut que tout change pour que rien ne change. Cette réplique célèbre d’un film inoubliable ne doit être vraie qu’envisagée à grande échelle. Car, du point de vue de l’intime, inutile de nous fatiguer à essayer. Toute tentative n’aura aucun effet, positif ou négatif, sur ce qu’est intrinsèquement (😉) l’expérience humaine. Grâce à Togetherness et aux frères Duplass, ses créateurs, nous savons que les truc pourris du quotidien sont la chose que nous avons en commun à 20, 33 ou 42 ans. Rien ne changera cela. Mais cela n’est pas forcément une mauvaise nouvelle car, au bout du compte, c’est aussi cela qui nous rassemble.

La semaine prochaine dans ILTVSW … Oups, pas encore tranché, désolée.

(*) Chéri, pour mon premier post de l’année 2015, je tente la figure de style. Il s’agit là d’une hyperbole. Elle se classe dans la catégorie des amplifications. Rien de personnel, donc.

 

Togetherness © HBO

 

 

Titre/Title: Togertherness (2015)
Créateurs/creators: Jay Duplass & Mark Duplass
Cast: Amanda Peet, Melanie Lynskey, Mark Duplass, Steve Zissis
Maths: 8 épisodes/episodes
Chaîne/Network: HBO, OCS en France

Good news, people ! The « there is no such thing as a problem because guess what, there is always a solution » is actually not only the pitch of the Walt Disney next Chrismas hit but maybe the truth of the year. Or at least of the month. Anyway, it is good news even if just for the week to come so let’s appreciate it. 

For all of us who are both totally excited by the new season of Girls and totally depressed because it means that the show is going to end one day. And mathematically the more episodes we watch, the closer we get to its end. Which subsequently (yes, I did some homework during Christmas break) means that we are going to go back to our fucked up people loneliness (*) trying to make it through the day in our weird world. And that is such a sad perspective that tears of melancholia drowned the tears from my cold when I realized it. 

But if, despite of everything (yes climate change is very frightening but, no, it is not that), I managed to comeback from my vacation with a large smile on my face, it’s because I have an awesome news to share. When we will be done feeling sorry for ourselves in front of a bunch of twenty close to thirty something, we will have the insane pleasure to dive into the forty something weirdness. Thanks to Togetherness, the new HBO show, believe me there will soon not be sexier perspective than the one of reaching 70 despite the collateral damages (my intuition tells me that the boobs issue is the best part of the problem). Mainly because let’s face it on HBO since Carrie Bradshaw retired sex is not anymore a funny fun thing. Meaning it is still funny to watch. Not to experience. And that’s only fair that for once we the heroes of your own life > the hero of the small screen. Meaning that our shitty life is nothing compared to his. It feels great. Especially when one of the characters is played by the absolutely perfect Amanda Peet. 

The best news is that despite the inherent (homework too) sadness of the adult experience we still get to enjoy small things in life that we do not even imagine. Like shooting in a can on a lawn with depressed (or soon to be) friends and without the kids. 

Things need to change in order that nothing changes. A powerful line in an unforgettable movie. Well, that must be a large scale truthness. Because on the intimate level don’t bother to make a change, man. It will have zero effect good or bad on what is intrinsically (😉) the human experience. Thanks to Togetherness and the Duplass brothers, its creators, we now know that this all daily shit is the one thing we have in common at 20, 33 or 42. Nothing is going to change that. But it doesn’t have to be bad news because, at the end of the day, it’s what brings us together. 

Next week in ILTVSW … Oops, not decided yet, sorry.

(*) Darling, in 2015, I am trying something new. It’s a stylistic device called an hyperbole. The point is to exaggerate. It is not to be taken personally. 

ILTVSW before Christmas party 2014

7 Déc

FRA/ENGLISH

You better watch out. You better not cry. Better not pout. I’m telling you why. Santa Claus is coming to town. He’s making a list. And checking it twice. Gonna find out Who’s naughty and nice. Santa Claus is coming to townnnnnnnnn !!!!  Non, ne rafraîchissez pas la page, vous êtes bien sur I love  TV so what ? Ce soir, j’ai décidé de recommencer à croire au Père Noël. Comme il n’est pas impossible qu’une fois encore je sorte désappointée de cette affaire, j’ai invité quelques plumes stars de la blogosphère séries pour ma désormais traditionnelle (considérons que deux éditions = une tradition) before Christmas party. Ensemble, nous boirons pour ne pas oublier que de toutes les manières, pour nous, le père Noël est déjà passé. C’est vrai, non ? 2014 a été une année riche en émotions fortes pour les sériephiles.

J’ai le grand plaisir de recevoir les très élégantes Cécile de Femmes de séries , Livia de My TV is rich !, Alix du Daily Mars. Et je remercie Yann de Séries, le blog ! et Stéphane des Plumes asthmatiques d’avoir accepté de porter un smoking pour moi. Une soirée de rêve en perspective que nous allons partager avec nos personnages préférés et … vous.

Tchin et joyeux Noël à tous !

To my readers, exceptionally ILTVSW will only be French speaking this week. The blog is hosting a Christmas party with French TV bloggers. But as soon as next week things will be back to normal meaning French & English. English speaking bloggers feel free to contact me if you wish to guest post ! Happy holidays to you all !

 

ILTVSW. Les sériephiles vont-ils se saouler au champagne pour tenter d’oublier 2014 ou, au contraire, pour essayer d’accepter les nouveautés 2015 ? Autrement dit 2014 a-t-elle été un grand cru ?

Alix. Je ne sais pas pour vous les copains, mais moi, je lève mon verre à cette année 2014. Comme tous les ans, tout n’est pas à garder. Pourtant, 2014 a quand même été remplie de nouveautés enthousiasmantes. J’ai passé de très très beaux moments avec You’re the Worst, Transparent, Looking, The Affair, Detectorists, The Knick, Inside n°9, Dates et bien d’autres.

Cécile. C’est peut-être le lait de poule qui parle à ma place mais je suis très satisfaite de mon année sérielle bien que les nouveautés de la rentrée 2014 soient pratiquement toutes restées sur le carreau après le pilote. Je ne garde que The Flash, Madam Secretary et How to get away with Murder mais sans grande conviction. Plus tôt dans l’année, je suis tombée sous le charme de Mom, Faking it et de The Honourable Woman. La CW frappe fort avec The 100, une véritable surprise. Quant aux séries plus anciennes, elles se sont dans l’ensemble toutes maintenues à un bon niveau (Masters of Sex, Orphan Black, OITNB, The Walking Dead, GoT, Downton Abbey) ou ont carrément dépassé mes attentes. Arrow est devenu particulièrement passionnante, Grey’s Anatomy fait un début de saison 11 de folie, The Good Wife se réinvente continuellement et même Once Upon a Time, qui est pourtant souvent écrite et jouée avec les pieds, m’intéresse grâce à l’arc « Reine des Neiges ». Oui, le Ravi de la crèche, c’est moi !!!

Livia. 2014 a été un grand cru sur de nombreux aspects. Sur un plan quantitatif, l’année est venue confirmer la multiplication de l’offre en séries, avec une concurrence accrue et des ambitions manifestes de s’imposer dans un marché en mutation. On parle beaucoup de Netflix, mais Amazon avec Transparent a, par exemple, frappé fort, en proposant une série extrêmement intéressante qui démontre toutes les possibilités ouvertes par ces nouveaux venus. Outre les productions originales, ces acteurs récemment débarqués dans l’univers du sériephile l’habituent aussi aux miracles … c’est-à-dire aux résurrections – qui sont une raison supplémentaire de se sentir gâté – : Netflix a ainsi poursuivi sur cette voie –le récent sauvetage de Longmire pour une saison 4 -, mais on peut aussi citer Amazon qui s’y met également et en profite pour introduire de nouveaux modèles de financement avec la saison 3 de Ripper Street par exemple, sauvée de l’annulation de la BBC en Angleterre : la série est actuellement proposée sur la plateforme d’Amazon, mais elle sera aussi par la suite diffusée sur BBC1. De nouvelles chaînes pointent aussi le bout de leurs programmes : aux Etats-Unis, par exemple, WGN America a alterné le pire et le meilleur, mais elle a certainement réussi quelque chose avec la première saison de Manhattan. En Angleterre, c’est Channel 5 qui a renoué cette année avec les créations originales, proposant un cop show dont l’originalité est de reposer sur la semi-improvisation de ses acteurs, Suspects : de quoi apporter un peu de fraîcheur dans un genre policier surexploité !

Yann. Pour ma part, ce sera mi-champagne mi-foie gras, ou plutôt devrais-je dire mi-figue mi-raisin. La rentrée n’a pas répondu à mes attentes. Les networks continuent de me décevoir et si le câble était en verve – surtout sur la première partie de l’année – j’aurais aimé avoir au moins un ou deux petits coups de coeur à l’automne !

Stéphane. Un grand cru, je ne sais pas mais sûrement une sacrée année ! Ca faisait longtemps que je n’avais pas autant vibré grâce à des nouveautés : True Detective, The Leftovers, You re the worst, Manhattan, The Knick, The Honourable Woman, Detectorists, Outlander, Série Noire, Olive Kitteridge … Puis, il  y a eu The Good Wife, avec sa saison 5 et sont début de la saison 6, qui a elle seule sauve une année de sériephile. Bref, je suis passé par toutes les émotions en 2014 et qu’est-ce que j’aime ça ! Ce fut un vrai tourbillon exacerbé par de nombreuses prises de risques, des choix artistiques, des histoires et des personnages passionnants.

 

Magie des Christmas specials

 

ILTVSW. Noël, c’est le moment où jamais de pardonner, non ? Quels scénaristes méritent que l’on fasse un petit effort et que l’on poursuive leur série ?

Alix. The Big Bang Theory, comme beaucoup de séries qui ont déjà beaucoup de saisons, est assez inégale. Après une longue période un peu lassante la fin de la saison 7 m’avait vraiment redonné goût à la série. Le début de saison 8 est loin d’être aussi bonne. Et pourtant, pourtant, il faut leur pardonner. L’existence même du personnage d’Amy Farrah Fowler mérite beaucoup de pardon pour les moments flottants de la série. Ce petit bout de femme, scientifique, qui n’est pas un canon de beauté classique, a envie d’être aimé sentimentalement et physiquement et elle n’hésite pas à le dire. Elle aime son homme, Sheldon, entièrement, sans vouloir le changer. Elle respecte le rythme différent qu’il impose à leur relation mais ne cache pas pour autant ses attentes et ses envies. Pour elle, Chuck Lorre et Bill Prady sont pardonnés.

Cécile. Je n’ai jamais autant abandonné de séries que depuis la rentrée de septembre. Je crois que je deviens grande et mature et que j’arrête de regarder pour regarder. Ca vaut bien un cadeau de Noël, ça non ?! Donc, en gros, je poursuis toutes celles citées plus haut mais aussi Scandal (Team Shonda), Vampire Dairies, Chicago Fire, Sleepy Hollow, About a Boy … Je me force clairement avec Modern Family et The Affair. Je boude possiblement définitivement les scénaristes de Revenge, Castle, Bones, Elementary et American Horror Story. Na!

Livia. La série que Noël va (encore) sauver dans mes programmes, cette année, c’est certainement Downton Abbey. Julian Fellowes peut donc dire merci aux fêtes. La nouvelle saison diffusée cet automne a confirmé un certain essoufflement, une répétition de recettes qui ne se renouvellent pas et finissent par lasser à force de voir s’user à l’écran les mêmes ressorts narratifs. Mais, comme nous sommes en Angleterre, un cadeau attend le sériephile au pied du sapin : le fameux Christmas special. Rendez-vous incontournable s’il en est : s’il y a un trait grâce auquel on reconnaît le sériephile, c’est son incapacité naturelle à dire non à un Christmas special. Ceux de Downton Abbey ont pourtant pu traumatiser durablement – et plomber toute une semaine de fêtes soudainement reconvertie en phase de construction de pyramides de mouchoirs. Mais, ils ont aussi su faire vibrer notre cœur trop émotif : souvenez-vous, jadis (en 2011), de Mary et Matthew sous la neige devant leur château. Tout est donc possible. On sait seulement que, quoiqu’il advienne, on ne restera pas insensible devant le Christmas special de Downton Abbey. Et donc, j’ai beau avoir laissé filer la saison 5 après son premier tiers cet automne, je sais que je n’y résisterai pas : portée par l’esprit des fêtes, je vais m’empresser de finir la saison précédente à temps pour pouvoir déballer ce cadeau … Un petit effort pour Downton Abbey !

Yann. Je pense qu’il faut accorder son pardon au duo Benioff/Weiss, les showrunners de Game of Thrones ! Aujourd’hui, de nombreux observateurs avisés tombent à bras raccourcis sur une série à l’ampleur débordante. L’adaptation d’un matériau original complètement éclaté tient pourtant la route. Et puis, je ne saurai trop encourager un duo qui continue de refuser la facilité de scènes d’action au profit de tirades politiques jamais gratuites !

Stéphane. Kurt Sutter, incontestablement. J’ai aimé ce qu’il proposait il y a longtemps avec Sons Of Anarchy (plus particulièrement les saison 2 et 3). Et aujourd’hui alors que sa série est sur le point de se terminer, que j’ai du mal, beaucoup de mal à tenir mais je vais trouver en moi la force de lui pardonner et d’aller au bout. Parce que je sais qu’il peut être bon, très bon et parce que je me le dois bien. Je pense à Michael Hirst et Vikings aussi. Je suis un grand fan du monsieur mais j’ai du mal à trouver la foi pour terminer la saison 2  malgré toutes ses qualités. J’y arriverai un jour. C’est certain.

Julianna Margulies/Alicia Florrick – The Good Wife © CBS

 

ILTVSW. Quel (s) personnage (s) devrai (en) t recevoir le plus gros cadeau de l’année ? 

Alix. Dans les personnages auxquels je suis vraiment attachée, certains ont beaucoup souffert cette année, d’autres ont fait souffrir. Alicia Florrick, Cary Agos, Louie et les personnages de Southcliffe sont de ceux là. Ils subissent le monde qui les entoure, ils en sont aussi les acteurs, pas toujours pour le meilleur. Mais tout ce qui leur arrive est définitivement pour la bonne cause : nous émouvoir et nous faire réfléchir sur nos actions, sur le monde et pour ça ils méritent les plus beaux cadeaux.

Cécile. Je crois que Nessa Stein de The Honourable Woman et Bill Masters de Masters of Sex ont grand besoin d’un peu de réconfort après l’année qu’ils viennent d’avoir. Je propose « Se recontruire en 10 leçons » pour elle et un « Docteur Maboul » pour lui histoire qu’il ne perde pas la main !

Livia. Le personnage à qui j’offrirai le plus gros cadeau de l’année est sans doute celui qui va nous obliger à dire « au revoir » au cours de cette période qui devrait pourtant être dédiée aux fêtes. Miranda s’apprête en effet à conclure sa comédie à l’occasion de deux Christmas specials. Depuis 2009, durant ses trois saisons, cette série a représenté la fiction anti-blues par excellence. Un petit joyau d’humour, de décalage et de sincérité, auquel je me suis certainement attachée plus que de raison, mais dont les épisodes se revisionnent avec une fraîcheur et un plaisir intacts. Miranda mérite assurément d’être fêtée à la hauteur de tout ce qu’elle a été ces dernières années.

Yann. Pour moi, ce sera Maura (Jeffrey Tambor) dans Transparent. Elle nous livre sa vie et ses émotions avec tant d’intensité. Au delà de sa transformation, c’est une fantastique performance d’acteur à observer.

Stéphane. Je suis un grand fan de The Good Wife et cela sera donc forcément Alicia Florrick. Elle a vécu une année 2014 terrible et elle mérite que le Père Noël lui offre le plus gros cadeau. Je suis pour en donner un tout aussi énorme au capitaine Laure Berthaud d’Engrenages. Comme pour Alicia, 2014 ne lui a pas fait de cadeau et elle traverse les saisons de la série de Canal Plus en s’enfonçant chaque fois un peu plus dans la noirceur. La saison 5 ne lui a vraiment pas fait de cadeau. Elle mérite un peu de légèreté et de rires. Je pense aussi que toute la galerie de personnages désespérés de The Leftovers mérite notre attention. Un petit cadeau pourrait leur redonner le moral et illuminer ce moment crucial de l’année !

 

Toute la Maison Blanche privée de bûche

 

ILTVSW. Quel (s) personnage (s) sera/seront privé (s) de bûche au réveillon ?

Alix. Cette année, c’est toute la Maison blanche que je prive de dessert. D’abord, car je suis fatiguée d’observer la stratégie des loups. Ensuite car lorsqu’ils parviennent à chaque épisode à sauver le monde en 40 minutes chrono, c’est presque pire. L’héroïne ou le héros américain qui règle tout, même dans les moments de doute, ça me navre et j’attends avec impatience que l’un d’eux se plante, vraiment. Donc House Of Cards, Scandal, Madam Secretary, State of Affairs, ils pourront finir le repas entre eux dans le bureau ovale. Et ça fera plus de bûche pour nous.

Cécile. Olivia Pope m’agace assez profondément depuis quelque temps (ce qui n’a rien à voir avec le talent de son interprète) donc bim, pas de bûche. De toute façon, elle s’en fiche, elle ne tourne qu’au vin et au pop-corn !

Livia. Je ne prive personne de bûche : it’s Christmas !

Yann. Le commandant Tom Chandler (Eric Dane) dans The Last Ship n’aura pas de bûche. Il est lamentable dans cette série déjà franchement en perdition et qui aurait mérité d’être torpillée …

Stéphane. Hannibal Lecter n’aura pas de dessert ! Il a été un très vilain personnage de série cette année. Encore plus manipulateur, cruel, tordu et violent que dans la saison 1. Et puis il y a ce dernier (splendide) épisode de la saison 2 de Hannibal …Ouais, je le prive sans aucun remords de bûche pour ce moment d’anthologie et ce traumatisme qu’il m’a fait vivre.

 

Maggie Gyllenhaal/Nessa Stein – The Honourable Woman © BBC2/Sundance channel

 

 

ILTVSW. Finalement, les mini-séries sont-elles des cadeaux ou des escroqueries pour les amateurs de séries?

Alix. C’est un cadeau ! Ces dernières années les mini-séries m’ont offert des univers essentiellement de larmes. Les Anglais en sont très friands avec The Missing, Happy Valley, Southcliffe. Je ne suis pas complètement convaincue que je supporterais toute cette souffrance pendant 22 épisodes par an. Mais à découvrir en quelques épisodes, quel catharsis de souffrir avec eux ! Et puis, le format est parfois un bon galop d’essai. Broadchurch et Into the flesh y ont gagné une suite … Alors, finalement la frontière n’est qu’à un renouvellement.

Cécile. Ni l’un ni l’autre, mon capitaine ! Je ne suis pas particulièrement passionnée par ce genre mais elles ont leur intérêt.

Livia. Vivant à l’heure anglaise depuis des années, j’ai une inclination toute particulière pour le format court offert par la mini-série. Elle représente l’assurance d’une histoire complète, d’une œuvre finie … Mais aussi, de façon très pragmatique, elle correspond mieux au rythme de visionnage que j’affectionne désormais : construite sur quelques semaines – soit un ou deux mois -, elle n’impose pas une fidélité sur l’année entrecoupée de pauses et autres hiatus. En fait, je suis devenue incapable de regarder « en direct » une saison comportant 22 épisodes. Face à une telle série, soit je la rattraperais en plusieurs temps, soit je la mettrais de côté pour l’été, mais impossible de respecter à la lettre le rythme des grands networks américains … Cependant, dans le même temps, il n’en reste pas moins que je suis tombée dans la marmite sériephile dans les années 90 et au début des années 2000. Les saisons longues, la loyauté qui se forgeait peu à peu, cette impression – propre au format – de vivre sur le long terme aux côtés de personnages qui finissent par grandir, voire vieillir, avec nous, ce sont autant de sensations que l’on ne retrouve pas dans l’événementiel inhérent à la programmation brève des mini-séries. Ainsi, si les longs formats me parlent moins, l’impact durable que cela permettait de faire naître me fait me sentir un brin nostalgique en songeant à mes années sériephiles d’ « autrefois ». Au fond, les mini-séries seront donc des cadeaux ou des escroqueries suivant votre manière de consommer les fictions du petit écran … Quel type d’engagement cherchez vous lorsque vous vous installez devant une série ? En outre, attention aussi à ne pas oublier un point propre aux mini-séries : il faut prendre garde à celles qui, par l’onction d’une bonne réception publique/critique, se changent soudain en séries au long cours, renouvelées par une chaîne qui voit d’un bon œil la fidélisation de son public pour l’année suivante. Ainsi, les frontières entre les formats sont parfois bien poreuses (pour le meilleur, et parfois pour le pire …).

Yann.  La mini-série est un beau format, je trouve ! Elle peut être un échec comme tout autre série mais elle a souvent l’avantage d’avoir une durée adaptée à son idée de départ. Cette année, The Honourable Woman et Olive Kitteridge étaient fantastiques. Elles portent haut les couleurs de la mini-série et puis, ce format n’est pas une fin en soi puisque l’excellente Top of the Lake va muer de mini-série à série à part entière !

Stéphane. C’est un savant mélange des deux. Si elles sont parfaites comme Olive Kitteridge, on voudrait qu’elles durent plus longtemps. Mais, c’est ce qui fait leur magie, un nombre d’épisodes réduit, une histoire bien écrite, des acteurs de prestige, c’est très frustrant. Mais, j’ai trouvé la solution : la regarder encore une fois presque dans la foulée. Je finis ce repas, je vous offre un flocon d’Ariège et en attendant le Père Noël, je pars retrouver Frances McDormand, Richard Jenkins et Bill Murray pour un deuxième visionnage d’Olive Kitteridge. Par ailleurs, je suis bien content que SyFy se réapproprie les mini-séries de SF/fantastique. J’ai grandi avec elles et c’était génial. Depuis quelques années, elles me manquaient terriblement …

 

Porosité grandissante entre cinéma et séries

 

ILTVSW. 2014 n’a-t-elle pas été l’année où l’on a découvert que la writing room n’était pas la solution à tous les problèmes sériels ?

Alix. Sincèrement, je ne sais pas. On compare beaucoup les budgets, les modes d’écriture, les nombres d’épisodes. Malgré ça, je vois que dans tous les clans, il y a des merveilles et aussi des projets moins réussis. Quelques séries écrites par un auteur, tournées avec un réalisateur, nous ont surprises cette année. Mais une writing room peut produire des grandes séries surtout si elles ont beaucoup d’épisodes par an, si on ne veut pas attendre 3 plombes entre chaque saison … mais pour ça il faut quand même un(e) showrunner à la barre pour créer une cohérence, une vision directrice.

Cécile. J’avoue ne m’être jamais vraiment posé la question parce que la série comme le cinéma est le résultat d’un tout. Le scénario, les dialogues sont importants mais tout autant que l’interprétation et la réalisation sans oublier le montage et la musique. Si l’un de ces éléments est mal dosé, mal appliqué, ça ne fonctionne mal, voire pas du tout.

Livia. La writing room n’a jamais été qu’un modèle parmi d’autres et n’a jamais constitué la solution miracle, garantie de réussite d’écriture. C’est certainement une solution qui est particulièrement appropriée pour un format long, avec des saisons comportant un nombre d’épisodes important. Mais dans le même temps, on peut aussi constater qu’un modèle qui repose sur les épaules d’un auteur –ou de quelques auteurs se répartissant la tâche- peut fonctionner aussi et a également fait ses preuves, avec succès. Ce dernier modèle est sans doute plus adapté à un format court, notamment l’hypothèse d’une mini-série ou de saison courte – type Angleterre. Dans ce pays, certains cumulent avec réussite les casquettes de créateur/scénariste/réalisateur (Stephen Poliakoff, Peter Kosminsky…) pour des productions événementielles. En 2014, The Honourable Woman, coproduction anglo-américaine BBC2/Sundance Channel, a permis de jeter un éclairage sur ce modèle créatif, mais Hugo Blick, deux ans auparavant, avec The Shadow Line, avait déjà tout aussi (je serais tentée de dire « plus ») brillamment mené à bien cette entreprise. De manière générale, les mutations que connaît actuellement le marché de la fiction expliquent aussi sans doute que les recettes créatives, sous diverses influences, évoluent. La porosité grandissante cinéma/séries avec ceux venus du premier univers qui importent un certain savoir-faire qu’ils adaptent ensuite au format sériel, est par exemple un facteur qui peut conduire à repenser le processus créatif. Et puis l’émergence de nouveaux acteurs sur le marché des séries y contribue aussi, car ils n’ont pas les mêmes charges à respecter.  Mais la problématique est sans doute plus vaste : 2014 a permis de jeter un éclairage particulier sur l’influence que peuvent avoir les évolutions des modes de consommation et des acteurs producteurs de séries sur les modèles de savoir-faire créatif. L’écriture est un enjeu parmi d’autres. La place du visuel a aussi fait parler d’elle, avec toute la question de l’investissement que l’on est prêt à y mettre, je pense ici à The Knick.

Yann. Oui, il me semble que la tradition du collectif de scénaristes est remise en question ! Je crois aussi que dans son désir d’attirer toujours les meilleurs talents, le stade ultime du succès de l’univers sériel sera de séduire les écrivains. Aujourd’hui, les cinéastes ne rechignent plus à oeuvrer pour les séries et les romanciers devraient pouvoir s’y exprimer aussi. Or, ces derniers sont d’authentiques loups solitaires ! Nice Pizzolatto avec True Detective a ainsi fait sensation cette année. Signer une saison complète à lui tout seul pour une oeuvre remarquée de surcroît, ce n’est pas anodin !

Stéphane. Cette question dépend surtout de la longueur de la série. Si c’est une série courte, je trouve qu’avoir une vision unique, une seule écriture est plutôt une bonne chose sans être forcément une obligation. Pour une série plus longue avec une vingtaine d’épisodes par saison, avoir une writing room est obligatoire malgré les inconvénients. Mais ce que j’aime vraiment dans une writing room, ce sont les différents styles apportés et la richesse des thématiques abordées par les scénaristes. Un exemple : j’aime la série Elementary créée par Robert Doherty, j’aime ce que le showrunner propose avec sa série. Cependant, je pense que les meilleurs épisodes du show sont écrits par Craig Sweeny (un ancien de Medium dont j’adorais les scénars déjà à l’époque).

 

© Netflix

 

 

ILTVSW. Alors, alors Netflix en France finalement c’est vraiment le père Noël des sériephiles ?

Alix. Oui et non. Oui parce que la force de Netflix c’est qu’ils veulent toucher tous les publics avec des projets segmentants. N’ayant pas de grille de programme, l’important n’est pas que celle-ci soit cohérente. Ils peuvent produire beaucoup de séries, chaque public les regardera à l’envie en son temps et à son heure et c’est comme ça que Netflix est partout à la fois. Plus de nécessité de plaire à tout le monde, puisque chacun fait ce qu’il veut. C’est fantastique. En attendant, leur liberté est presque totale au niveau de la production de séries originales, de nouveaux formats et pour l’instant cette liberté est encore sous-utilisée. J’espère que les années futures verront Netflix et Amazon en profiter bien plus pleinement, pour que ce soit Noël tous les jours.

Cécile. Comme sans doute à peu près tout le monde, j’ai testé le premier mois. Sans reconduire parce que j’ai déjà vu les séries qui s’y trouvent et que Netflix ne répond pas à ma fringale quotidienne, ce que le téléchargement fait très bien. La seule chose qui a vraiment retenu mon attention c’est l’intégrale de Farscape que l’on ne trouve pas en DVD. Après il faut avouer que c’est bien foutu et fluide mais niveau catalogue, c’est peu engageant surtout par rapport à la version US.

Livia. J’ai déjà des mois, voire des années (!), de séries en retard, mises de côté, et de coffrets DVD achetés et non visionnés que je rêve de pouvoir découvrir (car un sériephile ne vit pas seulement au présent : il y a aussi toutes les incontournables d’un passé parfois même assez lointain qui l’appellent). Par conséquent, pas d’abonnement Netflix en ce qui me concerne. Mais c’est une offre légale que j’aurais adorée avoir à disposition il y a 10 ans … quand j’avais plus de temps à consacrer aux séries (et que l’on se construisait son binge-watching dans son coin). Netflix, sur le principe, c’est donc un père Noël … qui doit quand même encore enrichir et diversifier son catalogue, notamment en permettant de découvrir des œuvres jusqu’à présent difficiles d’accès.

Yann. Ce n’est pas forcément le cadeau parfait pour le sériephile. Les limites du catalogue se font sentir et, depuis environ trois mois, il a peu évolué (surtout sur la partie séries). Les “créations maison” sont très spécifiques et Orange is the new Black serait presque l’arbre qui cache la forê t…Toutefois, l’outil est désarmant de simplicité. J’ai jusqu’ici une expérience utilisateur excellente et … je dois l’avouer, j’ai bien failli succomber au binge-watching !

Stéphane. Netflix propose des séries impressionnantes avec de grands noms du cinéma et de la télévision mais aussi des anciennes séries et rien que pour ça, je dis oui. Mais bon, je ne suis pas abonné et je ne pense pas le devenir … dans l’immédiat.

 

© Cinemax

 

 

ILTVSW. Que pouvons-nous nous souhaiter pour l’année à venir devant nos écrans ?

Alix. C’est comme les bonnes résolutions ma brave dame, mon souhait est le même tous les ans, de l’audace, encore de l’audace et toujours de l’audace ! Que nos héroïnes et nos héros changent de décors, de professions, d’espace temps …

Cécile. A l’échelle personnelle, de rester mesurée dans ma consommation sérielle et de continuer à échanger avec ma twitto-sphère. Je nous souhaite de prendre toujours autant de plaisir et de continuer à vivre de belles émotions.

Livia. Des séries, et encore plus de séries … diversifiées, de qualité … pour tous les goûts ! Des séries courtes pour certains sériephiles, longues pour d’autres. Des séries qui nous entraînent vers de nouveaux horizons et qui se font exploratrices, et d’autres qui se réapproprient et déclinent au contraire des recettes autrement plus traditionnelles mais devant lesquelles on prendra tout autant plaisir à s’installer.

Yann. Je souhaite que nous ayons une série aussi réussie que populaire sur les networks à mi-saison, pourquoi pas Wayward Pines ? J’attends beaucoup de Red Oaks sur Amazon dont le pilote était délicieux. Et puis si True Detective et The Knick pouvaient confirmer, je serais comblé !

Stéphane. De l’audace ! De l’audace ! De l’audace ! Je veux de l’audace dans les séries, dans le propos et les histoires comme dans Person Of Interest ou The Good Wife ou encore The Honourable Woman. De l’audace visuelle comme dans The Knick ou True Detective. Sinon, je nous souhaite d’être tous surpris en 2015 !

Merry Christmas !!!

Pour combattre le blues du lendemain de fête, vous pouvez aussi retrouver mes talentueux invités sur Twitter…

Alix @aliabeckett
Cécile @Ccilep
Livia @myteleisrich
Yann @yann_k
Stéphane @SeriesEater

La semaine prochaine dans ILTVSW… Oups, pas encore tranché, désolée.

ILTVSW guest star: Greg Poehler (VF)

2 Nov

FRANÇAIS

Greg Poehler, le créateur et showrunner deWelcome to Sweden était à Fontainebleau, en juillet dernier, invité par le festival des scénaristes français Série series. ILTVSW a eu la chance de le rencontrer et de discuter avec lui de comédie, d’écriture, de coproduction et de comédies romantiques.

Alors qu’Arte diffuse en ce moment Lilyhammer, une autre série qui raconte le quotidien d’un autre Américain qui a déménagé dans le Nord de l’Europe, il nous a semblé intéressant d’explorer les défis artistiques que représente une aventure de ce genre.

 

 

 

ILTVSW. Dans quelle mesure une comédie doit-elle trouver sa source dans une expérience personnelle pour bien fonctionner?
Greg Poehler. Je ne sais pas si une comédie a besoin d’être personnelle pour fonctionner. Je pense que l’on peut écrire une bonne comédie sur un sujet qui n’a rien à voir avec sa propre vie ou expérience. Cela dit, je pense que c’est plus facile quand c’est un sujet que l’on connaît. Je fais de la stand up comedy en Suède et aux Etats-Unis et en tant que comédien, on apprend rapidement que plus on est authentique, plus on s’inspire de sa propre vie, plus on est apprécié par le public parce que l’on est plus drôle. Je pense également que lorsqu’il s’agit de soi, on est plus concerné et cela rend ce que l’on écrit meilleur à long terme car on est plus vigilant que si l’on écrivait juste une histoire parmi d’autres.

ILTVSW. L’authenticité est donc le facteur le plus important?
Greg Poehler. Je ne sais pas si c’est le facteur clé. Je sais que je voulais créer une série qui donnait une impression de réalité. Quand je regarde la télévision en général, et les comédies en particulier, l’une des choses que je n’aime pas, c’est lorsque l’on sacrifie l’authenticité au profit du rire. Je décroche. Je ne suis pas adepte du style blague après blague. J’apprécie lorsqu’au contraire, on privilégie la réalité, on freine un peu sur la comédie, même si c’est moins drôle, parce que la vie n’est pas une succession de blagues. On peut espérer cependant qu’à long terme, les téléspectateurs s’attachent plus à une série comme ça. Dans les sitcoms classiques, il y a peu de possibilités d’attachement émotionnel, on peut louper un épisode. C’est un autre type de séries et d’expérience pour les téléspectateurs.

 

Le plus souvent, votre série n’existera pas si ce n’est pas vous qui l’écrivez

 

ILTVSW. La plupart des bonnes comédies à la TV sont créées par des comédiens-auteurs, cela apporte-t-il quelque chose de plus?
Greg Poehler. Je suis convaincu que si vous écrivez pour vous même, vous connaissez vos points forts et donc vous écrivez quelque chose qui sera plus drôle pour vous car de la manière dont vous l’interpréterez réellement. Il est quelque fois difficile quand l’on raconte les blagues de quelque d’autre de le faire de manière authentique. De ce point de vue, c’est un considérable avantage de revendiquer un dialogue et de le trouver drôle. Mais cela peut aussi très bien fonctionner avec un scénario très bien écrit par des auteurs très drôles. Peut-être un peu moins bien, quand même (sourire).

ILTVSW. Vous connaissez vos points forts mais également vos faiblesses et peut-être que vous refuserez de vous aventurer sur ce terrain et que cela sera dommage …
Greg Poehler. Effectivement, je ne suis pas certain que l’on ait envie de cela devant la caméra. Le danger serait de ne pas écrire quelque chose qui repousse nos limites. Cela serait peut-être le seul point négatif, effectivement.

ILTVSW. Comment expliquez-vous le fait qu’il y ait autant de comédiens-auteurs dans le domaine de la comédie et si peu dans le domaine du drama?
Greg Poehler. Les gens qui sont dans la comédie ont tendance à être des auteurs qu’il s’agisse de sketchs ou de stand up. Cela va ensemble. Je pense que le plus souvent, et certainement dans mon cas, votre série ne verra pas le jour si vous ne l’écrivez pas. Et vous ne jouerez pas dedans si vous ne l’écrivez pas. Du coup, on voit de plus en plus de gens qui écrivent leurs trucs pour se voir donner une chance. C’est d’ailleurs, le conseil que je donne à quelqu’un qui voudrait se lancer. Ne comptez pas sur les autres. C’est très rare que quelqu’un écrive le rôle parfait pour vous. En plus, quand on a écrit quelque chose dans lequel on veut aussi jouer, c’est plus difficile de nous dire non. Il faut vraiment être très mauvais pour que l’on nous dise non. (rires).

ILTVSW. La comédie n’est pas un genre facile parce que l’humour est quelque chose d’assez subjectif, comment avez-vous surmonté cela dans Welcome to Sweden
Greg Poehler. Nous avions des scénaristes suédois dans la writing room. Les blagues devaient être jugées drôles par nous tous avant de sortir de la pièce.  Cela dit je ne crois pas que l’on puisse trouver une blague ou une série qui fonctionne partout. Il y a peut-être quelques exceptions à cette règle. Au mieux 70% des gens vont l’aimer. 20% la détester. Et 10% dire qu’elle est OK.  C’est le pronostic le plus optimiste. Nous avons essayé d’écrire des trucs drôles qui fonctionnaient sur les Suédois et les Américains de la pièce en espérant que cela marcherait aussi dans d’autres pays.

ILTVSW. Il semble essentiel de savoir jeter des éléments qui nous sont chers pour écrire une bonne comédie, l’avez-vous fait?
Greg Poehler. Je l’ai fait. Mais, il y en avait peu dans cette première saison. Je voulais surtout qu’elle se termine d’une certaine manière mais j’étais le seul. Je me suis battu dans ce sens aussi longtemps que j’ai pu, et puis, il y arrive un moment où il faut se rendre à l’évidence, j’étais seul contre 12 personnes qui disaient toutes que c’était une mauvaise idée. C’est la limite de la confiance en soi et de la fierté, il faut admettre que peut-être les autres ont raison. Je ne sais pas, je pense toujours que j’avais une meilleure idée (rires)! Je voulais finir sur un cliffhanger. Je ne voulais pas que l’intrigue soit résolue. Pour que les téléspectateurs attendent la saison 2. C’est douloureux. Même à 12 contre 1, je me demanderai toujours si mon plan n’était pas le meilleur.

 

 

ILTVSW. Est-il possible que le processus d’écriture collectif tue de temps en temps la créativité à cause d’une règle de majorité?
Greg Poehler. Cela peut être mauvais. Regardez la bonne télévision américaine de ces dernières années. 30 Rock est vraiment la vision de Tina Fey. Louie est l’unique série contrôlée totalement par une seule personne. Et même Breaking Bad de Vince Gilligan entre dans cette catégorie. Ce sont des formats dans lesquels le contrôle du créateur qui est le seul en charge rend les séries meilleures au bout du compte. Il faut bien entendu que cette personne sache ce qu’elle fait et qu’elle ait du talent. Je dois dire que pour quelqu’un qui n’avait rien fait avant, j’ai eu plus de contrôle qu’aucun auteur dans l’histoire de la télé donc je ne peux pas me plaindre de n’avoir eu que 95% de contrôle. Si vous faites confiance aux gens avec qui vous travaillez et qu’ils disent tous la même chose, il faut prendre du recul, réévaluer et comprendre pour quelle raison ils disent non. Cela ne signifie pas que vous aimiez cela mais vous devez l’accepter. Cependant, c’est vrai, le risque existe. Plus il y a de gens impliqués, plus le risque existe. Particulièrement quand il s’agit d’une coproduction entre les Etats-Unis et la Suède. Quand différents pays sont impliqués, vous recevez de nombreuses notes contradictoires. Il faut se faire confiance et rester aussi fidèle que possible à sa vision originale. Je tenais particulièrement, par exemple, à un certain rythme pour la série. Je voulais qu’elle soit subtile. Cela n’a pas été facile mais je crois que nous y sommes parvenus.

ILTVSW. Vous avez choisi le chemin difficile de la comédie romantique …
Greg Poehler. J’ai toujours secrètement aimé les comédies romantiques. Je les regarde souvent tout au fond dans les avions quand personne ne me voit. Je suis souvent frustré, je parle de cinéma, car elles emploient toujours une formule, on voit tout de suite où elles veulent en venir. Donc, j’ai voulu créer une série qui serait une comédie romantique drôle mais qui permettrait aussi de se sentir concerné par les personnages. Cela m’a toujours guidé dans le processus créatif. Je voulais que la série soit tendre. Je suis vraiment beaucoup plus sensible que Mindy Kaling (rires)!

Titre: Welcome to Sweden (2014- )
Créateur: Greg Poehler
Cast: Greg Poehler, Josephine Bornebusch, Lena Olin, Amy Poehler
Chaînes: TV4 (Sweden)/ NBC (USA)

© 2014 ILTVSW

La semaine prochaine dans ILTVSW …  Oups, pas encore tranché, désolée.